Sens interdit

Sens interdit 
Alain Grousset et Danielle Martinigol

Flammarion, 2010

 Une version « ukronique » du Parfum

 par Christine Moulin

sens interdit.jpgNous sommes prévenus dès l’abord : ce roman est une « ukronie » et comme tel, fait partie d’une collection dirigée par Alain Grousset. L’Ukronie, qui est une branche féconde de la science-fiction, décrit « un temps imaginaire, une autre Histoire que celle que nous connaissons ».

Ici, l’idée de départ est qu’un virus a privé les hommes, parfois totalement, mais le plus souvent partiellement, de leur odorat. Des religieux, les Flagellants, en ont profité pour imposer leur domination sur le monde, en classant, grâce à une machine appelée électro-olfactogramme, les humains en castes, selon les odeurs qu’ils parviennent encore à sentir. Ainsi peut-on être , par exemple, « odorant végétal boisé » ou « odorant végétal chimique » ! Et cela influe, bien évidemment, sur le métier que l’on exerce et sur la place à laquelle on peut prétendre dans la société. Ceux qui sont totalement anosmiques en sont le rebut. Oui, mais voilà : certains humains sont des Odorants absolus : ils sont alors pourchassés par les Flagellants qui voient en eux une menace contre leur pouvoir. On l’a déjà deviné : Mathis, le héros, est un Odorant absolu. Le roman raconte pourquoi, et c’est la partie la plus intéressante, et relate ses déboires, lorsqu’il essaye d’échapper à ses poursuivants et de rendre l’odorat à l’humanité. C’est alors un (très) honnête roman d’aventures. Poursuites, combats, méchants, traîtres, histoire d’amour, tout y est.

Le roman se lit d’une traite, même s’il n’est pas le feu d’artifices d’odeurs auquel on aurait pu s’attendre. Mais on lui pardonne car il se termine par un si bel aphorisme : « L’amour, c’est d’abord aimer follement l’odeur de l’autre »…

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