Couleurs

Couleurs
Léo Lionni
L’école des loisirs, 2021

Pop ! Splotch !

Par Anne-Marie Mercier

Dans ce petit album carré cartonné aux coins arrondis pour les tout-petits, les souris de Léo Lionni sont de bons professeurs : elles emmènent le regardeur dans le monde des couleurs à travers un imagier qui associe à gauche une page colorée dans laquelle s’inscrit le nom de la couleur en camaïeu (rouge, bleu, jaune, vert, et aussi rose, noir, violet, gris, blanc, marron,orange) avec, à droite, une page qui met en scène cette couleur.
Le texte qui accompagne cette image associe ce nom avec un ou des adjectifs (un ballon rouge vif) un objet qui porte la couleur (un délicieux sirop de citron, une piscine scintillante), des situations (rose: un chewing-gum qui m’éclate au nez ; noir : le ciel, la nuit ; marron : la boue qui fait splotch splotch): les mots sont eux mêmes un matériau sensible, comme les couleurs, superbes de densité et de nuances, et les formes.
Pour compléter la collection, il y a aussi, du même auteurs les Lettres et les Chiffres.

A la recherche des trois flamants roses

A la recherche des trois flamants roses
Leona Rose
Little Urban 2020

Cherche et trouve géant

Leona, Naomi et Michel, trois flamants roses bien identifiables par un accessoire (lunettes, téléphone ou appareil photo) effectuent un voyage dans le monde. Marrakech, l’Afrique, New Tork, Paris sont quelques-uns des lieux qu’ils vont visiter. Défilés de mode, hôtels, restaurants, villages… l’album entraine aussi dans une multitude de situations qui ont comme principale caractéristique d’être des lieux très, très peuplés dans lesquels le lecteur est invité à retrouver les trois héros.

Leona Rose signe ici un album grand format très graphique comme une ode à la couleur : la plupart des pages sont monochromes, et font voyager dans un prisme de couleurs jusqu’à une fin très polychrome. Chacune des illustrations regorge de détails graphiques dans lesquels l’œil se perd au milieu de personnages-animaux humanisés, comme une ode à la diversité et à la variété du monde. Un album qui offre enfin au lecteur la possibilité de colorier la dernière planche !

Une luxuriante explosion de couleurs qui n’est pas parfois sans évoquer le Douanier Rousseau !

Rose ?

Rose ?
Pauline Kalioujny
Père Castor 2019

A la recherche de ma couleur

Par Michel Driol

Dans la roseraie, une petite fille est née. Quelle sera sa couleur préférée ? Rose ?, lui demande la nature. Mais la petite fille se révolte et parcourt le jardin où chacun des fleurs lui propose sa couleur : orange pour les renoncules, jaune pour le tournesol ou les chrysanthèmes, vert pour l’artichaut, bleu pour le chardon, violet pour le pavot. Passant la nuit dans le cauchemar noir d’un dahlia, elle se réveille avec le blanc de la fleur de pommier. De retour  dans la roseraie, elle trouve la couleur de ses rêves et sa fleur préférée, la plus simple.

A partir de la question du rose pour les filles, qui renvoie aux stéréotypes de genre, l’album fait de riches propositions et invite à de nombreux voyages poétiques. D’abord à la rencontre des fleurs et de leur diversité, qui se révèlent d’incroyables lobbyistes pour imposer leur couleur à la petite fille. Se succèdent une série de doubles pages quasiment monochromes qui illustrent chacune une fleur gigantesque face à une petite fille toute menue, et découvrant un monde qui n’a rien de paradisiaque, dans une exploration sensuelle et ludique. Ce parcours qui conduit du rose aux couleurs sombres conduit aussi du jour à la nuit, de la naissance au cauchemar. Le temps passe, inexorablement. Mais le voyage dans le monde du jardin, comme chez Du Bellay, se clôt par un retour aux origines quasi baudelairien puisqu’à la couleur blanche s’ajoute le parfum exquis de la fleur de pommier blanche. Ce voyage dans le jardin est aussi une invitation à résister à tout ce qui veut s’imposer à nous, nous imposer des gouts, de façons de penser : publicités agressives, couleurs uniques et enfermantes. Ainsi le blanc pur et final, tendre et quasi pastel par opposition aux couleurs violentes du début est comme une invitation à s’ouvrir aux autres couleurs, à la diversité du monde et au métissage que proposent les dernières pages – et les pages de garde. SI l’on est sensible aux fleurs et à ‘atmosphère particulière de ce jardin – sans doute proche d’Alice au pays des merveilles – on n’en est pas moins sensible aux nombreux animaux qui peuplent cette nature : escargot, abeille, chenille… Grandir, à l’image de la petite fille qui est d’abord minuscule alors qu’à la fin les proportions s’inversent, c’est aussi comme les pages d’ouverture et de fermeture le proposent, sortir du jardin par la grille qui s’ouvre, passer de l’immobilité des choses au mouvement vers l’avenir, vers le futur, vers sa propre émancipation.

