Anne d’Avonlea

Anne d’Avonlea
Lucy Maud Montgomery
Traduit ( anglais, Canada) par Isabelle Gadoin
Monsieur Toussaint Louverture (Monsieur Toussaint L’aventure), 2021

 

Du Chemin des bouleaux au Pavillon des échos,
en passant par le Lac étincelant

Par Anne-Marie Mercier

On retrouve avec plaisir Anne Shirley (« Anne avec un e », Anne de Green Gables), l’orpheline enthousiaste et maladroite de Lucy Maud Montgomery, dont les bourdes et les déclarations fracassantes avaient enchanté le premier tome dans la maison aux pignons verts et son voisinage. Anne n’a pas encore quitté le village d’Avonlea : l’université, ce sera pour le prochain volume ; elle y est, à dix-sept ans, devenue l’institutrice du village, débutant avec de nombreuses interrogations (notamment sur les punitions ce qui donne des remarques très intéressantes, marquées par leur temps, et sur les rapports avec les parents des élèves). Ses premiers pas professionnels sont accompagnés par la poursuite de sa quête du bonheur par les voies de l’imagination, la recherche d’ « âme sœurs », et une contemplation émerveillée de la nature en toute saison qui donne les pages les plus lyriques du livre.
On rit beaucoup devant les portraits du voisinage (Monsieur Harrison et son perroquet, Monsieur Boulter et sa ruine, Madame Lynde et ses avis sur les étrangers…) et les tentatives et échecs de l’association des jeunes qui militent pour l’embellissement du village, association fondée et dirigé par Anne, à qui sa tutrice, Marilla oppose comme toujours son bon sens et sa vision pessimiste (« Les gens n’aiment pas qu’on les embellisse », dit-elle). L’optimise d’Anne, son élan jamais brisé vers le bonheur malgré les échecs, est mis en perspectives par de nombreux autres ponts de vue, notamment celui, en prose (quand Anne pense en poète) de Charlotta IV, qui résume en une belle formule l’attitude de bien des personnages de ce roman campagnard : « espérer le meilleur, se préparer au pire, accepter ce que Dieu nous envoie ».
L’ouvrage est également traversé par des figures romanesques plus classiques et des intrigues qui lui donnent son unité : que deviendront les jumeaux orphelins recueillis par Madame Lynde et Anne ? La relation amicale entre Anne et Gilbert va-t-elle évoluer ? Mademoiselle Lavender retrouvera-t-elle son amour perdu ?
Il reste neuf volumes, donc si Monsieur Toussaint poursuit son effort, nus aurons de quoi nous régaler pendant quelques temps.

 

L’âge au fond des verres

L’âge au fond des verres
Claire Castillon
Gallimard Jeunesse 2021

Les désarrois de l’élève Guilène

Par Michel Driol

Fille unique, assez bonne élève docile, Guilène vient d’entrer en sixième. Avec la découverte de nouveaux codes, elle prend conscience de la vieillesse de ses parents, 53 et 71 ans, alors que les parents de ses camarades de classe sont de fringants bobos trentenaires. Se rajoute à cela une professeure de maths particulièrement tyrannique qui terrorise la classe entière. La classe s’unit avec l’élection d’un délégué et la volonté de monter des spectacles.

