TerreS

TerreS
Carina Rosenfeld
Syros, 2021

Sauts sans gambades (ou presque)

Par Anne-Marie Mercier

Nous voyageons avec Clara, et quels voyages ! Elle saute dans le temps et dans l’espace comme d’autres prennent l’ascenseur, mais avec tout de même davantage de difficultés : elle ignore chaque fois sur quel monde elle va atterrir, habité ou non, respirable ou non, hostile ou non, même si c’est chaque fois la planète Terre.
Le roman explore le thème des univers parallèles en imaginant les terriens de Terre 0 en quête d’une autre planète Terre où fuir pour échapper à des envahisseurs particulièrement cruels qui ont mis la leur en coupe réglée. Clara est chargée de trouver la dimension où se trouvera la solution : une Terre inhabitée mais vivable.
Elle a certes des atouts. Elle a été créée pour cette mission : née en laboratoire, génétiquement modifiée, augmentée et dotée de capacités cognitives et physiques inégalables, c’est une super héroïne. Elle a la tenue adéquate : une combinaison-armure qui se transforme en petit gilet élégant lorsqu’elle veut passer inaperçue.
Si le début du roman a des aspects un peu répétitifs, chaque saut sur une nouvelle dimension se révélant un échec et les manières pour une terre d’être inhabitable variant assez peu, la suite se corse un peu avec l’apparition d’un homme mystérieux à chacune de ses explorations, qui tantôt la connait tantôt l’ignore et dont on n’apprend qu’assez tard la nature étrange et le rôle. Un peu d’amour pimente l’aventure et l’héroïne connait  les affres de la passion tout en recevant moult coups sur la tête et sur sa super combinaison. Mais que de longueurs, de clichés et de redites ! L’écriture de SF a certes des difficultés spécifiques (introduction de notions techniques, descriptions d’univers et de mode de pensées autres, etc.), mais  l’auteure semble ne pas faire confiance à son lecteur. Elle est partie d’une idée, intéressante et ouvrant de nombreux possibles (dont une jolie robinsonnade), et semble avoir peiné à l’exploiter comme à donner de l’épaisseur à cette fille qui devient de plus en plus ordinaire au fur et à mesure que sa mission avance. C’est un curieux mélange de choses intéressantes et de platitudes.

Mon beau grimoire

Mon beau grimoire
Chrysostome Gourio
Casterman (Hanté) 2021

La vengeance est un plat…

Par Michel Driol

Perséphone habite avec son père, fossoyeur, dans un cimetière. Elève timide, rousse, elle est harcelée par trois garçons de cinquième, les trois K, qui la traitent de sorcière et tentent de l’agresser. C’est alors qu’apparait une vieille femme, qui possède un grimoire étrange, et propose à Perséphone de se venger. Perséphone serait-elle vraiment une sorcière ?

Voilà un roman qui articule parfaitement deux genres : d’un côté le roman scolaire réaliste, de l’autre le roman d’épouvante. Réaliste, le roman l’est bien dans sa description du harcèlement dont sont victimes de nombreux ados, à cause de leurs vêtements, de la couleur de leurs cheveux ou de leur allure. Il est aussi le reflet de la domination qu’exercent certains garçons, en meute, contre des jeunes filles qu’ils transforment en victimes. Tout cela est bien vu et bien décrit, à travers le regard et les réactions de la jeune fille. Mais il donne aussi à lire un texte qui relève de l’épouvante : cimetière, nuit, orage, chat, messe noire, pacte. Il convoque tous les ingrédients de ce type de récit, pas seulement comme un jeu ou un cauchemar dont à la fin l’héroïne se réveillerait, mais donne à lire un vrai pacte permettant à l’héroïne d’éliminer ses harceleurs, tout en éprouvant des sentiments très contrastés entre empathie et désir de vengeance. La sorcière y est à la fois le personnage traditionnel, vouté, fumant la pipe, dotée de pouvoirs magiques, mais aussi est présentée comme étant la victime du pouvoir des hommes ou des puissants.

Un roman qui pose la question, au-delà de son aspect fantastique, des relations entre filles et garçons, et du harcèlement.

