Le Poil de Baribal

Le Poil de Baribal
Renée Robitaille, Oleysa Schukina (ill.)
Planète rebelle, 2020

Tours et retours du conte

Par Anne-Marie Mercier

La maison d’édition Planète rebelle existe depuis 1997. Fondée au Québec par un conteur, André Lemelin, elle se consacrait au renouveau du conte et à l’oralité ; cette mission se poursuit aujourd’hui, avec l’éditrice Marie Fleurette Beaudoin qui a jouté à son catalogue des collections destinées aux plus jeunes et a invité la jeune conteuse Renée Robitaille à livrer en livre et en CD un conte truculent, fantaisiste et militant (féministe).

Il démarre au quart de tour avec une scène inattendue en littérature de jeunesse : un baiser entre deux inconnus, qui dure à l’excès. Puis c’est la femme qui demande à l’homme non pas de l’épouser mais de lui faire un enfant, sur quoi il s’endort profondément et ce sommeil dure à l’excès…
« La femme » (on ne saura pas son nom) va voir une sorcière qui l’envoie accomplir un exploit pour réveiller l’homme endormi : arracher un poil de l’oreille de Baribal, terrible ours noir. Il s’ensuit de multiples tentatives ingénieuses, de plus en plus dangereuses, extravagantes et drôles, au bout desquelles la femme revient victorieuse et va voir la sorcière pour réveiller le bel endormi.
Or, comme chacun le sait, dans les contes modernes, les sorcières n’ont pas de vrai pouvoir magique… Alors, que va-t-il se passer ? « La femme » arrivera-t-elle à se faire faire un enfant par « son homme » ? Tout cela vous sera raconté, en texte, en images (très parlantes elles aussi) et en CD.
Pour écouter l’histoire et entendre la conteuse R. Robitaille

 

 

Comment occuper (intelligemment) des adolescents pendant le confinement?

Le Royaume de Pierre d’Angle, t. 3 (Les adieux) et 4 (Courage)
Pascale Quiviger
Le Rouergue, 2020, 2021

Merveille en quatre tomes

Par Anne-Marie Mercier

Voici la suite et fin de la magnifique série de Pascale Quivigier publiée au Rouergue, belle surprise dans le domaine de la littérature pour adolescents, à la hauteur de La Passe miroir de Christelle Dabos et pourquoi pas aussi de La Croisée des mondes, bien que d’un genre différent. Ceci ajoute une œuvre d’auteur francophone (Pascale Quivigier est canadienne) à la liste des cycles parfaitement réussis en littérature de jeunesse.
J’ai dit auparavant (voir les chroniques du tome 1 et du tome 2) tout le bien que j’en pensais : richesse et originalité de l’intrigue, réécriture neuve et sensible de thèmes des contes (comme la forêt de la Belle au bois dormant, le prince et la bergère…), présence discrète du fantastique, variété des personnages, complexité de leur personnalité. Les valeurs, très affirmées, sont cependant sans cesse interrogées, et accompagnées d’une réflexion politique. La beauté de l’univers de cette île battue par les vents, écrasée de chaleur ou pétrifiée par le gel, sert d’arrière-plan à la présence d’une nature qui est bien plus qu’un décor. Le mélange d’humour et de tragique, le suspens, la légèreté et fluidité de l’écriture et l’élégance du style dans certains passages, toutes sortes de qualités donnent beaucoup d’agréments à la lecture de cette œuvre.
Je ne résumerai pas l’histoire de peur de la « divulgâcher » ; le troisième volume est celui de l’effondrement : le royaume est soumis à diverses catastrophes dont il semble ne pas pouvoir se relever, et le roi est menacé par des complots sans fin, ourdis par son demi-frère, le prince Jacquard, dont la mère est une sorcière ; dans le quatrième volume, la reine Ema passe par toutes les souffrances jusqu’à en être parfois brisée ; les amis et amies sont infatigables dans leurs tentatives pour les protéger. La forêt de la Catastrophe (c’est son nom) dans laquelle est retenue la fille du couple royal garde son mystère jusqu’à la fin du dernier tome qui dévoile tous les mystères.

Ce volume met fin à l’aventure, aussi bien dans le sens d’y mettre un point final que dans le sens des romans arthuriens : lorsqu’il s’achève, la magie est anéantie, merveilles et horreurs ensemble, le Mal est extirpé du monde, non sans avoir causé de nombreux dégâts et la mort de certains des héros.

