Le Palais de Paul

Le Palais de Paul
Benjamin Muller – Mathieu Sapin
Castor Romans 2022

Fils de …

Par Michel Driol

Paul a 7 ans. Il est en CE1. Mais son papa n’exerce pas n’importe qu’elle fonction : il est président de la République française ! Paul se raconte. D’abord la soirée de l’élection, où tantes et cousins étaient là. Ensuite l’emménagement dans l’immense palais de L’Elysée. Puis sa relation privilégiée avec le chef cuisinier, son coup de cœur pour Maribel, la fille de la présidente espagnole, les gardes du corps qui le conduisent à l’école…

Comme tous les enfants de son âge, Paul aimerait bien jouer, il fait quelques bêtises, se perd dans un palais trop grand, s’étonne de ce qu’on appelle sa maman la première dame… On lui dit qu’il doit être raisonnable, mais il a surtout envie de s’amuser et de vivre sa vie au milieu du protocole qui régit le palais. Avec humour, en quelques scènes animées, ce petit roman évoque les lieux, la salle des fêtes, le bureau présidentiel – un vrai musée – les personnes, comme les gardes républicains, les événements comme les visites d’autres chefs d’état, et la vie de famille, qui continue malgré tout ! C’est, pour le jeune lecteur, l’occasion de se familiariser avec ce siège républicain du pouvoir exécutif, vu à hauteur d’un enfant qui ne souhaite rien d’autre qu’être semblable aux autres, dans l’école qu’il fréquente ! Le texte est enlevé, enjoué, vivant et vulgarise certaines notions sans aucun didactisme. Les illustrations de Mathieu Sapin, colorées et expressives, donnent un visage aux personnages sans chercher à représenter de façon réaliste les lieux.

En cette période d’élections présidentielles, un petit roman enjoué pour  évoquer certains aspects de la fonction du Président de la République avec les enfants.

 

 

Qui lira rira !

Qui lira rira !
27 poèmes farfelus illustrés par Bruno Gibert
Seuil Jeunesse 2020

L’écriture en jeu

Par Michel Driol

Tout commence par des virelangues, comme une espèce de mise en bouche. Puis aux anonymes succèdent les auteurs et les autrices, de Raymond Devos à Paul Eluard, en passant par Andrée Chedid et Alexandra Brihoum. 27 poèmes courts qui se jouent tous de la langue. Les uns jouent avec les  sonorités qu’on retrouve à la rime. Les autres se jouent de l’initiale et on a des acrostiches. D’autres sont des calligrammes. Certains encore jouent avec les mots.  D’autres se jouent des répétitions ou des énumérations. D’autres enfin évoquent les signes de ponctuation. On a là une belle anthologie de l’exploration du langage que propose la poésie.

Est-ce à dire que la poésie n’est que jeu gratuit avec la langue ? Certes non, et l’auteur a su choisir des textes qui disent quelque chose du monde qui nous entoure, avec humour, c’est-à-dire avec sérieux. Qu’il s’agisse par exemple de Boris Vian Quand j’aurai du vent dans mon crâne, ou de Tardieu, dont La Môme néant clôt habilement le recueil, plusieurs poèmes parlent de vie et de mort, invitent à voir le monde autrement, et à le dire dans une forme précise, fortement marquée par l’humour.

C’est cet humour qui traverse aussi les illustrations en double page de Bruno Gibert. Un humour souvent  proche du surréalisme, dont il reprend certaines techniques comme le collage ou une façon de faire percevoir un monde différent (les yeux qui sortent du puits, par exemple). L’univers représenté est ainsi extrêmement divers, souvent autour de la figure du renversement : renversement des proportions, des situations, pour le plus grand plaisir du lecteur qui voit ainsi l’illustrateur aussi jouer avec le monde. Rien d’inquiétant, mais au contraire une grande jubilation à aller ainsi de surprise en surprise.

Une anthologie qui pourra être une belle ouverture à une certaine forme de la poésie.

Tom et Théo

Tom et Théo
Veronika Marék
Grasset Jeunesse 2015

Petit frère et grand frère

Par Michel Driol

tomTom et Théo sont frères. Complices, ils s’aiment et se chamaillent, inventent des jeux. Théo, l’ainé, veut toujours avoir raison, Tom, le cadet, est plus espiègle. A travers une vingtaine de saynètes, on les suit durant toute une année, en hiver avec la neige, déguisés pour carnaval, en été sur une plage, inventant des cartables à roulettes lors de la rentrée des classes. Si les parents ne sont pas présents, on trouve quelques ami-e-s pour illustrer des situations universelles dans lesquelles chaque enfant se pourra se reconnaitre…

