Rouge

Rouge
Pascale Nolot
Gulf Stream (électrogène), 2021

Petit Chaperon rouge gore

Par Anne-Marie Mercier

Quelle belle idée que de refaire le Petit Chaperon rouge en le situant dans le genre de la fantaisie et à destination des ados ! Et il est rouge et bien rouge : la fille qui est l’héroïne du roman porte ce nom : Rouge, c’est elle. On lui a donné ce nom à cause de la tache de naissance qui lui mange la moitié du visage.
Il y a des loups, du sang, des viols, c’est même assez glauque et l’auteure fait tout ce qu’elle peut pour mettre son lecteur mal à l’aise en lui mettant sous les yeux des chairs, des blessures, des choses qui inspirent le dégout. La grand-mère à qui chaque jeune fille du village doit apporter un panier de provisions est aussi une belle trouvaille. Être mystérieux, fée ou sorcière, monstre immortel ? Que fait-elle de toutes ces jeunes filles qu’on lui envoie et qui ne reviennent jamais ?
Ce roman regorge de belles idées. Mais il est un peu encombré par ce désir d’ajouter dégoût sur dégoût.
Le problème principal tient à l’écriture : celle-ci est si ampoulée, tiraillée par différentes directions, tantôt surécrite tantôt familière, les dialogues sont si faux que l’on a du mal à y croire et encore plus à tenir la distance et ce livre qui se voulait captivant m’est tombé des mains malgré mes efforts. Dommage.

Pénélope, Athéna, monstres : Faut-il réécrire la mythologie?

Pénélope, la femme aux mille ruses
Athéna la combative
Isabelle Pandazopoulos
Gallimard jeunesse, 2021

Monstres et créatures de la mythologie
Françoise Rachmuhl
Flammarion jeunesse, 2020

Héroines versus déesses ou Faut-il réécrire la mythologie?

Par Anne-Marie Mercier

Après avoir romancé la mythologie au masculin (Jason, Rama…) , l’autrice la féminise et met au premier plan des femmes. Ce qui est assez naturel avec Athena l’est moins avec Pénélope, placée en général dans l’ombre de son époux, ou au service de son fils, dont les vertus sont plutôt celles traditionnellement réservées aux femmes, patience, chasteté et fidélité.
Bizarrement c’est le roman consacré à Pénélope qui est le plus réussi, avec l’invention de son enfance, de son coup de foudre pour Ulysse et quelques aménagements avec la tradition : la ruse de Palamède pour faire venir Ulysse à Troie, les raisons qui poussent Pénélope à retarder le moment où elle reconnait Ulysse sont autant de petites entorses au mythe, permettant la romance et la vraisemblance.
En revanche, Athéna perd par son entrée dans le genre romanesque son statut de déesse mystérieuse. Elle est peinte sous les traits d’une gentille adolescente et son frère Arès d’un horrible voyou ; elle est pétrie de mauvaise conscience lorsqu’elle punit Arachné, enfin, elle n’a plus rien de divin : est-ce une idée intéressante ?  Non, comme l’affirmait Queneau dans « Le voyage en Grèce ».

Monstres et créatures de la mythologie
Françoise Rachmuhl

Laissons donc les mythes au mythe, les jeunes lecteurs ne seront pas plus en difficulté  et cela n’empêche pas non plus de faire du neuf. Ainsi, Françoise Rachmuhl réussit le tour de force de présenter des êtres bien connus de manière neuve, sans les dénaturer : pris individuellement regardés sous un autre angle, le Sphinx, Méduse et Polyphème, pour ne citer que les plus connus, prennent corps et coeur pour nous émerveiller encore dans des récits vifs et drôles, bien écrits, ou l’on sent un véritable auteur.

Enfin, quitte à rééécrire et à donner de nouveaux visages aux mythes, je préfère le visage de Méduse, vu par  François Roca, aux visages donnés à Athéna et Pénélope, proches de l’esthétique des mangas.