On le voit, bien au-delà du point de départ lié au rose pour les filles, cet album très riche – en particulier par son graphisme, des linogravures très poétiques – trouvera chez ses lecteurs de nombreux points de résonances. A signaler que l’illustratrice a remporté le Grand prix de l’illustration 2018 de Moulins pour un autre album, très différent mais tout aussi réussi, Promenons-nous dans les bois.

Trio

Trio
Franc Bruneau, Ambrogio Sarfati, Camille Tartakowsky
Editions Dyozol, 2017

Géométries humaines

Par Anne-Marie Mercier

C’est l’histoire d’un… triangle. Il est bleu, il s’appelle Trio. Il vit dans un hexagone, avec ses parents, monsieur et madame Pythagore, qui viennent d’ailleurs. Son papa et sa maman, deux triangles bleus comme lui, l’aiment beaucoup. Mais voilà, les autres enfants sont plutôt ronds ; quelques-uns sont carrés. Et si Trio s’entend bien avec Carro (carré jaune) et Cyclo (rond jaune), ça ne va pas du tout avec Rondo « un grand rond revanchard » qui déclare : « on n’a pas besoin des ronds et des carrés dans la contrée aux six côtés ».
Au pays de la littérature de jeunesse, la raison et l’intelligence gagnent toujours : Trio démontre qu’on peut faire toutes sortes de figures en combinant les formes (des carrés et des formes presque rondes avec des triangles, etc.) mais aussi dessiner des arbres, toute une ville… La fin ressemble à un jeu de construction.
Partant d’une formule imitée de Petit Bleu et Petit Jaune de Léo Lionni, et de Petite Tache de Lionel Le Néouanic, les auteurs combinent le message de tolérance avec un jeu sur les formes et les couleurs très réjouissant.
Petit album cartonné, il permet une « lecture » à plusieurs niveaux, aussi bien pour les tout petits que pour les plus grands. Il propose une entrée dans les questions difficiles par les formes, les couleurs et la géométrie, une belle performance pour les éditions Dyozol.

On les découvre sur leur site (après les avoir vues au salon du livre pour la jeunesse de Saint-Paul-Trois Châteaux) :
« Les Éditions Dyozol, nouvelle maison d’édition jeunesse, vont publier à partir de janvier 2017 des livres d’artistes et d’écrivains jeunesse destinés dans un premier temps aux enfants de 0 à 9 ans.  L’ambition de l’équipe des Éditions Dyozol est de privilégier des thématiques contemporaines fortes et des formes qui incitent à l’échange entre l’enfant et l’adulte par un traitement poétique, ludique et implicite. »
On leur souhaite de continuer sur cette belle lancée !

 

 

Peut-être que le monde

Peut-être que le monde
Alain Serres, Chloé Fraser
Rue du monde, 2015

La Création en couleurs

Par Anne-Marie Mercier

« Peut-être que le monde n’était d’abord qu’une paisible et longue nuit »…

 

 

Au commencement est… le noir, d’où jaillissent les couleurs : d’abord le bleu , d’où naît l’eau et tout ce qui vit dans l’eau.

Ou bien c’est le rouge qui a surgi le premier, le feu, et de lui est née la chaleur qui donne vie aux végétaux et aux animaux.

Mais c’est peut-être le vert qui, un matin « a poussé son premier cri ». Ou encore c’est peut-être une étoile, noire parmi les autres, qui s’est changée en soleil d’où a jailli le jaune, et avec lui le monde des humains, les continents, l’histoire…

Chaque séquence consacrée à une couleur se déroule sur des doubles pages d’abord noires, puis formant un paysage minimal en noir et blanc qui se remplit peu à peu d’êtres et de couleurs variés pour s’achever sur un gros plan, une gigantesque pupille noire sur un fond saturé de couleur ; elle nous regarde et nous invite à plonger dans ce regard. La dernière de ces pupille contient en elle les continents, tous de la même couleur, image de l’unité du vivant et donc du genre humain.

Ce superbe album au format allongé est à la fois une œuvre d’art, un beau travail sur les contrastes, le noir, le blanc et les couleurs, un texte poétique qui propose un récit paisible et rêveur sur les origines du monde, et une réflexion sur la création, aussi bien celle de l’univers que celle des peintres et des poètes. A savourer et à méditer.

1, 2, 3 Soleil !

1, 2, 3 Soleil !
Gaetan Doremus
Autrement jeunesse, 2014

Trois animaux dans un bateau

Par Anne-Marie Mercier

Trois histoires e123soleiln monochromes pour trois personnages : un crocodile pour l’histoire rouge, un ours (ou panthère ?) pour la bleue, un cochon pour la verte rêvent de changer de vie : l’un veut de l’aventure, de la vraie, un autre veut sortir de sa vie où tout est carré, le troisième rêve tout simplement d’ailleurs… Les trois personnages voient un bateau (noir), et s’en emparent pour le colorer, y inviter d’autres amis et voguer vers le grand large, jaune comme le soleil.