Voilà encore une chronique familiale et scolaire, pensez-vous… Une de plus… Certes, mais une qui sort du lot par la force de l’écriture de Claire Castillon, et sa façon de s’inscrire avec bonheur dans la tradition du roman psychologique à la française. Laissant la parole à son héroïne, elle montre à quel point l’entrée en sixième constitue un rite de passage, avec un avant et un après, qui conduit à remettre en cause, douloureusement, des certitudes enfantines. C’est aussi la découverte d’autres milieux sociaux qui font envie à Guilène, d’autres parents plus beaux et plus fringants que les siens, d’autant plus que ses camarades ne sont pas tendres avec ses parents, que l’auteure n’a pas cherché à arranger : le père est chauve et bedonnant, la mère se complait à des chaussures qui vont bien à ses pieds… Dès lors Guilène est déchirée entre l’amour qu’elle porte à ses parents et sa honte à leur égard. Ce que l’autrice pointe avec finesse, c’est la relation entre parents et enfants, les plus âgés n’étant pas forcément les plus rétrogrades ou les moins ouverts à l’épanouissement et au bonheur de leur enfant. Elle y parvient avec toute une série de petits détails réalistes qui font pénétrer dans l’intimité de la famille de Guilène, dans l’évocation et la description d’objets ou d’attitudes à la fois dérisoires et symboliquement forts qui marquent le lien familial, objets « ringards » comme le coucou dont la famille attendait la sortie de l’oiseau, mais qui se retrouvent chargés d’émotion, rituels comme l’anniversaire du père, les jeux de société ou le gouter dinatoire du dimanche soir. L’entrée en sixième bouleverse tout cela, et Guilène apprend à vivre avec ses différences, et prend lentement conscience qu’elles ne constituent pas un handicap : ce sont ses parents qui ont le courage d’inviter toute la classe à la maison, ce sont eux seuls qui, à l’écoute des souffrances de leur fille en mathématiques, prennent rendez-vous avec le proviseur. Guilène découvre aussi le danger à ne croire qu’aux apparences, car sous des dehors attirants peuvent se cacher bien des douleurs et des souffrances.

Le roman parle de la difficulté à accepter les différences, différence de classe, différence d’âge, différences psychologiques et de l’envie d’être comme tout le monde, de ne pas se singulariser. L’une de ses forces est qu’il sait s’inscrire dans le temps court : entre la rentrée et les vacances de février, dans des lieux bien identifiés (l’appartement, le parc, le collège) et autour de quelques personnages (Guilène, Cléa, Aron) avec une écriture pleine de drôlerie et de malice, car, tout en laissant la plume à son héroïne, l’autrice reste présente pour, en quelque sorte, la mettre à distance dans sa prétention un peu naïve à penser que tout a changé depuis qu’elle est en sixième. Rien de tragique donc dans ce roman dont certains passages, pourtant, ne sont pas loin du drame, façon pour l’autrice de souligner la fragilité des enfants face aux problématiques qu’elle évoque : les relations avec les adultes, avec les autres, les rites de passage, la conscience du temps qui passe. Car, au fond, ce qui terrifie le plus Guilène dans l’âge de son père, c’est qu’il peut mourir.

Un roman émouvant, tendre, drôle, optimiste, mais aussi cruel, un roman dont l’auteur aime ses personnages, et qui saura toucher ses lecteurs.

Des Contraires

Des Contraires
Jennifer Bouron
Maison Eliza, 2020

Art de la contradiction

Par Anne-Marie Mercier

Ce petit album carré dédié à la question classique des contraires, un thème fréquent adressé aux tout petits, semble avoir pris le contre-pied de ce qui se fait d’habitude : au lieu de se concentrer sur les termes habituels (celles du grand/ petit, vide / plein, etc.), il aborde des questions plus subtiles (habile / maladroite, concentrés/ détendus) ou emploie des mots plus longs, allant vers les extrêmes (minuscule/ immense).
Tout aussi surprenant est le choix chromatique fait par l’artiste : là où, pour les tout petits lecteurs, on propose le plus souvent des couleurs primaires éclatantes sur fond blanc, on trouve ici des fonds rosés, bleu-nuit ou beiges et des motifs dans les mêmes tons étouffés. Certains couples demandent une réflexion pour être identifiés : dans le duo uni/multicolore qui montre une plante en pot d’une part et un vase avec un bouquet d’autre part, on peut s’interroger sur ce qui est désigné : le contenant, beige dans les deux cas et simplement rayé de bleu marine dans le deuxième ? ou la plante verte et les fleurs diverses de l’autre, qui déclinent des tons étouffés de roses avec quelques touches de bleu marine ?
Ainsi, ce n’est pas un album qui s’adresse aux tout petits (comment associeraient-ils le camion de glace à la notion de froid et le feu au-dessus duquel cuisent des brochettes de chamallows à celle de chaud ?) mais plutôt une jolie déclinaison graphique, une proposition de voyages autour de représentations de sensations, de motifs, d’expériences, un support pour se souvenir et parler.