C’est un régal permanent, une œuvre généreuse à tout point de vue, dans laquelle le Bien et le Mal s’affrontent, au début sous des formes très reconnaissables (celle de la sorcière par exemple), pour s’opposer ensuite de manière plus subtile, les méchants pouvant connaître une rédemption inattendue et l’histoire retourner à sa source. Ce régal est aussi un festin par sa longueur et la variété de ses mets : le quatrième tome fait 680 pages ; la lecture est si addictive et fluide que ces pages défilent sans effort.

Le site de Pascale Quiviger, auteure à suivre, vaut le détour : cette plasticienne est aussi l’auteure de plusieurs textes et livres illustrés pour adultes qui ont obtenu des prix aux Canada.

 

 

 

 

Le Flocon

Le Flocon
Bertrand Santini, Laurent Gapaillard
Gallimard jeunesse, 2020

L’infini au creux de la main; le monde et le temps dans un album

Par Anne-marie Mercier

« Conte inspiré du recueil de Johannes Kepler, « L’étrenne ou la neige sexangulaire » (1610), dans lequel, après avoir badiné sur une offrande de presque rien pour un jour de nouvel an, Kepler traite de la structure du flocon de neige et de l’organisation du monde vivant, ce bel album, grand et étrange, au format atypique, marque par son ambition.
Le point de départ est le même : Kepler offre au roi « presque rien » : un flocon de neige, ce qui entraine la raillerie des courtisans. Faisant observer le flocon au roi à travers un télescope, il lui fait voir l’infini du monde et le néant de l’homme, créature parmi les autres et non roi de la Création, ce qui fait hurler les dévots et traditionalistes.
Le texte, en vers, est simple et alerte. Les illustrations, en tons de gris, sont au contraires très fouillées et sombres, sous la forme de gravures d’allure gothique. Elles présentent des architectures et des costumes de personnages typiques de l’époque, mais aussi des animaux de tous les continents, jusqu’à l’infini du cosmos et du temps, l’expansion de l’univers puis son effondrement. Elles sont souvent vertigineuses, proposant des points de vue étonnants et des perspectives infinies.
L’ensemble est superbe et donne à penser, à rêver peut-être ?

On découvre ici un autre aspect du talent de Bertrand Santini, et le magnifique travail de Laurent Gapaillard, l’excellent illustrateur des couvertures de La Passe-miroir,  du Yark, de la nouvelle édition du Prince Pipoque du très beau et du très bon!

L’Attrape-Malheur, tome 1 : Entre la meule et les couteaux

L’Attrape-Malheur, tome 1 : Entre la meule et les couteaux
Fabrice Hadjadj, illustrations de Tom Tirabosco
La Joie de lire, 2020

Sombre, très sombre

Par Anne-Marie Mercier

L’intrigue du roman tient à ce qu’est le personnage inventé par Fabrice Hadjadj : à lui tout seul il contient le cahier des charges du projet d’écriture. Un attrape-Malheur est un être que rien ne peut atteindre ni blesser directement. Inversement, il souffre à la place de ceux qu’il aime. La deuxième caractéristique fait le malheur du héros : après avoir compris qu’il pourrait mourir à leur place, ses deux parents font tout pour détruire l’amour qu’il a pour eux, pour son chien, pour une petite voisine… Se croyant trahi par tous, écrasé par la cruauté des êtres qui lui étaient les plus proches, l’enfant est recruté par un cirque ambulant. Il y développe la première caractéristique de sa nature : sous le nom de scène du « Môme même pas mal » il se produit sur la piste pour subir toute sorte d’avanies. Coupé en morceaux, jeté du haut d’une tour, noyé… rien ne l’atteint mais son cœur reste de glace, jusqu’à ce qu’il rencontre le regard d’une princesse…
Le récit est mené dans un univers médiéval sombre et cruel, dans un contexte de lutte entre différents rois (le môme en sera l’enjeu futur) et de sombres complots. La galerie de monstres du cirque est d’abord inquiétante avant de révéler des êtres qui peuvent être chaleureux (mais dont il faut tout de même se méfier). Quant au directeur du cirque, le mentor du jeune homme, il cache plus d’un secret.
Ce récit très sombre est éclairé par de beaux passages, souvent contemplatifs, comme celui-ci : « Jakob ne regarde pas les ponts mais au-dessus, dans le ciel bleu et blanc.  Des étourneaux se rassemblent pour migrer vers le sud. Ils forment une masse de points noirs qui se plie, se déplie, se replie sur elle-même, forme des volutes toujours neuves, se soulève et s’abat telle une vague en pointillé échappée de l’océan, libérée du littoral et de toute pesanteur. C’est un immense filet pour attraper les oiseaux qui s’est changé en un filet d’oiseaux qui attrape le ciel « . Les illustrations en noir et blanc (bois gravés, fusain ?) traitent l’histoire et les personnages de manière tout aussi contrastée, entre émerveillement et noirceur.
L’ensemble est très original et de plus en plus prenant. Si un héros sans affection peine à produire de l’empathie, Jakob devient au fil du roman une figure complexe et entraine le lecteur dans la confusion de ses sentiment.