Dans sa postface, Françoise Rachmuhl explique bien son propos :
« La difficulté, dans les récits d’aventures très connus, a été de varier l’angle d’attaque. Je n’aime pas me répéter lorsqu’il s’agit d’Héraclès ou  d’Ulysse. J’ai découvert ainsi la variété des monstres  et leur rôle envers l’être humain : incarner nos peurs, percevoir le monstrueux dans la nature et dans l’homme, au fil du temps, et découvrir aussi que, parfois, le monstre n’est pas si monstrueux, et qu’il éprouve parfois des sentiments aussi humains que les nôtres. »

Siegfried et le dragon

Siegfried et le dragon
Pierre Coran, Charlotte Gastaud
Flammarion (Père Castor), 2021

Super héros touchés par la grâce

Par Anne-Marie Mercier

Pierre Coran et Charlotte Gastaud poursuivent leur adaptation de classiques de la littérature, de contes, ou de légendes : après La Flûte enchantée et Roméo et Juliette, voilà le célèbre épisode de la légende des Nibelungen adaptée par Wagner qui renait ici en superbes images. Les noirs profonds, les ors, les rouges, se découpent dans des décors de forets stylisées ; le dragon est très noir et très effrayant et Brunehilde est très belle et très blanche ; des vignettes traitées avec délicatesse en noir et blanc avec des touches d’or, charmantes, donnent un ton plus léger.
Le texte met bien en avant les traits saillants du héros de l’épisode : l’enthousiasme et la jeunesse, la force et la beauté. Et à la fin… c’est La colombe qui gagne : les héros amoureux  s’enfuient sur un grand cheval noir, abandonnant richesse et gloire pour vivre d’amour. La bête est morte, morte le venin !

Boucles de pierre

Boucles de pierre
Clémentine Beauvais, Max Ducos
Sarbacane, 2021

Promenade au Parc

Par Anne-Marie Mercier

Max Ducos signe un nouvel album à la tonalité légèrement fantastique, cette fois en collaboration avec Clémentine Beauvais. Elle a imaginé une histoire originale qui donne à un parcours quotidien qui pourrait être répétitif l’allure d’une aventure : pendant plusieurs mois, une jeune fille va rendre visite tous les jours à son oncle en traversant un parc. Elle observe les détails, les gens, la végétation, elle note les changements, et  finit par découvrir que les cheveux des statues poussent. Elle en parle à son oncle, qui semble ne l’écouter que distraitement, pour finalement s’intéresser de plus près au phénomène. La résolution du problème fait découvrir le métier de l’oncle (tailleur de boucles) et le lien entre sa maladie et le dérèglement des statues. Cette idée originale est-elle un souvenir du premier confinement, quand plus personne ne pouvait aller se faire couper les cheveux chez un coiffeur ? Toujours est-il que ces statues hirsutes et velues sont aussi surprenantes que certains visages découverts (ou plutôt recouverts) à cette époque.
Les images de Max Ducos travaillent le sujet du parc de manière superbe, avec un très beau rendu des feuillages, des surfaces aquatiques et des ciels, et de multiple détails (comme la statue à frange qui ressemble à Clémentine Beauvais).
feuilleter sur le site de l’éditeur.

 

Ash House

Ash House
Angharad Walker
Traduit par Maud Ortalda
Casterman, 2021

Belle et inquiétante étrangeté

Par Anne-Marie Mercier

Souvent, les quatrièmes de couverture exagèrent. Celle-ci m’avait laissée dubitative : « Un roman exceptionnel à l’inquiétante étrangeté, « dans la lignée de Miss Peregrine et les enfants particuliers et Sa Majesté des mouches » (Goodreads) ». Eh bien, une fois le livre refermé, on se dit que ces propos sont justes, peut-être davantage du côté de Miss Peregrine que du roman de Golding plus ancré dans la réalité.
Ash House est étrange : la maison faite de cendres, les enfants, garçons et filles, dépenaillés qui y sont pensionnaires depuis des années, le directeur, absent depuis un certain temps, le docteur inquiétant, qui semble le remplacer temporairement, les animaux monstrueux gardés dans des cages et laissés libre la nuit, la frontière infranchissable entre le dehors et le dedans. Les efnants vivent dans une serre envahie par la végétation à certains endroits ; le manoir leur est interdit : c’est le domaine du directeur et du docteur.
Le héros de l’histoire, qui d’emblée a oublié son nom et à qui on a donné celui de Sol, pour Solitude, arrive de l’hôpital où il était soigné pour des douleurs récurrentes et incurables : il doit, lui a-t-on dit trouver le salut dans cette institution. Il découvre un univers étrange, sans adultes tout d’abord, dans lequel il peine à trouver sa place. Il est d’abord rejeté par cette communauté dont il ne respecte pas les codes (les « Obligeances) malgré l’aide de son ami, Dom (pour Freedom).
Les autres enfants se nomment Concord, Harmony, Verity, Merit, Justice, etc. Noms de vertus qui sont autant d’ « Obligeances ». Une fille, Clem, manque, morte sans doute, personne ne veut en parler. Elle apparait à Dom et lui souffle des avertissements, conseils pour rompre avec la malédiction qui semble les enchainer à l’attente d’un coup de téléphone du directeur qui ne vient pas. Tous ces personnages d’enfants fantomatiques sont à peine esquissés et pourtant ils prennent corps. Leurs gestes, intonations, réactions, souvent à peine indiqués, leur donnent vie.
Leurs «leçons» sont étranges, répétitions des Obligeances à n’en plus finir comme un mantra. Chacun est assigné en dehors des « cours » à une tâche : cuisine (des vivres leurs sont livrés, puis la livraison s’arrête), nettoyage, soins aux animaux… Sol fait équipe avec Dom pour la surveillance des drones qui filment le domaine.  Tout s’emballe quand le docteur fou commence à s’intéresser à Sol…
Histoire toute en nuances de gris de cendre ou de noir de cauchemar, parfois terrifiante, le roman est d’une étrange beauté, pour s’achever dans un suspens haletant et sur une étrangeté qui reste irrésolue.
Feuilleter et voir la bande-annonce (bien gothique, à l’image de la couverture, parfaite).

