Qui a fait pipi dans mon lit ?

Qui a fait pipi dans mon lit ?
Alain Serge Dzotap – Illustrations de Clémence Pénicaud
Gallimard Jeunesse 2022

Histoires de familles…

Par Michel Driol

Quand la narratrice se réveille toute mouillée, son papa a tôt fait d’accuser son pyjama à qui il donne une bonne leçon en le plongeant dans l’eau mousseuse, en le frottant énergiquement. Puis on va rendre visite à grand-mère Ma’a, qui éclate de rire, et dit mystérieusement « Tel père, telle fille ». Et le soir, Papa raconte le secret des pyjamas zèbres qui n’hésitent pas à faire de gros pipis sur les enfants, pendant la nuit…

Il faut déjà regarder la couverture particulièrement réussie : la bouille réjouie de la petite fille dans son lit, son air mi-figue, mi-raisin, mélange de satisfaction et d’ironie, et cette question un peu incongrue qui fait titre, pour comprendre l’humour tendre et décalé de cet album. Bien sûr, pour de nombreux enfants, pour de nombreux parents, cette question de l’énurésie nocturne est un problème, parfois un traumatisme qui n’a rien de drôle. L’album propose ici une belle façon, par le récit, par l’humour, par l’imaginaire de dédramatiser cette situation, de déculpabiliser l’enfant en faisant porter la responsabilité par un tiers, en l’occurrence le pyjama zébré. Celui-ci devient un véritable personnage, martyrisé par le père, supplicié, accroché les pieds en l’air pour le plus grand plaisir de l’héroïne. La grande originalité pourtant de cet album est, à mon sens, double. D’une part on remarquera le rôle important donné au père dans l’histoire, à la fois pour laver le pyjama, mais aussi pour accompagner la fillette tout au long de la journée dans une grande complicité. Si la mère est là, elle n’intervient qu’à la fin, lors du coucher de la fillette le soir. D’autre part,  on appréciera l’inscription africaine de cette histoire, chose finalement assez rare pour être signalée. En effet, ce drame familial se situe dans un village africain, où les cases côtoient les maisons en dur, en pleine brousse, sous les palmiers, avec des chèvres et des poules au milieu de la place. Nous faisons la connaissance d’une famille unie et aimante, pleine de bienveillance et de prévenance pour la narratrice qui raconte l’histoire avec la naïveté et l’ingénuité de son âge. Les illustrations fournissent un cadre pittoresque à ce récit, en donnant vie à des personnages souriants dans des scènes familières, mais aussi en célébrant la liberté sans complexe de la fillette dans sa vie au grand air.

Un album pour dédramatiser les pipis au lit, mais aussi pour parler, en filigrane, des différences et des similitudes avec l’Afrique, dans une perspective interculturelle intelligente et sensible.

Haïkus – Petits poèmes pour tous les jours

Haïkus – Petits poèmes pour tous les jours
Illustré par Mickaël Jourdan
Gallimard jeunesse 2022

L’éphémère à portée des enfants

Par Michel Driol

Les éditions Gallimard ont la bonne idée de rééditer ces Haïkus déjà parus en 2002, avec de nouvelles illustrations de Mickaël Jourdan. Une belle préface, signée de Guy Goffette, défend en termes simples une conception de la poésie très axée sur les mots, choisis tant pour leurs sons que pour leur sens, et qui font exister ce qui n’existe plus. La postface, le monde entier dans un haïku, propose une définition du haïku, en cite les principaux auteurs classiques japonais, de Bashô à Taneda, et donne enfin l’envie d’en écrire.

Au cœur du livre 40 haïkus, regroupés par 4 en dix pages, selon des thématiques proches. On parcourt ainsi les saisons, du printemps à l’hiver, on y trouve l’évocation des éléments naturels, comme les fleurs des arbres, les petits animaux, (fourmi ou escargots), l’eau, la pluie, le soleil, pour terminer sur quatre haïkus évoquant la nuit, peut-être de façon plus métaphysique, comme ce haïku de  Masaoka Shiki:

La nuit est sans fin –
je pense
à ce qui viendra dans dix mille ans.