 

Notre Boucle d’or

Notre Boucle d’or
Adrien Albert
L’école des loisirs, 2020

Le nouveau Boucle d’or

 Par Anne-Marie Mercier

Le conte de Boucle d’or est ici nettoyé de ses rituels surexploités à l’école (le jeu sur petit/ moyen/grand, etc.) pour revenir à sa racine : un enfant s’introduit dans une maison d’animaux (très anthropomorphisés puisqu’ils possèdent maison, table, chaises, bols et lits), il y met un certain désordre pendant leur absence (un bol est cassé, il y a du chocolat partout), et s’endort. Il s’enfuit à leur retour.
Mais il y a d’autres modifications : l’enfant est un petit garçon (aux boucles blondes), et les ours (désignés comme « le gros papa ours » et « la grosse maman ours » – belle égalité – et « le tout petit ourson ») sont plutôt gentils : loin d’être en colère, ils commencent à avoir peur de la « bête » qui s’est introduite chez eux, puis, attendris par l’enfant, ils le ramènent sur leur dos jusqu’à à la lisière de la forêt, mais pas plus loin car il ne faut pas exagérer la proximité avec les humains.
La modernité vient aussi du traitement des images : si de l’extérieur la maison a l’air d’un jouet et les ours de figurines en plastique trop grosses pour y tenir, l’intérieur est vaste, composé de plusieurs pièces et d’un étage. Les couleur franches et contrastées, les angles de vue variés et les effets d’échelle apportent du dynamisme et de la dramatisation à l’histoire, de même que la disposition des images, parfois organisées en séquences proches de la BD. La dramatisation est aussi accentuée par les interventions du narrateur qui s’indigne du comportement de l’enfant, s’adresse à lui pour lui enjoindre de ne pas, puis  qualifie ce qu’il a fait de « grosse bêtise », pour frémir ensuite sur ce qui arrivera… L’ensemble est beau, vivant et très réussi.

Carmin, t.1

Carmin, t. 1: Le garçon au pied-sabot
Amélie Sarn

Seuil jeunesse, 2020

Chasse à l’enfant

Par Anne-Marie Mercier

Si le début de ce roman est assez classique et même un peu attendu (un orphelin martyrisé par un garçon brutal, dans une institution qui n’est guidée que par le souci du gain), la suite est beaucoup plus originale : l’enfant est recueilli (acheté) par un couple extrêmement riche. Ceux-ci sont des chasseurs et collectionnent des spécimens de chaque espèce que l’on voit, empaillés dans toutes les pièces de leur château sinistre. On se demande vite, avec Carmin, s’il n’est pas le prochain spécimen de leur collection.
La narration est entrecoupée de passage du journal de la femme du couple (la plus diabolique) et de dialogues entre eux (assez artificiels et agaçants – mais on devine que cela sert à désamorcer par des traits comiques ce que ces personnages pourraient avoir d’inquiétant). Bien vite, Carmin redoute de finir mal, mais la suite se complique encore… On voit paraitre de nouveaux personnages, les uns favorables, les autres hostiles, d’autres incertains, et l’on découvre que ce garçon voit des êtres étranges, minuscules, lutins ou fées, et que ce sont eux que le couple traque en espérant se servir du garçon.
A la fin du roman, après bien des catastrophes, il semble que l’auteure en ait eu assez de toute cette noirceur ; l’amie morte n’est plus morte, les méchants sont (provisoirement?) mis hors d’état de nuire, et une autre aventure commence, avec un projet de voyage lointain à la recherche des fées et du paysage de son enfance qui hante Carmin… La suite promet de belles échappées.