Le Doux Murmure du tueur

Le Doux Murmure du tueur
Nadine Monfils
Mijade (Zone J), 2021

Meurtres au ruban rouge

Par Anne-Marie Mercier

Mêlant les genres du roman miroir, du fantastique et du roman policier, ce texte court et efficace offre une belle lecture, pleine de surprises et de suspens. Le héros, Jack, collégien solitaire, aime la belle Nina qui l’ignore, ou pire. Un jour où il est particulièrement désespéré, une voisine âgée semble lire dans ses pensées et lui offre un livre qui a un effet surprenant : il a une vision associée au mot « anniversaire » inscrit dans ce livre : Nina, assassinée dans une forêt, étranglée avec le ruban rouge de sa robe.
A partir de là de multiples intrigues se nouent : La voisine disparait : son mari l’a-t-il assassinée ? le rat apprivoisé de celle-ci est sauvé par Jack qui le recueille : ce rat a-t-il des pouvoirs ? Qui est la jeune fille assassinée il y a des années avec un ruban rouge ? Quel est l’homme dont Nina est amoureuse en secret et qui l’appelle « mon ange » ? serait-ce leur beau prof de français, surnommé « Clooney » ? Qui est la femme qui a écrit à celui-ci il y a bien longtemps en signant « ton ange », dont il garde précieusement la lettre ?
Bien d’autres questions et personnages apparaissent au fil des pages, tant que l’on en prend le vertige.
Le dénouement apporte toutes les réponses à la fois, avec des accumulations de coïncidences qui mettent un peu à mal la vraisemblance, mais qu’importe, on aura passé un moment à frémir avec Jack pour les beaux yeux de Nina et à s’indigner devant le comportement de certains, parents, collégiens, voisins…

Atlas des lieux littéraires

Atlas des lieux littéraires
Cris F. Oliver, J Fuentes (ill.)
Traduit (espagnol) par Françoise Bonnet
Éditions Format, 2021