Ces haïkus conjuguent l’éphémère et l’immuable, offrant ainsi une belle entrée en matière à la richesse de cette vision de la nature, finalement proche de l’émotion ressentie par le jeune enfant devant les beautés du monde qui le surprennent, belle façon aussi de lui faire comprendre ce qu’est essentiellement la poésie bien loin des concepts liés à la métrique : rimes et vers.

Les illustrations proposent des doubles pages à la fois épurées et parfaitement illustratives des haïkus qui leur correspondent. On trouvera ainsi la pluie, la mer, le cerf-volant dans des compositions qui manifestent à la fois le souci du détail et de l’atmosphère générale. Elles ne manquent pas non plus d’humour, toujours à chercher dans les détails !

Un beau recueil qui permettra aux plus petits d’entrer dans une certaine conception de la poésie et aux plus grands d’avoir envie d’écrire à leur tour des haïkus.

 

Pompon – Herbe de rosée et autres haïkus

Pompon – Herbe de rosée et autres haïkus
Compagnie Minuscropik
Trois petits points 2022

Pompon, comme un doudou tout doux

Par Michel Driol

Dans un coffret cartonné, on trouvera d’abord un dépliant de 5 feuillets carrés, à lire recto puis verso. Sur chaque page, un haïku et son illustration. Puis on trouvera un CD dans lequel ces haïkus sont lus, chantés, avec un accompagnement musical.

Les dix haïkus – écrits par Unn – obéissent aux règles bien connues du genre : évoquer, avec brièveté, un instant particulier, au sein de la nature, et l’émerveillement qu’il suscite. On croisera ainsi des animaux (renard, coccinelle, escargots…), des végétaux (marguerite, mousse), l’eau des gouttes de rosée ou de l’étang, et une saison, l’hiver, fait de givre et de neige, au milieu d’autres saisons plus difficiles à déterminer. Ce recueil tient du bestiaire dans lequel, avec délicatesse, chaque haïku célèbre un animal au sein d’une nature riche et variée qui va de la pierre à la lune. Douceur, humour et amour s’y conjuguent pour ouvrir le regard, l’aiguiser, le diriger vers ces choses minuscules qui disent la vie, le mouvement, mais aussi le spectacle (avec les trois coups) ou la musique.

Les illustrations de Yoyo Ich font voyager à travers les couleurs qui dominent chaque page. A chaque fois, un pompon de laine, de couleur différente, y côtoie l’animal évoqué par le haïku. Les couleurs ne cherchent pas un quelconque naturalisme ou réalisme (la page de la neige n’est pas blanche) comme pour offrir une autre vision de la réalité, vision plus ouverte sur l’imaginaire et les sensations que sur le réalisme. Le réalisme poétique, c’est celui du pompon et de l’animal.

On écoutera enfin bien sûr ces haïkus sur le CD, simplement et sobrement accompagnés au violon (Gwenaelle Chouquet) et à la guitare (Peache). Chaque haïku est dit ou chanté par Unn, plusieurs fois, tandis que l’accompagnement musical très aérien et apaisant incite à la rêverie, à la contemplation, à l’écoute d’harmonies qui souvent imitent la nature ou en reprennent certains sons (bruissements d’insectes par exemple). Chaque haïku devient ainsi le centre d’une petite pièce très originale qui le sublime.

Cette création poétique de qualité s’adresse d’abord aux tout-petits, qu’elle emmène dans un voyage sensoriel au cœur de la nature. Une belle façon de réaliser leur éveil sensoriel et poétique !