Atlas des lieux littéraires

Atlas des lieux littéraires
Cris F. Oliver, J Fuentes (ill.)
Traduit (espagnol) par Françoise Bonnet
Éditions Format, 2021

Embarquement immédiat

Par Anne-Marie Mercier

Plutôt qu’un Atlas, il s’agit d’un guide touristique : il propose différentes destinations pour lesquelles on indique comment d’y rendre, quoi mettre dans ses bagages, quels lieux visiter, où dormir, où manger, le moyen de communiquer avec les habitants, une géographie sommaire (de belles cartes stylisées, réalisées par J. Fuentes aident à se repérer), des renseignements sur l’économie, la religion ou le régime politique… Des conseils sur ce qu’on peut acheter et ramener chez soi comme souvenirs de voyages.
Il donne aussi divers conseils, et parfois insiste sur le fait qu’il vaudrait mieux ne pas se rendre dans cet horrible pays (ceux de 1984, ou de Hunger games, par exemple) ; si l’on passe outre, on bénéficie de quelques conseils de survie, tirés de l’expérience des héros des romans.
Tous ces éléments, courants dans les guides de voyage, sont bien plus complexes ici puisqu’il s’agit de pays imaginaires. En effet, même si on y trouve le Londres de Sherlock Holmes et les villes du sud de l’Angleterre fréquentées par les héroïnes de Raison et sentiments de Jane Austen, la plupart des lieux sont purement fictifs et souvent improbables : la majorité des romans sont des ouvrages de fantasy ou de science-fiction et souvent défient les lois d ela logique et de la géographie : Le Pays des merveilles de Carroll, La terre du milieu de Tolkien, le pays d’Oz, Le Château de Hurle, le Pays imaginaire de Barrie, Westeros, Poudlard, les Royaumes du Nord… A ces romans très connus s’en ajoutent d’autres qui le sont moins et que l’on découvre avec la grande envie de s’y plonger. L’ouvrage ne fonctionne pas comme une suite de résumés permettant de connaitre sans lire, mais comme une invitation à entrer dans ces livres.
L’auteure réussit un tour de force en résumant les conditions d’accès à ces pays en quelques lignes de manière précise et drôle : comment en effet se rendre au pays imaginaire d’Alice, dans celui de Peter Pan, ou bien à Lilliput et Blefuscu? Même chose pour le retour : par exemple, si vous décidez de faire un Voyage au centre de la terre, il vous suffira d’attendre qu’une explosion volcanique vous expulse.
Chaque univers est traité en quatre pages, dont une d’image, avec des rubriques qui varient d’un pays à l’autre : comment s’orienter, comment survivre, comment voyager, la flore et la faune… On voit que l’auteure connait parfaitement les univers qu’elle décrit et sait choisir les traits saillants, les incohérences, les merveilles. C’est souvent extrêmement drôle (notamment sur  Peter Pan). La dernière rubrique intitulée « le saviez-vous » donne des renseignements précis sur l’auteur, la conception de l’œuvre, la place de l’intertextualité ; tout cela est très intéressant.
À savourer de 7 à 107 ans.

Feuilleter sur le site de l’éditeur

 

