Quel bonheur !

Quel bonheur !
François David Jean Mallard
Motus 2021

Le bonheur est dans le pré… cours-y vite !

Par Michel Driol

Ce jour-là, la narratrice éprouve une joie particulière à voir les fleurs des champs vivantes qui lui sourient. Cette nouvelle, il faut qu’elle la dise. Mais son père, sa mère, son frère, sa grand-mère ont trop à faire pour l’écouter. C’est donc au vent, aux éléphants, ou à d’autres animaux qu’elle envisage de la dire… avant de se décider pour un chat qui colportera ce message à tous.

S’opposent ici deux univers et deux arts de vivre. Celui de la narratrice, au sein de la nature, en communion avec les fleurs, les éléments naturels, qui éprouve une sensation de bonheur qu’elle souhaite communiquer au monde entier. De l’autre celui des adultes, trop occupés, l’un avec des montagnes de choses à faire, l’autre avec un texte interminable à traduire dans des langues exotiques, l’autre enfermé dans la musique de son casque, la dernière dans son monde murée dans ses souvenirs et sa surdité.  Monde de l’enfance d’un côté, en résonnance avec toute la beauté du monde, monde adulte de l’autre avec des occupations jugées essentielles, mais qui isolent. Monde de la poésie aussi certainement. Car l’émotion éprouvée par la narratrice au début est de l’ordre de l’épiphanie des auteurs de haïkus. Et cette émotion doit être partagée avec tous… qui ne veulent pas la voir ou l’entendre. Dès lors cette volonté de partage ne peut passer que par l’imaginaire du chat à qui l’on prête les pouvoirs quasi magiques de pouvoir pénétrer l’esprit de tous. Le texte est à la fois plein de poésie, porteur d’un regard émerveillé devant la nature, mais aussi d’un regard plein de traits spirituels pour parler des adultes. Les illustrations, en grandes pleines pages de Jean Mallard, emplies de couleurs tantôt à dominante froide, tantôt très chaudes, s’accordent avec la somptuosité de ce texte à qui elles confèrent comme une dimension surréaliste dans le jeu sur les tailles, les formes, le mélange des éléments terrestre et céleste, comme un ode à l’univers entier. Il nous accompagne ainsi d’un monde du plein jour au monde de la nuit, de son silence, de ses mystères.

Un album plein de douceur et de charme, pour dire l’émerveillement de vant la nature et sa dimension hautement poétique.

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