 

Un Petit Jeu de piste

Un Petit Jeu de piste
Adèle Jolivard
Les Fourmis rouges, 2019

Jeu au Zoo

Par Anne-Marie Mercier

Un matin, devant un bol de café un « monsieur » songe. Il sort et rencontre son voisin de palier et lui demande s’il sait ce qu’il y a autour d’eux ; il propose d’établir une carte. Bonne idée, non ?
C’est d’autant plus le cas que ce monsieur est Monsieur Rat, que son voisin est un lion et que l’on se trouve dans un zoo : armés d’une feuille et d’un crayon, ils visitent le voisinage : tortue, coq, crocodile, hippopotame, tous sont sollicités et les suivent pour participer avec enthousiasme… jusqu’au moment où intervient le chat.
Animal qui « s’en va tout seul », c’est lui qui sème le trouble dans ce projet en suggérant de représenter aussi l’extérieur et d’aller donc le découvrir.
On ne donnera pas la chute de cet album, tout à fait « renversante ».
Les petits croquis des animaux esquissés sur fond blanc avec quelques touches de couleur sont délicieux et les espaces visités et dessinés sont jolis, délicats, inventifs.

Jacadi

Jacadi
Stéphane Servant / Emilie Sandoval
Didier Jeunesse 2022

La résistible ascension de Jacadi

Par Michel Driol

Parce qu’il a trouvé une couronne dans le bac à sable du jardin public, un enfant devient le roi Jacadi, jeu que tout le monde connait. Dans un premier temps, on joue avec des mots d’ordres simples, debout, assis, ou vous êtes beaux, forts, grands.  Puis le roi se fait construire un palais, donner les gouters, génère une guerre contre de nouveaux arrivants. Pour le désennuyer, il demande à ses sujets de chanter, les trouve nuls, les envoie tous en prison. Resté seul, il s’ennuie encore plus, et veut rejoindre les autres en prison. Mais on lui demande alors de retirer sa couronne, ce qu’il fait volontiers. On détruit tout. Mais lorsqu’un nouveau roi veut s’imposer, tous lui tournent le dos.

Ce n’est qu’un jeu d’enfants, mais c’est bien du pouvoir et de l’obéissance qu’il est question, dans cette comédie humaine où l’on peut déceler plusieurs phases. La prise du pouvoir d’abord, fortuite, conséquence d’une découverte, et l’acceptation par tous de ce qui n’est alors qu’un jeu de rôle bien innocent. Puis la folie du pouvoir, thème abondamment traité par la littérature, peut-être plus spécifiquement par le théâtre. Le nouveau roi fait petit à petit de ses camarades de jeu des sujets qui lui obéissent aveuglément, après les avoir flattés, leur désignant des ennemis à attaquer. Trois figures de gardes se dessinent alors, qui se font les relais des ordres du roi. Puis vient la résistance, avec les enfants qui refusent d’obéir en ne donnant pas leur gouter, ou ceux qui se mettent à chanter des chansons pour se moquer du roi. Le pouvoir dégénère alors en une phase de dictature, où toute parole est interdite, phase qui s’accompagne aussi de dénonciations et qui se termine avec l’emprisonnement de tous les enfants. L’abdication finale du roi marque le retour à la démocratie, les enfants ayant bien appris la leçon et décidant de ne plus recommencer. Cette fable très politique utilise les armes de la comédie : la fantaisie absurde, le grossissement et la caricature. Rien de lourd dans cet album, qui emprunte à la bande dessinée plusieurs de ses caractéristiques, peut-être aussi pour se rapprocher du théâtre. Pas de récit, mais du dialogue, vif et piquant. Que ce soit en double page ou en strips, les vignettes, qui respectent une unité de lieu et de temps, sont des scènes quotidiennes, qui montrent avec humour des figures expressives d’enfants saisis dans des attitudes pleines de vie. Et, bien sûr, une chute à la fois drôle et pleine de signification, laisse à chaque lecteur le soin de tirer par lui-même la « morale » de cette histoire à la fois intemporelle et si actuelle.

Un album plein de gaité, de vie et de joie qui montre comment un bac à sable est à l’image de notre vie politique.