La Honte de la galaxie

La Honte de la galaxie
Alexis Brocas
Sarbacane, 2021

Une Laureline sans Valérian

Par Anne-Marie Mercier

L’héroïne de ce roman, Meryma, est une rebelle qui a échoué dans une planète poubelle et qui se réfugie dans la Spéculine, une drogue qui nourrit la nostalgie en permettant de revivre des moments du passé, des moments heureux quand on n’en a pas trop abusé, des cauchemars quand on a un peu exagéré. Meryma cherche à retrouver son enfance, sur une planète verte et belle, avec une mère perdue trop tôt et un message de celle-ci qui ne lui est pas resté. En revanche, elle ne cherche pas à retrouver ses heures de gloire en tant que capitaine, pilote virtuose de la Flotte de l’Empire, dans la guerre interminable contre les Patriens, qui implique de nombreuses galaxies.
À 17 ans, Meryma semble avoir sa vie derrière elle et vivre dans une solitude presque complète. Celui qu’elle appelle l’Orphelin, un enfant des rues qu’elle a sauvé, est son seul lien heureux avec le monde réel. Un complot extrêmement complexe la propulse à nouveau aux commandes d’un vaisseau et à la rencontre d’ennemis, certains connus, d’autres inconnus et très mystérieux. Manipulée mais incontrôlable, elle rebondit de défi en défi, d’amour en haine et retour. La liberté, l’indépendance, la poésie des grands espaces, la curiosité inlassable guident Meryma de découverte en découverte et le lecteur avec elle. On rencontre les Patriens, intéressants démocrates clonés, qui luttent contre cet Empire autoritaire dominé par les femmes, on aborde des êtres étranges qui naissent dans des arbres gigantesques, on a du mal à comprendre ce que sont les Veilleurs étranges de Nixte. On voit des planètes exploser, avec tous leurs habitants, des mondes s’effondrer.
Que les espaces infinis sont beaux, même quand ils sont menacés. C’est un magnifique voyage, au long de plusieurs centaines d’années : certains personnages hibernent, mais pas tous en même temps, cela donne des retrouvailles curieuses ; Meryma reste toujours jeune, elle. Enfin, les relations qui l’unissent à son vaisseau, mêlées de complicité et de tensions, sont un charme supplémentaire de cette belle Odyssée du futur, paradoxalement pleine de nostalgie.

Olympia Kyklos

Olympia Kyklos
Mari Yamazaki
Traduit (japonais) par Ryoko Sekigushi et Wladimir Labaere
Casterman, 2021

L’important c’est de participer ?

Par Anne-Marie Mercier

Publié au Japon en 2018, ce petit manga anticipait largement sur les Jeux Olympiques, de cet été 2021. On se tromperait si l’on pensait qu’il s’agissait pour l’auteure de mobiliser par avance l’enthousiasme de ses compatriotes : elle n’aime pas le sport, et ça se voit.
On rit beaucoup des situations ridicules, de la compétition et du regard très distancié qu’elle porte sur les épreuves : le premier épisode montre une course à l’oeuf, inspirée de compétitions de village modernes, très drôle.
Comme dans ses ouvrages précédents (voir Thermae Romae), l’intrigue associe monde antique et monde moderne. Démetrios, peintre sur céramique médiocre, est projeté à plusieurs reprise de sa Grèce du IVe siècle avant J.C. à l’année en 1964, pendant laquelle se sont déroulés les  premiers Jeux de Tokyo. Il est amoureux en secret d’Apollonia, la fille du chef du village, et n’aime que batifoler avec un dauphin. Ses capacités physiques font qu’à plusieurs reprises les autorités du village le forcent à concourir, ou à se battre en tant que champion. Il est sauvé par ses incursions dans le monde moderne où il découvre la course à l’œuf, la barbe à papa, les brochettes de poulet, la beauté de la course et du dépassement de soi pour le seul amour de l’effort.
Le scenario tient essentiellement par l’humour des situations mais on trouve tout de même une réflexion intéressante sur le sport de compétition. Les dessins sont, comme toujours avec cette auteure, l’atout principal de l’ouvrage, mais on est amusé par la pudeur qui fait que les sexes masculins, présents sur les oeuvres antiques, sont absents lorsqu’elle représente ses personnages : voilés par des pans de vêtements ou parfois inexistants, comme sur les poupées d’autrefois… pudeur japonaise ou adaptation française ?

Menteurs

Menteurs
François David
Calicot 2021

Peut-on effacer l’histoire ?

Par Michel Driol

Dans la S.E., la Société Exemplaire, toute trace du passé, en particulier de la Shoah et de l’esclavage a été effacée, réécrite. Les photos sont retouchées, réinterprétées. Pour avoir osé demander en classe pourquoi les cours ne sont plus mixtes, Noémie, l’héroïne est renvoyée de l’école. Chez elle, elle trouve des vieux livres interdits qui lui montrent un autre passé que celui qui est enseigné. Pour avoir refusé de donner ces livres aux autorités, ses  parents sont licenciés, puis réduits à l’état de parias. Ils refusent la proposition qui leur est faite d’être réintégrés s’ils reconnaissent leurs « erreurs » concernant le passé. Le livre se clôt pourtant sur une lueur d’espoir car des camarades de classe de Noémie s’étonnent devant la directrice de sa disparition, commencent à douter des mensonges officiels et se préparent à désobéir à leur tour.