Ni l’un ni l’autre

Ni l’un ni l’autre
Anne Herbauts

Casterman, 2020

… Et tout à la fois

Par Anne-Marie Mercier

Sous une apparente simplicité, avec beaucoup d’humour et de tendresse, Anne Herbauts offre un regard juste sur l’enfance, les discours qu’on lui adresse et les modèles qu’on lui présente.
Chaque double page est à la fois semblable et différente : le texte décline des caractéristiques associées au père et à la mère (« mon père est drôle, ma mère est grande », par exemple, ou « mon père est pressé, ma mère est partout », « mon père est précis, ma mère est solaire ») et la réponse de l’enfant, invariablement, « Moi, je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis moi ».
Si les adultes n’apparaissent que par fragments (un pied, un bout de robe, une main…) et par leur discours, l’enfant est représenté sous une forme animale qui correspond à l’image proposée par le discours des parents – toujours à l’impératif – : « Habille-toi, petit chat ! », « reste tranquille, moustique ! », « Mange bien -, mon poussin ! », etc.
Ainsi, de page en page, l’air de rien, et sous des habits de fantaisie, on retrouve  le rythme de la journée d’un tout petit (le bonjour, l’habillage, le repas ; ranger les jouets, sortir puis rentrer), les figures parentales, très différentes, parfois opposées, les chocs de couleurs, le règne de la métaphore et enfin le désir d’indépendance d’un enfant qui s’affirme face à un discours qui le morcelle et le cadre, et lui impose des modèles qui ont l’inconvénient (ou l’avantage) d’être multiples.
Les images sont à la fois dynamiques et solitaires, chaque page déclinant des vignettes colorées, le plus souvent sur fond blanc, aquarelles saturées, papiers collés ou tissus. La dominante colorée de chacune est différente, tons de jaune, de bleu, de rouge… toute une gamme.

 

Génération K, t. 1 en poche

Génération K, t. 1
Marine Carteron
Rouergue (Poche, « collector »), 2020

Pot-pourri dans l’air du temps

Par Anne-Marie Mercier

Les auteurs de Science-fiction ont-ils du flair pour mettre en scène avec un peu d’avance nos pires cauchemars ou tout simplement le nombre des fléaux est-il si limité que forcément ils tombent parfois juste ? En remettant au goût du jour de vielles angoisses, Marine Carteron traite du thème de manipulations louches, d’épidémies et de catastrophes annoncées.
C’est sans doute la raison pour laquelle la réédition en poche de ce roman publié en collection Epik, en 2016, tombe à pic, même si on émettait quelques réserves sur lietje : « Marine Carteron s’était fait connaître par les Autodafeurs, une trilogie publiée au Rouergue entre 2014 et 2015. Son ancrage dans la SF noire se confirme ici avec un roman haletant, faisant alterner les points de vue de différents personnages qui ne se retrouvent qu’en fin de roman (technique que l’on retrouve dans Game of Thrones, etc., aussi bien à l’écrit qu’à l’écran). L’arrière-plan du roman, fait d’annonce d’épidémies et de réveils de volcans, le rattache à une pensée de l’apocalypse que l’on retrouve dans beaucoup de romans récents (voir la série U4). On l’aura compris, ce roman efficace est dans l’air du temps, et plus encore. »

Lire la suite de la chronique de 2016

Manuel des gros mots de Roald Dahl

Manuel des gros mots de Roald Dahl
Susan Rennie (Compilation), Quentin Blake (ill.)
Traduction ( anglais) de Marie Leymarie
Gallimard jeunesse, 2019

Petit traité de création de gros mots

Par Anne-Marie Mercier

Grâce à ce livre, en plus de la joie de retrouver les belles trouvailles linguistiques de Roald Dahl, on  découvre à quel point le maître en personnages pittoresques a su leur donner leur propre langage : en effet, les géants, fussent-ils BG (bon gros), ne jurent pas du tout comme madame Legourdin, ni comme une grand-mère énervée, ni comme un croqueur de temps, ni comme Willy Wonka, etc.
Encore plus riches que les insultes du Capitaine Haddock, ces insultes mêlent mots rares, mots anciens, créations verbales, mots à l’envers, mots-valises, borborygmes, méli-mélos de mots étrangers, et bien d’autres.
Accompagnant ces listes infinies, quelques « informations dégoûtables » donnent des indications sur la manière dont les mots sont choisis ou fabriqués et des conseils précieux sur la meilleure façon d’insulter sans prendre trop de risques tout en étant expressif à souhait.
Les dessins de Blake sont comme ces mots : explosifs, excessifs, hilarants, à savourer.