Quand on te fait mal

Quand on te fait mal
Dre Muriel Salmona et Sokhna Fall – Illustrations de Claude Ponti
Association Mémoire Traumatique et Victimologie

Des violences et de leurs conséquences

Par Michel Driol

A destination des maternelles, CP et CE1, voici une brochure claire et précise destinée à informer les enfants des violences et de leurs conséquences.  On commence par un examen des symptômes  que peuvent ressentir les enfants : est-ce qu’il t’arrive d’éprouver tel ou tel sentiment ? Puis on passe à une définition des violences, qu’elles soient sexuelles ou non. On rappelle ensuite que les violences sont interdites par la loi, avant d’expliquer comment elles peuvent rendre malade. On termine en précisant qu’on peut guérir de ces blessures, et on donne des conseils sur les actions à entreprendre.

L’ouvrage est nettement adressé aux enfants, avec un « tu » omniprésent les plaçant au centre de l’album. Il s’agit bien ici d’accompagner l’enfant, en l’aidant à identifier son mal-être qui peut prendre diverses formes (de la tristesse à la perte de confiance en soi, voire à l’agressivité dirigée contre les autres ou soi). Il s’agit aussi de lui en révéler les causes probables, avec à la fois un vocabulaire de spécialiste (psychotraumatisme, sidération…) mais aussi  adapté à un langage simple compréhensible par les enfants, tant dans le lexique que dans la syntaxe. C’est dire par là que l’ouvrage s’adresse aussi bien à des adultes pour les aider à repérer des comportements qu’à des enfants pour les aider à s’auto-analyser, et donner des perspectives. Il ne s’agit pas de dédramatiser des faits ou des situations intolérables, mais de montrer aux enfants qu’ils en sont les victimes, et ne sont pas coupables de quoi que ce soit, tout en leur expliquant que leurs conséquences sont des blessures dont on peut guérir, à condition d’en parler. C’est peut-être là, dans la partie « que faire », que l’ouvrage est précieux pour aider l’enfant d’abord à trouver un interlocuteur en qui il a confiance, mais aussi pour lui donner les mots – à travers l’album – pour se dire. Mais aussi pour dire à l’enfant qu’il peut être cet interlocuteur à qui un autre enfant fera confiance, et donc lui permettre d’être à l’écoute.

Claude Ponti propose des illustrations expressives, qui ont d’abord comme fonction de mettre à distance les faits graves dont on parle, par le biais des images, qui sont comme des métaphores visuelles : poings, chaussures, éclairs comme signes du mal qui peut agresser le héros, petite créature à poils, victime touchante des autres. C’est bien tout l’univers graphique de Claude Ponti qui est mis au service de ce projet.

Ce livret constitue une initiative bien venue pour accompagner les enfants victimes de violences et les adultes qui veulent leur venir en aide.

Plus de renseignements sur le livret, les façons de se le procurer ou de le télécharger, sur le site de Association Mémoire Traumatique et Victimologie

 

On joue à cache-cache ?

On joue à cache-cache ?
Léa Viana Ferreira
CotCotCot Editions 2022

Jeu d’extérieur, mode d’emploi

Dans un jardin florissant, près d’une forêt profonde, trois enfants jouent à cache-cache…

Les illustrations, en double page, montrent des paysages denses, aux couleurs éclatantes, presque saturées. On devine un jardin et une forêt animés dans lesquels se cachent non seulement les enfants, mais des animaux que l’on observe, que l’on découvre au fil des pages : oiseaux, insectes, lapin, renard. Ajoutons à cela la richesse et la luxuriance de la végétation ; baies, fleurs, feuillages, champignons…

Ces illustrations s’accompagnent d’un texte minimaliste, une série de verbes à l’infinitif en bas à gauche qui énumèrent les différentes actions liées au jeu, et qui n’est pas sans évoquer le célèbre Déménager, de Georges Perec (dans Espèces d’espaces).  A cela s’ajoutent, sur les premières et dernière page, les voix des enfants, voix qui se taisent ensuite comme pour laisser place aux bruits – ou au silence – de la nature.