Bonne idée de rééditer ce livre – paru en 2001 – à l’heure des révisionnismes en tout genre et des fake-news. Il s’agit bien pour l’auteur dans cette dystopie de dénoncer la manipulation et le travestissement des vérités historiques. La société dépeinte est une société tyrannique et totalitaire qui, sous couvert de bienveillance, interdit toute réflexion et pensées personnelles. Comme dans 1984, chacun est surveillé par un état tout puissant et manipulateur, non nommé, sauf par ils… Le récit, incisif, rythmé, dépayse le lecteur avec les codes de la dystopie, en particulier dans le vocabulaire désignant les fonctions, les lieux ou les objets. Pour autant, ce dépaysement conduit le lecteur à s’interroger sur les liens entre le monde décrit et notre monde actuel, et laisse percevoir la permanence de certaines valeurs humaines : le sens de la famille, le souvenir des défunts, et le sens de la révolte et de la désobéissance qui s’avèrent nécessaires pour défendre sa dignité et ses libertés.

Une dystopie dont on ne peut que conseiller la lecture aujourd’hui.

RC 2722

RC 2722
David Moitet
Didier Jeunesse, 2020

Ce n’est pas Mad Max…

Par Christine Moulin

Tous les ingrédients sont là, en ordre de marche: nous voilà plongés dans un monde post-apocalyptique où l’eau manque, où une pandémie créée par l’homme décime les populations, où s’affrontent des bandes rivales, où la survie implique sans cesse la méfiance et la violence. Le héros, un jeune homme de 17 ans, Oliver, celui qui se pose des questions, qui n’est pas tout à fait satisfait de la façon dont vont les choses, est entraîné dans un roman d’aventures qui se veut haletant. Il doit se tirer de situations inextricables et il y parvient, bien sûr, sans pour autant être vraiment sûr de lui ni de ce qu’il tente. Une fois qu’il est sorti de son abri, il est happé dans un road movie où se succèdent combats, trahisons, rebondissements de toutes sortes. Et même, même… il rencontre l’amour en la personne de l’ombrageuse Tché. Parallèlement, il visite son passé et, nouveau Télémaque, va à la recherche de son père, grâce à un implant qui lui permet de vivre les événements à travers ses yeux: c’est là un élément original qui permet des retours en arrière intéressants. La vision du monde que propose l’auteur, sans être pesamment moralisatrice, incite à privilégier la lutte collective et le plaisir d’être ensemble. De quoi se plaindrait-on?

Tous les éléments sont là, donc, mais justement… Rien n’est très surprenant. Sauf le beau personnage du Fossoyeur, Joker héroïque, qui donne une réelle profondeur à l’ensemble. Rien que pour lui, la lecture vaut le détour.

Olga et le cri de la forêt

Olga et le cri de la forêt
Laure Monloubou
Amaterra 2020

La petite fille dans la forêt gelée

Par Michel Driol

Dans la famille d’Olga, on n’arrête pas de déménager, pour le plaisir. Mais lorsqu’elle s’installe avec ses parents dans une étrange maison au bord de la forêt, et qu’elle découvre une minuscule porte dans sa chambre, elle se met à échanger avec le lutin qui l’habite. Pendant ce temps, ses parents, partis se promener dans la forêt voisine, ne rentrent pas. Le lutin la force à aller dans la forêt, en compagnie de Monsieur, le chat fidèle et dévoué. Que vont-ils trouver au cœur de la forêt ?

Voilà un roman qui emprunte nombre de ses codes au conte merveilleux : les personnages de lutins, la forêt, comme lieu sauvage et dangereux, les éléments perturbés (un bruit assourdissant et un froid glacial règnent au cœur de la forêt), mais aussi le personnage de l’ancien occupant de la maison, évoqué dans un retour en arrière, fortement inspiré des méchants u conte, comme les sorcières. Sur ce fond culturel du conte traditionnel, le roman propose une famille à la fois originale par ses nombreux déménagements et banale dans sa composition. On y verra d’abord sans doute un roman d’aventures teinté de merveilleux : une petite fille abandonnée dans une maison inconnue, avec son chat, en compagnie d’un lutin dont on ne sait pas s’il est gentil ou méchant, et qui doit sauver ses parents. On y verra aussi un roman parlant de libération : libération du lutin emprisonné par la méchante, mais aussi libération de la forêt gelée suite à un étrange phénomène, dont on peut venir à bout, de façon à lui redonner vie. Cette forêt, d’où la vie est partie, si elle est bien un écho aux motifs du conte, est aussi un écho à nos préoccupations écologistes actuelles.