Ce roman a fait partie des « pépites » du Salon de Montreuil en 2020.

 

Le Problème

Le Problème
Marcel Aymé, May Angeli
Éditions des éléphants, 2020

 

Les maths, la poule et le réel

Par Anne-Marie Mercier

La réédition des Contes du chat perché de Marcel Aymé par les Éditions des éléphants est chaque fois une heureuse surprise. On a beau croire bien connaitre ces histoires, c’est toujours un bonheur de les retrouver, surtout avec les belles images de May Angeli. Réalisées avec des bois gravés, elles ont la patine des images anciennes, des couleurs intenses, une naïveté touchante.

« Le Problème » est un des meilleurs contes. Il met en scène les deux fillettes face à un problème mathématique dont l’énoncé fait sourire tant il est représentatif d’une pédagogie qui tentait (bien maladroitement et faussement, comme ici) de mettre les élèves face à des questions concrètes : « les bois de la commune ont une étendue de seize hectares. Sachant qu’un are est planté de trois chênes, de deux hêtres et d’un bouleau, combien les bois de la commune contiennent-ils d’arbres de chaque espèce ? »
Les parents se fâchent, comme d’habitude, les fillettes ont du mal à se concentrer, comme toujours et pleurent à l’idée de la punition : les animaux décident de les aider. Tout cela est très dôle, notamment les scènes de dispute entre le cochon et les autres animaux (il a vraiment un caractère de cochon) et le dénouement en classe, en présence de l’inspecteur, avec une conclusion savoureuse pleine d’implicite.
Voyez aussi « L’éléphant« , extraordinaire, que les Éditions des Éléphants ont mis très tôt à leur catalogue, bien sûr !
Extrait du site de l’éditeur : « Nées en 2015 sous le signe de la longévité, les Éditions des Éléphants proposent des albums pour enfants qui cultivent toutes les qualités de l’éléphant. Force, grâce, intelligence, mémoire… se retrouvent au fil de nos livres. »

 

Par Anne-Marie Mercier

 

Remous / Uni vert

Remous / Uni vert
Stéphanie Richard Illustrations de David Allart
Editions du Pourquoi pas ? 2020

Le monde change, hélas !, plus vite que le cœur des hommes

Par Michel Driol

Deux récits tête bêche dans ce recueil, deux récits qui parlent, de façon oblique et métaphorique, de la même chose. Dans Remous, le monde devient mou, de l’anse de tasse à café au sol, au point que les humains trouvent refuge dans les arbres où ils font, à nouveau, société. Dans Uni vert, c’est le monde qui devient vert, à la suite de la disparition des couleurs. Mais le langage possède toujours les noms des couleurs, et, au bout d’une génération, chacun peut à nouveau retrouver la couleur des choses par les mots et gouter à nouveau au bonheur.

Ces deux récits philosophiques, riches et, au bout du compte, optimistes, ont en commun de parler de notre perception du monde, de ses transformations, et de notre façon de nous y adapter. Dans Remous, que faire face à la terre devenue inhospitalière ? Ce n’est pas par la technologie que les humains y sont sauvés, mais en prenant de la hauteur, à la façon du Baron perché. Dans le second, c’est le langage qui change la perception du monde, dans une perspective que ne renierait Umberto Eco qui terminait ainsi le Nom de la Rose : La rose d’hier n’existe que par son nom, et nous ne tenons que des noms vides… Si les conditions de vie deviennent impossibles sur terre, si le monde s’uniformise au point de devenir monochrome, quelles sont les formes de résistance à adopter ? Comment sauver les diversités, quelle qu’en soit la nature ? Les deux fictions de Stéphanie Richard, écrites dans une langue travaillée (Uni vert est riche de jeux de mots sur la couleur verte, et Remous regorge de mots pour évoquer la désagrégation de la terre), invitent à faire ce pas de côté nécessaire pour poser des questions fondamentales sans didactisme. Cela laisse donc une grande liberté au lecteur pour comprendre, en fonction de son âge, et prendre ces histoires au premier degré ou s’interroger sur ce dont elles parlent en fait. Les illustrations de David Allart qui jouent avec finesse des camaïeux de vert pour Uni vert, de rose et violet pour Remous, accompagnent le lecteur dans ce monde inquiétant et pourtant familier.

