Mon ti chien

Mon ti chien
Carl Norac, Isabelle Chatellard

Didier, 2012

Fable mordante

Par Dominique Perrin

ti070350On ne sait pas trop au départ si Rex est un chien, ou une baudruche, une peluche, une marionnette, halé qu’il est par une laisse qui semble lui tenir lieu de moteur. Il est aussi, selon les moments, intégralement enveloppé ou simplement accompagné d’une nuage de paroles « bêtifiantes » énoncées par un maître aimant et autoritaire. Cette condition d’animal tenu en laisse par un flux langagier obsessif et stéréotypé, plus durement encore que par un lien physique, suscite des pensées de révolte.
Rex est tout du moins roi de ses rêves, et s’approprie en esprit d’autres conditions de vie : il s’invente papillon, et même chat, mais aussi vase, coussin, et encore facteur. La fable enclose dans cet album-carnet toilé de rouge – à la manière, en son temps, de Pas facile l’amitié d’Ingri Egeberg et Christian Bruel – est à la fois tendre et incisive ; à la fin, on voit Rex tombé amoureux et père d’une portée de chiots, bêtifier copieusement à son tour. Les jeunes lecteurs percevront sans doute clairement la radicalité de la réflexion ouverte ici, dédiée par les deux auteurs à plusieurs toutous aimés.

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