Ma Grande

Ma Grande
Sibylle Delacroix
Mijade 2021

La juste place

Par Michel Driol

Elise est plus grande que les autres enfants de son âge. Avec  ce corps démesuré, ces jambes sans fin, ces bras envahissants, face aux sobriquets des autres, elle aimerait être enfin, tout simplement, appelée Elise, ma petite et non plus ma grande.

Voilà un album qui parle avec finesse de la difficulté à accepter son corps différent de celui des autres, son corps qui stigmatise, et qui empêche de trouver sa place. Si c’est une problématique généralement associée à l’adolescence, Sibylle Delacroix la transpose dans l’enfance, en évoquant avec douceur et tendresse les états d’âme, les souhaits, les réflexions d’une enfant qui se réfugie dans ses rêves, dans son imaginaire, peut-être pour échapper au quotidien dans lesquels elle se sent déplacée. Avec une grande simplicité, le texte a recours à de nombreuses expressions et jeux de mots, façon à la fois de dédramatiser la situation vécue par la fillette, et de la justifier par des déterminismes linguistiques, auxquels on ne peut pas échapper. Après tout, être grand, c’est être souvent dans la lune… Les illustrations nous montrent un personnage qui a du mal à rentrer dans les cadres : fenêtre, photo de classe. Elle déborde des pages de l’album – pourtant de grand format lui aussi. Elle se plie, voit le monde de très haut, mais finit par se replier et se cacher sous la table, façon pour elle de disparaitre dans une image poignante. Fin heureuse pourtant pour cet album, où à la fois se manifestent l’utilité d’être grand et l’amour de la grand-mère pour sa petite fille.

Un album plein de douceur et de sensibilité pour dire la difficulté à ne pas être comme tous les autres, pour dire les blessures secrètes de l’enfance, les tensions douloureuses entre le réel et les désirs, la place de l’imaginaire dans la vie, à la fois refuge et source d’inquiétude, un album dans lequel nombre d’enfants se reconnaitront et qui pourra les aider à trouver leur place.

Presque ado

Presque ado
Charlotte Moundlic
Thierry Magnier, Collection Petite poche,  2011

 Mon  corps  se transforme, où me cacher ?

                                                                                                       Par Maryse Vuillermet

Raphaëlle  commence mal sa journée car la boulangère la prend pour un garçon. Et puis, deux petites boules et des poils affreux apparaissent sur son corps, elle ne sait plus où se cacher.  Pour son entrainement de handball, elle met un maillot de bain très serré qui comprime ses petits boules et un  survêtement très large qui cache tout. Mais elle ne peut dissimuler sa colère qui  jaillit  en larmes. Sa mère et son père la comprennent mais ne peuvent pas la consoler. Son entraîneur Marjorie lui parle, sa mère lui achète de belles baskets et une brassière et elle gagne son match, la  journée se termine mieux qu’elle n’a commencé, la vie n’est pas si horrible.
Un petit livre sur un sujet peu abordé qui doit parler aux fillettes.