Deux récits philosophiques pour apprendre à « faire société » et s’interroger, à son niveau, sur notre monde.

Le Noël de Rosetta

Le Noël de Rosetta
Nathalie Tuleff, Guillaume Lucas et Janna Baibatyrova (ill.)
Trois petits points, 2020

Mon beau sapin… du monde d’avant

Par Anne-Marie Mercier

Les éditions Trois petits points, spécialisées dans les livres audio, proposent avec Le Noël de Rosetta un album très coloré (malgré son thème), superbement illustré, avec un joli conte de Noël :
« Le royaume de Rosetta est tout gris. Il paraît qu’avant, la vie y était pleine de couleurs et de musique, surtout à Noël. Rosetta rêve de vivre cette fête. Son copain Lucien a envie de lui faire une surprise. Au son des hautbois, piano, sonnette hollandaise, noix de coco, ocean drum, tambourin, cor anglais, grelots, flûte irlandaise, il part en quête d’un sapin ».

On retrouve les thématiques du conte : une quête, plusieurs rencontres d’animaux serviables et d’un géant aimable qui a oublié qui il était (on devine qu’il était le Père Noël), événements magiques… et retour chez soi avec la résolution du problème : grâce à l’opiniâtreté de Lucien et aux larmes de Rosetta (bon, c’est un peu « genré », mais c’est elle la princesse, lui est fils de fermiers), le monde tout gris reprend des couleurs et Rosetta aura un sapin pour Noël.
C’est aussi un récit dans la tradition de Noël : recherche de décors pour le sapin, rencontre d’un Père Noël (certes amnésique), voyage à dos de renne volant… et extraits de musiques de Noël, notamment avec un joli jeu de clochette pour le final qui joue le traditionnel « Kling Gloeckchen » (celui de l’album est plus joli !)
Il y a aussi quelques traits de fantaisie (Rosetta est une princesse qui et vit dans un château mais va à l’école, et elle a la peau noire). L’histoire est guidée par une orientation écologique bien de notre temps avec une réflexion sur ce qu’il faut pour faire un arbre et sur ce qui a pu causer leur disparition. On pourrait objecter que la magie qui résout tout cela est un peu facile (mais c’est un conte et il ne faut pas désespérer les enfants) .
C’est aussi un récit parfait pour les petits, avec des énumérations des fruits et légumes d’autrefois, des couleurs des saisons (il ne pousse plus que des salsibagas et des potinambours grisâtres et insipides !). Les voix sont très expressives (l’abeille, l’écureuil et le géant ont chacun leur style et leur intonation). Flûtes graciles, arpèges de piano, une musique paisible et pas trop envahissante accompagne le voyage de Lucien avec Saint-Saens, Weber, Bizet, des airs traditionnels et des compositions originales.

Livre de 32 pages et CD de 36 minutes. Dès 4 ans.

Écouter un extrait sur le site de l’éditeur

 

Béatrice l’intrépide

Béatrice l’intrépide
Matthieu Sylvander, Perceval Barrier
L’école des loisirs (2016), 2018

Conte féministe

Par Anne-Marie Mercier

Deux courts récits, « Béatrice et le prince » et « Béatrice et le diable », mettent en scène une jeune chevalière qui n’a pas froid aux yeux et ne se laisse impressionner ni par les princesses en belles robes, ni par les princes mous, ni par les dragons. Le diable même ne vient pas à bout de sa détermination et de ses tours.

On l’aura compris, ce conte de fée est résolument féministe. Elle refusera le prince qu’elle arrivera à conquérir, car cet être pâle accro aux jeux video et cloitré dans sa chambre confinée ne l’intéresse pas (avis aux garçons !). La morale de ces contes est est aussi à rebours de l’univers aristocratique de bien des contes : les princesses snobs sont mises en échec par les sandwichs au pâté de l’héroïne et son langage direct a peu à voir avec le style fleuri d’autres textes.

Enfin, c’est très bien écrit, avec un style vif, des dialogues rapides et qui sonnent vrai, un rythme endiablé, et deux histoires complètes en peu de pages (104, très aérées), illustrées de manière comique par Perceval Barrier.