Crocky

Crocky
Estelle Billon-Spagnol
Grasset jeunesse, 2021

Le poussin peureux et le monstre gentil

Par Anne-Marie Mercier

Si Crocky peut apparaitre comme un monstre sur la couverture de l’album, on n’est pas longtemps dupes : son sourire coquin et sa couleur bleu de ciel d’aube sont déjà bien mignons. Mais on le voit d’abord à travers les yeux de celui qui deviendra son ami, Piouh (un poussin) et les amis de celui-ci, Coxi (une coccinelle) et Guernoule (une grenouille).
Les trois petits animaux partent en pique-nique dans le grand bois et y restent pour y passer la nuit et prolonger les plaisirs du jour. Mais la nuit entraine les terreurs, dont celle des monstres que tout le monde craint, ceux qui croquent la vie, les Crocky, qui sont tous des créatures tristes, minérales et destructrices, tous, sauf un, le joli Crocky qui rencontre Piouh le courageux (grâce au super secret numéro 27 que lui a laissé son grand-père pour l’aider à vaincre ses peurs).
Une amitié se noue, on part à la découverte de l’étrange et de la fantaisie, dans un voyage imaginaire à bord d’une fusée bricolée même pas motorisée.
Plein de surprises et de rebonds, c’est une jolie histoire racontée par un texte utilisant différentes typographies (scripte, anglaise maladroite ou experte, lettres bâtons…) et différents types de discours (récit, dialogues, légende, affiche…), donc relativement complexe à déchiffrer. Mais les images ont une grande simplicité et un dynamisme réjouissant, à la portée de tous les lecteurs.

Comment allez-vous ? Les expressions populaires expliquées par l’histoire

Comment allez-vous ? Les expressions populaires expliquées par l’histoire
Anne Jonas, Aurore Petit
De La Martinière jeunesse, 2019

Expressions « à la queu leu leu »

Par Anne-Marie Mercier

« Être sur la sellette », passer «  à tour de rôle », être « lauréat », toutes sortes d’expressions usuelles sont expliquées ici par leur histoire, ramenant à des objets disparus ou inaperçus (comme le laurier du lauréat). D’autres auraient leur origine dans un événement historique (« pour des prunes » ferait allusion à la seconde croisade à l’issue de laquelle les croisés n’auraient ramené que des pieds de prunier de Damas). Draconien, poubelle, Laïus renvoient à des personnages historiques ou mythiques.
Moins savant que l’un de ses plus illustres devanciers, le livre de Claude Duneton, Anthologie des expressions populaires avec leur origine, La Puce à l’oreille, paru dans sa première forme en 1978, plus rapide, accompagné d’illustrations aux couleurs vives qui prennent les expressions au pied de la lettre de manière comique, ce petit ouvrage est une introduction amusante et intéressante à l’histoire de la langue.

Ungerer encore

Comme ci et comme ça
Tomi Ungerer
L’école des loisirs, 2020

Juste à temps !
Tomi Ungerer
L’école des loisirs, 2019

Imagier décoiffant, labyrinthe déroutant

Par Anne-Marie Mercier

Un imagier composé par Tomi Ungerer (ou par d’autres – on ne sait : cet album a paru de façon posthume, en 2019), est forcément un peu surprenant. Il commence très fort avec l’image d’un enfant qui hurle de douleur en s’écrasant le doigt avec un marteau, image associée au verbe « sentir », et continue avec une double page où l’on voit une grenouille hilare jonglant avec des têtards (illustrant le verbe « sourire ») face à l’image d’une fillette qui pleure son oiseau mort (« pleurer »), pastiche d’un tableau de Greuze, rendu célèbre par le commentaire que Diderot lui a consacré.
Cruels, sinistres (il y a même un squelette auquel on brosse les dents, une souris terrorisée qui fait le portrait d’un chat), mais aussi tendres, lorsqu’il s’agit d’illustrer les verbes aimer, caresser, partager, dormir et rêver… proposant parfois des nuances (entre voir et regarder par exemple), il ne s’agit pas d’un imagier pour les petits, mais plutôt d’un livre pour les plus grands qui auront à chercher d’autres mots pour commenter ces images souvent étranges et dérangeantes, et pour les encore plus grands qui se réjouiront de retrouver le style du Maitre ou s’amuseront à chercher les clins d’œil à la gravure et de la peinture classique.