Embarquement immédiat

Par Anne-Marie Mercier

Plutôt qu’un Atlas, il s’agit d’un guide touristique : il propose différentes destinations pour lesquelles on indique comment d’y rendre, quoi mettre dans ses bagages, quels lieux visiter, où dormir, où manger, le moyen de communiquer avec les habitants, une géographie sommaire (de belles cartes stylisées, réalisées par J. Fuentes aident à se repérer), des renseignements sur l’économie, la religion ou le régime politique… Des conseils sur ce qu’on peut acheter et ramener chez soi comme souvenirs de voyages.
Il donne aussi divers conseils, et parfois insiste sur le fait qu’il vaudrait mieux ne pas se rendre dans cet horrible pays (ceux de 1984, ou de Hunger games, par exemple) ; si l’on passe outre, on bénéficie de quelques conseils de survie, tirés de l’expérience des héros des romans.
Tous ces éléments, courants dans les guides de voyage, sont bien plus complexes ici puisqu’il s’agit de pays imaginaires. En effet, même si on y trouve le Londres de Sherlock Holmes et les villes du sud de l’Angleterre fréquentées par les héroïnes de Raison et sentiments de Jane Austen, la plupart des lieux sont purement fictifs et souvent improbables : la majorité des romans sont des ouvrages de fantasy ou de science-fiction et souvent défient les lois d ela logique et de la géographie : Le Pays des merveilles de Carroll, La terre du milieu de Tolkien, le pays d’Oz, Le Château de Hurle, le Pays imaginaire de Barrie, Westeros, Poudlard, les Royaumes du Nord… A ces romans très connus s’en ajoutent d’autres qui le sont moins et que l’on découvre avec la grande envie de s’y plonger. L’ouvrage ne fonctionne pas comme une suite de résumés permettant de connaitre sans lire, mais comme une invitation à entrer dans ces livres.
L’auteure réussit un tour de force en résumant les conditions d’accès à ces pays en quelques lignes de manière précise et drôle : comment en effet se rendre au pays imaginaire d’Alice, dans celui de Peter Pan, ou bien à Lilliput et Blefuscu? Même chose pour le retour : par exemple, si vous décidez de faire un Voyage au centre de la terre, il vous suffira d’attendre qu’une explosion volcanique vous expulse.
Chaque univers est traité en quatre pages, dont une d’image, avec des rubriques qui varient d’un pays à l’autre : comment s’orienter, comment survivre, comment voyager, la flore et la faune… On voit que l’auteure connait parfaitement les univers qu’elle décrit et sait choisir les traits saillants, les incohérences, les merveilles. C’est souvent extrêmement drôle (notamment sur  Peter Pan). La dernière rubrique intitulée « le saviez-vous » donne des renseignements précis sur l’auteur, la conception de l’œuvre, la place de l’intertextualité ; tout cela est très intéressant.
À savourer de 7 à 107 ans.

Feuilleter sur le site de l’éditeur

 

Souvenirs de Marnie

Souvenirs de Marnie
Joan G. Robinson
Traduit (anglais) par Patricia Barbe-Girault
Monsieur Toussaint Louverture, 2021

Mémoire vive

Par Anne-Marie Mercier

Ce  roman célèbre dans le domaine anglais, paru en 1967 mais inédit jusque-là en français, est connu néanmoins du public français grâce à l’adaptation réalisée en 2014 par le Studio Ghibli. C’est, dit-on, un des livres favoris de Hayao Miyazaki. Rien d’étonnant à cela, à condition de lire le roman jusqu’au bout : la première partie, très classique, semble ne pas correspondre à l’atmosphère étrange et teintée de fantastique de ses films. Mais la seconde, la seconde… tient bien des promesses. C’est aussi un livre impossible à résumer car on risquerait de dévoiler tous ses aspects qui ne se montrent que les uns après les autres.
Au début, Anne, orpheline placée dans une famille d’accueil, se sent abandonnée par ceux qui sont morts en la laissant seule (ses parents, dans un accident de voiture, puis sa grand-mère qui l’avait recueillie) et se sent un peu responsable de cet abandon : autant dire que du côté de la confiance et de l’estime de soi elle est mal dotée. Elle est aussi incapable de voir les signes d’amour de sa famille d’accueil, s’obstinant dans l’idée que celle-ci s’occupe d’elle contre un salaire, donc uniquement par intérêt.
Elle passe quelques semaines chez un couple amie de cette famille, dans une maison située vers les dunes et les plages. Les paysages, la solitude, les légendes l’attirent, jusqu’au jour où une grande maison qu’elle croyait abandonnée s’anime et que surgit une petite fille de son âge, Marnie… Marnie apparait et disparait, fait des choses étranges, a des peurs étranges… Petite fille réelle, amie imaginaire? Est-elle folle ou née de la folie d’Anne ? on ne le saura que peu à peu, chaque mystère dévoilé en révélant d’autres. C’est un livre magnifique et sensible.
Marnie, sous toutes ses facettes est un personnage que l’on n’oublie pas et qui donne envie d’aller rêver vers les dunes aux lecteurs de tous âges.

L’Attrape-Malheur, tome 1 : Entre la meule et les couteaux

L’Attrape-Malheur, tome 1 : Entre la meule et les couteaux
Fabrice Hadjadj, illustrations de Tom Tirabosco
La Joie de lire, 2020

