Angel

Angel
L.A. Weatherly
Traduit (anglais) par Julie Lafon
Galllimard jeunesse, 2011

Romance paranormale, très normale

par Anne-Marie Mercier

Les anges sont à la mode et sont en passe peut-être de remplacer les vampires. Comme eux, ils ont une apparence humaine, sont très méchants ; ils se « nourrissent » des humains qu’ils laissent exsangues ou fous, avant de les tuer. Les deux héros ont pour mission de sauver la planète menacée par une invasion de ces êtres venus d’une autre dimension. Cela va leur prendre quelques volumes (le deuxième tome est annoncé pour aout 2012).
Willow est en apparence une jeune fille normale, mais sa mère est folle, elle ne sait qui est son père et a des pouvoirs de divination dans un premier temps avant de se découvrir mi ange mi humaine ; ses camarades savent si bien qu’elle est bizarre qu’ils la fuient. Alex, orphelin, a été élevé dans un camp d’entraînement de la CIA (on retrouve aussi la mode des espions façon Cherub…). Entre eux, on le devine, va naître un amour fou (mais rassurez vous comme dans Twilight, rien de sexuel pour l’instant). L’intrigue qui leur fait sillonner l’Amérique est menée avec quelques longueurs mais la lutte entre anges et tueurs d’anges a de l’allure et captivera ceux qui cherchent un gros « page turner » pour l’été.
L.A. Weatherly est par ailleurs l’auteure de la série « l’école des fées » (folio cadet) sous le nom de Titiana Woods.

Chevalier d’Eon, agent secret du roi, t.2

Chevalier d’Eon, agent secret du roi, t. 2
Anne-Sophie Silvestre

Flammarion, 2011

Russie de rêve

Par Anne-Marie Mercier

chevalierdeon 2.gifLa suite des aventures du chevalier d’Eon suit la légende et non la vérité historique révélée par les chercheurs contemporains (G. Kates, A. Stroev…) : contrairement à ce qu’il a lui-même raconté, il n’a jamais été familier de l’impératrice ; il s’est d’ailleurs rendu en Russie plus tard qu’il ne l’a indiqué, pour y jouer un rôle de second plan, sous une identité masculine.
Mais qu’importe ! c’est du roman, du beau, qui fait rêver : ascension fulgurante, dangers évités de justesse, admiration pour un être d’exception (la tsarine est assez juste) et pour un pays en pleine évolution, amour, énigmes, cavalcades… Il faut ajouter à cela l’érotisme discret que permet le déguisement d’Eon, devenu lectrice de la tsarine et admis dans son intimité avec la belle princesse Narichkine. On trouve aussi dans ce roman beaucoup d’humour, et une intrigue secondaire à la fois comique et pittoresque, narrant le voyage de Douglas sous une couverture de minéralogiste anglais excentrique.
Notre chevalier sert à merveille les intérêts de la France, laissant les Anglais bien déconfits, ; mais il découvre les cas de conscience qui se posent à tout espion : peut-il tuer pour sauver sa vie ? Saura-t-il éviter de se faire démasquer ? Le suspens demeure, vivement le tome trois !

Cherub, vol. 1: Cent jours en enfer

Cherub, vol. 1: Cent jours en enfer
Robert Muchamore

Traduit (anglais) par Antoine Pinchot
Casterman, 2011

Petit manuel de machiavelisme pour les enfants

Par Anne-Marie Mercier

michael gerard bauer,moby dick,timidité,persécution,école,parole,éloquence,concours,cancer,castermanLe premier tome de la série « culte » de Cherub est publié en poche… Enfin, direz-vous ? Hélas, plutôt… Bien sûr, ce sont des romans d’action bien menés ; bien sûr le jeune héros, James, petit délinquant qui ne pense qu’à jouer à la PlayStation et à regarder la télé et qui est sauvé par l’ »organisation » Cherub peut séduire certains.

Mais l’école de Cherub ressemble beaucoup à un camp d’entraînement (le titre, « 100 jours en enfer », désigne le programme d’entraînement intensif des futurs agents-espions), la discipline est menée à coup de punitions humiliantes, l’enseignement présenté comme un enseignement d’élite pour une élite (10 élèves par classe).

Enfin, sur le terrain, les jeunes gens ont une activité d’espions : mensonge, dissimulation et trahison sont leur domaine. Le seul interdit (« ne pas nuire à des innocents ») est hardiment franchi au prétexte que « on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs ». La volonté d’entrer dans la complexité est intéressante, mais

Le succès de la série montre-t-il que le nouveau rêve des adolescents n’est plus d’être un hardi policier, ou sorcier, ou voleur, mais d’être un enfant soldat ? que l’école dont ils rêvent est un pensionnat-prison militaire ? ou bien est-ce juste pour se faire peur ?

Le prétexte est que ces héros eux aussi « sauvent le monde », mais au bénéfice de qui ? Dans ce premier volume c’est au bénéfice des compagnies pétrolières contre les hippies et les écologistes. Bien sûr, les uns agissent en toute légalité et les autres pas… mais si la littérature pour adolescents se met à donner la primauté au Droit contre la Justice, il y de quoi s’interroger.

Enfin, que je sache, les écologistes – fussent-ils terroristes (?) – n’ont jamais commis d’attentats sanglants. Que le livre fasse croire le contraire n’est pas innocent.

Quant à l’écriture, elle est d’une platitude sans nom.

Pour aller plus loin, lisez la chronique- coup de gueule parue sur le blog de Patrice Favaro.

Et lisez plutôt Grande école du mal et de la ruse de M. Walden (oui, les héros sont des affreux jojo délinquants, mais au moins c’est drôle) ou Jimmy Coates de Joe Craig, A comme Association de Bottero et L’Homme (surtout les deux premiers), éventuellement Spy High (série, pas excellente, mais moins inquiétante, pour ce que j’en ai vu). Et, pourquoi pas, les Langelot (Lieutenant X/ Vladimir Volkoff), romans d’espionnage pour la jeunesse bien conservateurs mais écrits avec style.