Dans Juste à temps ! Ungerer déploie toute la logique onirique, du cauchemar au rêve plaisant. C’est un album sur fond de catastrophe : la terre est devenue inhabitable et touts les humains se sont enfuis sur la lune. Seul, Vasco est resté.
À chaque pas, à chaque page, une autre catastrophe le menace : effondrements, déluges, éruptions, glaciations, incendies… Il en réchappe chaque fois juste à temps, prenant tout de même le temps de sauver un enfant, une petite créature verte avec deux antennes sur la tête, nommée Poco.
Les images sont d’un grand dynamisme et Ungerer construit (et déconstruit) un univers effrayant, géométrique, où les lignes et les couleurs s’affrontent, jusqu’à la dernière étape : après avoir pris un train rose rassurant, Vasco et Poco trouvent refuge à l’intérieur d’un énorme gâteau où il y a tout ce qu’il faut.
Ils y vivent heureux, et Poco reste un enfant, hors du temps.

Proxima du Centaure

Proxima du Centaure
Claire Castillon
Flammarion jeunesse, 2018

Adolescent en chrysalide

Par Anne-Marie Mercier

« « Je l’appelle Apothéose parce qu’il n’y a aucun prénom logique à lui mettre sur le visage. Je la klaxonnerai avec ma tête jusqu’à ce qu’elle se retourne. Un jour elle me dira son vrai prénom, à l’oreille, elle le prononcera avec le souffle. Son souffle réveillerait un mort. »

Mais non, celle que Wilco nomme Apothéose n’a pas ce pouvoir, et Wilco va mourir.
C’est un peu à cause d’elle : pour la suivre des yeux plus longtemps, il s’est trop penché au balcon de l’appartement où il vit avec ses parents et sa sœur, au cinquième étage, et il est tombé.
C’est lui qui raconte son histoire, conscience intacte et corps brisé mais sans souffrance, depuis son lit d’hôpital. Il raconte les visites, et les non-visites, les amis qui ne viennent pas, comme celle qu’il aime qui, suppose-t-il (rêve-t-il ?) vient jusqu’à la porte de sa chambre mais n’ose pas entrer ; il raconte la fête organisée par un ami de sa classe, lors de laquelle il pensait pouvoir enfin lui parler, à laquelle il ne participe pas, mais qu’il vit en imagination comme si tout était vrai. Et à la fin, il meurt.
Pourtant ce n’est pas une lecture triste : si Wilco ne peut plus bouger ni parler, il voit, il entend, il juge, il comprend. Il a de l’humour et beaucoup d’amour ; le roman en est irrigué tout au long des pages. Il a aussi du style, celui de l’auteur bien sûr. Et le regard que Wilco porte sur l’hôpital, sur ses parents qui espèrent toujours et sur sa sœur, révoltée et battante, prête à tout pour lui tout à coup. Leur courage simple, leur amour, la façon que chacun a de faire face : la mère en répétant qu’il est tombé à la même heure qu’il est né, le père en se fixant sur des questions concrètes comme la vue que son fils doit avoir de sa chambre (prêt à revoir la façade de l’hôpital pour cela), la sœur en offrant de petits ou grands sacrifiant (ses cheveux pour commencer).  Les souvenirs cocasses de la vie de la famille et de la vie du collège donnent un rythme et une énergie à ce long soliloque. On pense à « Johnny got his gun », le film de Dalton Trumbo, on aime Wilco, on a envie de lui tenir la main longtemps.
Claire Castillon, connue pour ses romans pour adultes, a réussi ici un superbe roman sur un sujet difficile. C’est un beau cadeau qu’elle a fait aux jeunes lecteurs.