L’album évoque d’abord le plaisir du jeu à plusieurs, dans lequel on assume des rôles, celui du loup bien identifié, les autres signalés par les masques et chapeaux animaliers, les relations qui se tissent : je me cache, je te cherche, je te donne un indice… Mais l’album dit aussi qu’à ce jeu, on ne trouve pas seulement les autres enfants, qui se sont affranchis rapidement des règles du jeu (forêt et maison interdites,  pourtant !), mais aussi toute la vie cachée de de la nature dans un terrain, le jardin, la forêt, qu’on croit connaitre, mais qu’on ne prend pas forcément le temps de regarder et d’explorer. Il évoque donc l’exploration et la découverte de la nature dont le jeu n’est que le prétexte. A ce jeu-là, le temps passe vite, et la dernière page invite à profiter des derniers rayons du soleil.

Un album aux couleurs vives, aux illustrations foisonnant de détail, pour évoquer le plaisir d’un jeu enfantin et la découverte de la nature et de sa diversité

Le petit chapon rond rouge

Le petit chapon rond rouge
Claude Marie Vanessa Hié
Motus 2022

Le vilain petit poussin…

Il est plus gros, plus fragile, plus timide que les autres petits poulets, surprotégé par sa mère, surnommé le petit chapon rond rouge par cette mauvaise langue de Louise. Marginalisé, il est le souffre-douleur de la bassecour. Lorsque survient un loup, le coq ne voit pas d’autre solution que de l’envoyer se sacrifier pour sauver le poulailler. Mais lorsqu’il donne son nom au loup, celui-ci a le souvenir d’une histoire qui finit mal pour lui, et s’enfuit. Et c’est en regardant la Louise dans les yeux que le héros lui dit ses quatre vérités : Ta méchanceté m’a rendu fort.

Dans l’infinie série des réécritures du Petit Chaperon Rouge, en voici une pleine d’ingéniosité et de tendresse qui permet d’aborder la question de la différence, de l’ostracisme, de l’exclusion. Combien d’enfants se reconnaitront dans ce petit poussin maladroit, un peu trop gros, timide, qui rougit facilement et  qui trouve un refuge fusionnel dans les bras de sa mère-poule qui le protège, « ce qui n’arrangeait rien », commente sobrement le texte. Ce qu’il faut rapprocher de la dernière phrase du texte. Qu’est-ce qui rend fort les enfants ? L’amour protecteur de la mère ou la méchanceté des autres ? Comment se construire lorsqu’on n’est pas dans les normes physiques, psychologiques, et victime des quolibets et autres harcèlements ? Comment trouver en soi la force d’aller dans le monde pour en affronter les dangers ? Ces questions, posées par le texte en filigrane, sont magnifiquement illustrées par Vanessa Hié qui campe un personnage de poussin attachant et des attitudes extrêmement vivantes : amour maternel, moquerie des animaux, scènes de panique… dans un univers rural à la fois naïf, très coloré et plein de poésie.

Détournement et parodie de conte sont ici au service d’un album plein de trouvailles drôles, qui aborde les questions sérieuses de la moquerie, du mépris et de l’estime de soi.

Les recettes du chef, Histoires des Jean-Quelque-Chose

Les recettes du chef, histoires de Jean-Quelque-Chose,
Jean-Philippe Arrou-Vignod, François Avril (Ill)
Gallimard jeunesse, 2022

 

Histoires drôles et recettes pour les écrire

 

Maryse Vuillermet

 

 

 

Ce petit livre repose sur une idée très originale : c’est l’histoire des Jean-Quelque Chose, six enfants qui s’appellent tous Jean. Les parents, pour simplifier, les appellent Jean-A, Jean-B, etc. Le narrateur est Jean-B, il nous raconte qu’à Cherbourg, l’année de son CM2, le maître lui a confié qu’un Grand Prix de l’écrivain en herbe allait se dérouler et qu’ayant remarqué ses talents en écriture, il lui conseillait d’y participer.   Avec l’aide de son père qui lui a montré comment utiliser une machine à écrire, Jean-B a réussi à raconter son histoire et à gagner le concours.