L’écriture de Laure Monloubou reprend certains aspects de l’oralité du conte avec  les adresses aux lecteurs. Elle est vive, entrainante, épousant le point de vue d’Olga. C’est elle qui illustre le roman, dessinant ainsi une Olga ébouriffée bien sympathique !

Un roman où  l’humour se conjugue avec l’aventure et le mystère pour le plaisir des jeunes lecteurs.

Une Pincée de magie

Une Pincée de magie
Michelle Harrison
Traduit (anglais) par Elsa White
Seuil, 2019

Littérature d’évasion

Par Anne-Marie Mercier

On pourrait prolonger le titre de ce roman : « Une Pincée de magie pour beaucoup d’aventures », par exemple, tant la magie, très en vogue dans la littérature de jeunesse est ici un détail qui déclenche l’aventure et permet résoudre (heureusement) la situation inextricable dans laquelle finit par se retrouver l’héroïne, et ses sœurs avec elle.
Betty vit avec ses deux sœurs (l’ainée, très jolie, et la cadette, très espiègle) et sa grand-mère qui tient une taverne dans un lieu désolé : les îles où elles vivent hébergent une prison (leur père y est enfermé pour escroquerie, leur mère est morte) et des bannis, libres mais malheureux. La plupart des habitants rêvent d’être ailleurs. Chacun rêve de d’évader. C’est aussi le cas pour Betty, prête à tout pour chercher l’aventure et voir du pays.
Ce qui commence comme une mini fugue d’enfants un soir de Halloween se poursuit en quête désespérée pour sauver les vies des jeunes filles, menacées par une malédiction, puis par la police des lieux, puis par un dangereux prisonnier évadé… Fantômes, souterrains, grottes marines, marais où volent des feux follets, mer dangereuse, tout est là pour effrayer (un peu) le lecteur dans un récit au suspens croissant. Mais l’ensemble est égayé par l’amour des trois sœurs, les facéties de la cadette, le lien qui les unit à leur pittoresque grand-mère et de nombreux personnages secondaires hauts en couleurs et très variés.

Il y a beaucoup de trouvailles, originales davantage par leur détail que par leur nature ; l’univers du conte y est recyclé avec finesse et la légende irrigue le présent au point d’être à son tour transformée par lui. C‘est aussi une belle métaphore de la lecture et de ses pouvoirs, de ce que la connaissance d’histoires et de légendes anciennes donne comme prise sur le temps et sur son destin. Les trois sœurs ont-elles simplement inventé toute cette histoire ? Chaque lecteur s’en fera une idée.

Génération K, t. 1 en poche

Génération K, t. 1
Marine Carteron
Rouergue (Poche, « collector »), 2020

Pot-pourri dans l’air du temps

Par Anne-Marie Mercier

Les auteurs de Science-fiction ont-ils du flair pour mettre en scène avec un peu d’avance nos pires cauchemars ou tout simplement le nombre des fléaux est-il si limité que forcément ils tombent parfois juste ? En remettant au goût du jour de vielles angoisses, Marine Carteron traite du thème de manipulations louches, d’épidémies et de catastrophes annoncées.
C’est sans doute la raison pour laquelle la réédition en poche de ce roman publié en collection Epik, en 2016, tombe à pic, même si on émettait quelques réserves sur lietje : « Marine Carteron s’était fait connaître par les Autodafeurs, une trilogie publiée au Rouergue entre 2014 et 2015. Son ancrage dans la SF noire se confirme ici avec un roman haletant, faisant alterner les points de vue de différents personnages qui ne se retrouvent qu’en fin de roman (technique que l’on retrouve dans Game of Thrones, etc., aussi bien à l’écrit qu’à l’écran). L’arrière-plan du roman, fait d’annonce d’épidémies et de réveils de volcans, le rattache à une pensée de l’apocalypse que l’on retrouve dans beaucoup de romans récents (voir la série U4). On l’aura compris, ce roman efficace est dans l’air du temps, et plus encore. »

Lire la suite de la chronique de 2016