Le Jour où Vicky Dillon Billon n’a pas bu son bol de lait

Le Jour où Vicky Dillon Billon n’a pas bu son bol de lait
Véronique Seydoux, Hélène Georges
Rouergue, 2022

Western enfantin

Par Anne-Marie Mercier

Malgré son nom imposant, Vicky Dillon Billlon est une petite fille et son histoire tient en quelques mots : elle a renversé son lait et sa mère l’a grondée. Rien de bien passionnant ?
Au contraire : la colère de la fillette l’emporte très loin, à cheval à travers les paysages de l’Ouest américain, accompagnée de toute une bande d’amis sauvages, accomplissant de multiples forfaits, passant de rodéo en bar, etc.
Page après page, on file dans l’imaginaire des westerns avec les aquarelles énergiques d’ Hélène Georges, dessinées à grands traits et peintes avec de grands à plats de couleurs vives (bleu et rouge) dans des décors stylisés. Tout se finira en douceur, la « grosse colère » une fois passée grâce à l’évocation d’un doux parfum.

Oscar le calamar

Oscar le calamar
Valérie Strullu
Motus, 2015

Encre sympathique ?

Par Christine Moulin

Ce qui dès l’abord amuse quand on ouvre cet album de la collection « Mouchoir de poche », c’est qu’il est accompagné d’un petit sac de véritable encre de seiche! Voilà une façon originale de donner envie de lire! La dédicace est également encourageante: « Aux libres penseurs »!

La suite laisse plus perplexe. L’histoire semble hésiter entre le récit de l’enfance de l’irascible Oscar, qui toujours broie du noir et le récit de sa vie d’adulte: on se dit que ses relations conflictuelles avec ses amis vont être développées: non… On s’imagine que le fait qu’il soit devenu riche grâce à l’encre qu’il produit abondamment va influer sur les événements: non… On pense alors que sa rencontre avec le faible bigorneau va faire évoluer les choses: non… On passe finalement à un épisode où le calamar, frappé de mégalomanie, annonce qu’il va « faire régner les ténèbres à jamais » et échoue. Mais le dénouement est, lui aussi, un peu rapide. On peut retenir toutefois le jeu sur le mot « encre » qui permet à cet album de faire l’apologie de l’art et de la gratuité, face à l’orgueil et à la cupidité. Bref, on a l’impression que l’auteure avait toutes sortes de bonnes idées, dont aucune n’a été pleinement réalisée.

La Valise

La Valise
Frédérique Bertrand
Rouergue

Colère noire !

par Michel Driol

valiseTous les enfants, un jour où l’autre,  ont fait une grosse colère, et pris la décision de faire leur valise, et de tout emporter. C’est ce que fait le petit personnage de cette histoire,   sans nom pour qu’on puisse plus facilement s’identifier à lui.

Au fil des pages de l’album, il fait le tour du logement et, pièce après pièce, remplit sa valise de tout ce dont il aura besoin… ou envie de garder avec lui. Tout y passe, des vêtements aux jouets, de la nourriture aux affaires de toilette… Tout, absolument tout,  contenu et contenant (armoire, frigo)…Jusqu’à prendre aussi Papa et Maman… Bien sûr, la valise noire minuscule au début prend la taille de la dernière page, entrainant l’inquiétante question finale : Mais qui va porter ma valise ?

Le texte, simple et efficace, associe phrases courtes et listes, liste des choses à emporter. L’image, très stylisée, montre la silhouette de ces objets, statiques ou dans leur vol vers la valise. Les couleurs accompagnent le changement de pièces (rouge pour la chambre, bleu pour la cuisine, vert pour la salle de bains), permettant des repérages faciles. Quant aux parents, ils sont systématiquement représentés sur un fond de page de cahier… à réglure Seyès, image de l’ordre et des repères auxquels le héros veut échapper.

Un album, en apparence simple, qui devrait plaire aux tout-petits et qui aborde, non sans humour, la question de ce dont a besoin pour être heureux et de la difficulté à se séparer de son univers familier.