Mais le plus difficile pour lui a été de « vivre le succès », car il s’était inspiré de sa propre famille et ne l’avait pas présentée sous son meilleur jour. Grâce à l’humour et aux dialogues, son histoire a finalement convaincu ses frères et ses parents de son talent et tous ont été flattés d’être devenus des héros de fiction. Jean-B continue à nous raconter sa vie, les dimanches au restaurant, la visite chez le coiffeur, chez le dentiste, c’est drôle et enlevé.

A la fin de chaque chapitre, on trouve une rubrique A toi de raconter ! Ecris la suite de cette histoire ! Les frères Jean-B se lancent dans la construction d’un bonhomme de neige géant, forcément, ça dégénère. Ou bien En t’inspirant du chapitre que tu viens de lire, raconte une visite que tu as faite chez le dentiste, ta mission faire rire le lecteur !

Ces rubriques A toi de raconter ! sont suivies d’une rubrique Les conseils de Jean-B  où de façon très pragmatique et en même temps très professionnelle, Jean-B explique aux jeunes écrivains les ficelles de l’écriture, par exemple, « Quand tu écris un dialogue, utilise ses petits tic de langage, ils aident à identifier le personnage qui parle et il dévoile un peu de son caractère et puis la répétition forme comme un refrain que le lecteur aura plaisir à retrouver, monsieur Martel qui est sévère mais juste appelle ça le comique de répétition. » ou bien « pas facile de raconter une histoire, même une histoire qui nous est arrivée sans se perdre dans les détails, le mieux, c’est de faire un plan, commence par séparer les principaux moments de ton histoire, tu peux même leur donner un titre, comme s’il s’agissait de chapitres différents. »

On a donc dans le même livre, une suite d’histoires truculentes de Jean-B, une série de consignes d’écriture qui permettent à un écrivain en herbe de se lancer dans le récit avec ses propres aventures, ses propres anecdotes et une série de conseils d’écrivain à un autre écrivain.  Ajoutées à cela, des illustrations de François Avril aussi drôles que le texte, et vous obtenez un délicieux et inclassable petit livre.

Dans la cité électrique, tome 1 : Le Cercle des Veilleurs

Dans la cité électrique, tome 1 : Le Cercle des Veilleurs
Sarah Andrès
Gallimard jeunesse, 2022

Ombres du XIXe siècle

Par Anne-Marie Mercier

Londres, 1899: deux orphelins sont éduqués dans un pensionnat anglais assez chic. Qui paye leur pension ? comment sont morts leurs parents ? Pourquoi semblent-ils n’avoir aucune famille ? Voilà les questions que se pose sans cesse Oscar, 12 ans, premiers mystères. Puis s’ajoute le sens de l’invitation reçue par Oscar, qui lui demande de passer à travers un miroir, sans préciser lequel, à une date et une heure données de façon très précise. Puis les relations entre le Londres qu’ils connaissent et ce Londinium dans lequel ils débarquent, noirci par les cheminées d’une révolution industrielle agressive et marquées, encore plus que celle que l’on connait par l’injustice.
Les enquêtes se succèdent, les révélations aussi, à un rythme endiablé. Les bêtises de la petite sœur d’Oscar se succèdent aussi, de façon un peu lassante pour le lecteur adulte, de même que les réactions de la fillette qui les accompagne, tout aussi prévisibles que des formules toute faites. Mais les jeunes lecteurs, d’abord attirés par une très belle couverture noire et or, y trouveront sans doute matière à rêver car les scènes où l’électricité entre en jeux sont… éblouissantes.