Sombre, très sombre

Par Anne-Marie Mercier

L’intrigue du roman tient à ce qu’est le personnage inventé par Fabrice Hadjadj : à lui tout seul il contient le cahier des charges du projet d’écriture. Un attrape-Malheur est un être que rien ne peut atteindre ni blesser directement. Inversement, il souffre à la place de ceux qu’il aime. La deuxième caractéristique fait le malheur du héros : après avoir compris qu’il pourrait mourir à leur place, ses deux parents font tout pour détruire l’amour qu’il a pour eux, pour son chien, pour une petite voisine… Se croyant trahi par tous, écrasé par la cruauté des êtres qui lui étaient les plus proches, l’enfant est recruté par un cirque ambulant. Il y développe la première caractéristique de sa nature : sous le nom de scène du « Môme même pas mal » il se produit sur la piste pour subir toute sorte d’avanies. Coupé en morceaux, jeté du haut d’une tour, noyé… rien ne l’atteint mais son cœur reste de glace, jusqu’à ce qu’il rencontre le regard d’une princesse…
Le récit est mené dans un univers médiéval sombre et cruel, dans un contexte de lutte entre différents rois (le môme en sera l’enjeu futur) et de sombres complots. La galerie de monstres du cirque est d’abord inquiétante avant de révéler des êtres qui peuvent être chaleureux (mais dont il faut tout de même se méfier). Quant au directeur du cirque, le mentor du jeune homme, il cache plus d’un secret.
Ce récit très sombre est éclairé par de beaux passages, souvent contemplatifs, comme celui-ci : « Jakob ne regarde pas les ponts mais au-dessus, dans le ciel bleu et blanc.  Des étourneaux se rassemblent pour migrer vers le sud. Ils forment une masse de points noirs qui se plie, se déplie, se replie sur elle-même, forme des volutes toujours neuves, se soulève et s’abat telle une vague en pointillé échappée de l’océan, libérée du littoral et de toute pesanteur. C’est un immense filet pour attraper les oiseaux qui s’est changé en un filet d’oiseaux qui attrape le ciel « . Les illustrations en noir et blanc (bois gravés, fusain ?) traitent l’histoire et les personnages de manière tout aussi contrastée, entre émerveillement et noirceur.
L’ensemble est très original et de plus en plus prenant. Si un héros sans affection peine à produire de l’empathie, Jakob devient au fil du roman une figure complexe et entraine le lecteur dans la confusion de ses sentiment.

 

Les Fleurs sucrées des trèfles

Les Fleurs sucrées des trèfles
Cédric Philippe
Editions MeMo 2020

Et s’il n’y a qu’une chance…

Par Michel Driol

Lors d’une fête, Agathe apprend par hasard que son oncle préféré, Yvon, est atteint d’une grave maladie, et qu’il n’y a qu’une petite chance qu’il en réchappe. La chance ! Voilà ce qu’il faut à Agathe, qui parcourt son jardin à la recherche de trèfles à quatre feuilles. Mais c’est sa sœur qui les trouve, et bénéficie d’une chance insolente…

Bien sûr, un roman ne se réduit pas à un pitch, et ce roman moins qu’un autre. D’abord par sa forme : à la fois un récit enchâssé entre un prologue et un épilogue, où il est question de la rencontre du narrateur et d’un étrange personnage qui parle du lien entre les histoires et la chance. Quant au récit dont l’héroïne est Agathe, il est un étrange objet mêlant texte et illustrations : tantôt c’est le texte, dans une langue travaillée et poétique, qui prend en charge la narration, tantôt ce sont les illustrations en pleine page qui montrent dans un superbe noir et blanc le jardin, ou le dialogue entre les personnages et font ainsi avancer l’action. Ensuite parce que ce récit s’inscrit totalement dans un merveilleux que ne renierait pas Lewis Caroll : un jardin extraordinaire où les enfants rencontrent des animaux et des fleurs qui parlent, voire tiennent des discours philosophiques, trois rêves qui emmènent l’héroïne dans une autre réalité. Ainsi, l’univers décrit est à la fois très réaliste quand il est question de la relation entre Yvon et Agathe, de la mort qui rôde et de la façon de dire adieu, ou des loirs qui envahissent le toit et qu’il faut chasser, mais c’est aussi un univers totalement onirique à l’image de l’imaginaire enfantin où tout peut arriver. On pourrait voir dans ce roman un conte philosophie : la chance existe-t-elle ? Peut-on influer sur le cours des choses ou tout est-il régi par des lois ?  Quel est notre destin, entre le hasard et la nécessité ? C’est en tout cas une belle leçon d’optimisme dont notre époque a besoin, une façon de dire qu’il ne faut jamais désespérer.

Un roman – objet graphique  original, qui conduit le lecteur dans une atmosphère où rêve et réalité se mêlent, à hauteur de l’imaginaire d’une enfant.

On peut voir de nombreuses illustrations sur le site de l’auteur : http://www.cedricphilippe.com/