Histoire brève et simple, mais l’essentiel est ailleurs, dans la déclinaison des couleurs et des formes (des indices dans le texte et dans les pages de garde montrent que chaque personnage est associé à une forme : triangle, carré, rond) et que l’ouvrage est fait autour de ces rencontres entres formes et sens, de manière très poétique : tous les âges peuvent s’y retrouver.

Couleurs

Image

Couleurs
Solotareff

L’école des loisirs (loulou & cie)   2014

Le bleu est une couleur chaude

Par Michel Driol

couleursCouleurs est un imagier associant phrases (page de gauche) et photos (page de droite). L’impression de l’album, sur de solides pages en carton épais, le destine apriori aux tout-petits pour l’apprentissage des couleurs. Il est dommage que les photos ne soient pas créditées…
L’album permet de parcourir le spectre des couleurs, du bleu au bleu, sans oublier le gris ou le blanc. Le texte commente l’image, à partir de formes syntaxiques simples (Le ciel, c’est bleu), mais insiste aussi la complexité du réel, non sans humour (Les chaussures, c’est comme on veut), quitte à souligner quelques paradoxes (Le raisin blanc, c’est vert, ou les crevettes roses, c’est orange) ou certains rapprochements (L’été c’est de toutes les couleurs. C’est comme Noël). L’album invite donc à regarder le monde avec un regard naïf, à sortir des stéréotypes, pour découvrir la variété des couleurs et leurs mélanges (dans le ciel, dans l’arc en ciel…)
Les photographies, quant à elles, font aussi varier les points de vue : tantôt très gros plan (pour les fruits), tantôt paysage (pour l’herbe) touchant presque à l’abstraction pour la pluie ou le ciel… On reste cependant presque toujours dans un univers naturel : la ville est quasiment absente.
Un bel album, qui trouvera sa place parmi tous les imagiers consacrés à la couleur pour sa composition d’ensemble et les rapprochements qu’elle permet de faire, mais qui s’adresse plutôt à enfants ayant une certaine connaissance des couleurs, afin de pouvoier jouer avec celles-ci.

Un Monde en couleurs

Un Monde en couleurs
Philippe Nessmann
Gallimard jeunesse, 2011

 Couleurs du monde et du temps

par Anne-Marie Mercier

 Bleu, rouge, jaune, vert… d’où viennent les couleurs, à quelle époque certaines ont-elles été employées et pour quoi ? quelles sont leurs tonalités, leurs effets (le bleu est pensif , le rouge vivant…).

On retrouve dans ce documentaire la veine des écrits de Michel Pastoureau : les couleurs sont prises aussi bien dans la nature que dans l’art, les objets quotidiens, les vêtements et les symboles comme les drapeaux et sont vues dans leur contexte historique et géographique. C’est un bel ouvrage, précis, facile à parcourir (maquette bien faite), qui parle à travers les images plus que par les textes, et beau, enfin par la grande qualité des reproductions.

Une Touche de couleurs

Une Touche de couleurs
Pauline Kalioujny

Hongfei Cultures, 2009

Voyage coloré en compagnie de Lupus

par Sophie Genin

9782355580178.gifPauline Kalioujny emporte le jeune lecteur dans une promenade lumineuse au sein de couleurs luxuriantes, chacune étant associée à un nouvel animal (poissons bleus, lapins verts et poussins jaunes) qui est l’occasion d’une rencontre pour Lupus, qui s’ennuie dans son monde tout blanc, mise en abîme de la page, lieu de vie de cet animal de papier. Grâce à une technique d’illustrations originale associant la lino-gravure aux encres colorées, l’auteur illustratrice crée un monde à effets surprenants. En effet, le monde blanc ennuyeux du jeune chien ou loup (son nom nous fait douter !), héros de ce conte initiatique s’enrichit de couleurs grâce à la synesthésie qui mêle les sensations, sentiments, odeurs et couleurs. L’ensemble, avec peu de texte mais dense, est très réussi.

Colorie Lulu de toutes les couleurs

Colorie Lulu de toutes les couleurs
Alex Sanders

L’Ecole des Loisirs (loulou & cie), 2011

Quand colorier une histoire l’appauvrit

par Sophie Genin

 livres à colorier ; Alex Sanders ; Sous couvert de rendre le lecteur actif, l’Ecole des loisirs propose un nouveau concept aux plus jeunes, dans la collection « loulou & compagnie » : les livres à colorier. Comme Dominique Perrin (cf. chronique à propos de Bobo Lapin), je déplorerai ici la platitude de l’histoire de Lulu : contrairement à l’album initial d’Alex Sanders, celui-ci est juste prétexte à utiliser différentes couleurs, reprenant les différentes mésaventures de Lulu dans De toutes les couleurs. Mieux vaut retourner voir l’original plutôt que de lire des phrases telles que : « Et avec mon savon ROSE comme ta jolie robe, Maman, toutes les couleurs sont dans l’eau ! Sauf le ORANGE et le VIOLET des petits poissons qui sont sur ma serviette ! ».