Le dispositif de l’album est simple, et adapté aux tout-petits : le dialogue entre les enfants page de gauche, et une série de vignettes page de droite – façon bande dessinée sans bulles -, permettant aux non-lecteurs de suivre, voire d’anticiper le déroulement de l’histoire. L’album a été édité en 2008 en Hongrie, mais les histoires sont antérieures à cette date, publiées sans doute dans des magazines : la technologie s’arrête à la télévision, qui semble en noir et blanc, pas d’ordinateur ou de tablette dans les jeux et accessoires. Le graphisme semble dater des années 1960 – 1970, et, de fait, présente un charme rétro, qui ne s’est pas démodé. Les illustrations sont simples, efficaces et expressives (en particulier les visages qui permettent immédiatement de lire l’émotion éprouvée par le personnage).

Avec cet album, les éditions Grasset permettent au lecteur français de découvrir Veronika Marék, auteure hongroise de nombreux albums et de films d’animation née en 1937, qui n’avait jamais encore été traduite en français.

 

 

Que fais-tu, Sissi ?

Que fais-tu, Sissi
Xio Mao (texte) – Li Chunmiao et Zhang Yanhong (illustrations)
HongFei – 2015

Une petite fille immobile dans un monde en mouvement

Par Michel Driol

sissiDans un parc, des enfants jouent. Seule Sissi reste assise sur son banc, indifférente. Les autres s’interrogent sur son attitude : est-elle fâchée ? A-t-elle mal ? Ils l’appellent, mais elle ne bouge pas. La dernière page révèle le secret : Sissi pose pour un dessinateur qui réalise son portrait.

En double page, les illustrations très colorées,  pleines de vie et de tendresse montrent les jeux des enfants, les activités des adultes, en opposition à Sissi, seule sur son banc. Cet aspect- là est souligné par le texte, qui répète page après page Des enfants… ; seule Sissi reste assise. Et comme dans Où est Charlie, on cherche, page après page, la petite fille et sa robe bleue, car le cadrage se déplace pour montrer différents aspects du parc de jeu, où tout le monde cherche à se distraire. Sur chaque double page, une ou deux bulles attirent l’attention sur une mini saynète, illustrant les réactions des enfants face à Sissi. Le lecteur ne peut que s’attarder sur les illustrations, chercher à tout voir et imaginer qui sont ces personnages et leur propre histoire, car chacun d’eux, seul ou dans un petit groupe, fait quelque chose dans une pose très expressive.

Cet album  permet au lecteur français de découvrir les jeux et friandises chinois (à la fois représentés sur les doubles pages et expliqués dans les trois  pages documentaires finales).  Encore une fois, les éditions HongFei proposent un album de qualité, permettant de découvrir la culture chinoise, ainsi que des illustrateurs et auteurs chinois de talent.

Bric à brac

Bric à brac
Jean Gourounas

Rouergue, 2011

par Anne-Marie Mercier

On connaît un certain nombre d’albums qui délivrent ce message : « range ta chambre ! » avec plus ou moins de bonheur.

Ici, le bonheur est complet : l’enfant, sommé de donner tout-ce-qui-ne-sert-plus-à-rien, sort progressivement toutes sortes de collections improbables (celle du « jeu de société complet » fera sourire tous ceux qui ont eu un jour à ranger une chambre d’enfant).  Nostalgie du temps où tout fait merveille, poésie et beauté des images qui présentent un relief extraordinaire, humour du texte, jamais niais, tout cela est un régal.

Les Maîtres du jeu vidéo

Les Maîtres du jeu vidéo
David Kushner

Traduit (anglais) par Marguerite Baux
L’école des loisirs (medium), 2010

 

Success & game  story

Par Anne-Marie Mercier

lesmaitresdujeuvideo.jpg« Milliardaires à 22 ans en travaillant la nuit, en mangeant des pizzas et en écoutant du Heavy Metal »… cette formule de la quatrième de couverture résume bien le parcours de John Romero et John Carmack, de 1979 à 2001. De leur découverte des jeux d’arcade – et de l’inquiétude de leurs parents – à leurs premiers essais pour transférer des jeux (comme Mario) de console sur PC, à l’invention du FPS (l’un des types de jeux les plus populaires), jusqu’à la réussite de Id software et la célébrité de jeux comme Wolfenstein, Doom et Quake.

NB: pour ceux qui n’y connaissent rien, un article avec une bonne biblio se trouve sur Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_vidéo

C’est écrit de façon très enlevée, et bien traduit, on ne s’ennuie pas à lire ce long récit (363 p.) qui ne manque parfois pas d’humour, prenant ses distances avec ses héros qu’ils présente parfois comme des adolescents immatures ou des voyous (l’un plus que l’autre), mais toujours comme des jeunes gens passionnés et déterminés. Le parcours des protagonistes est restitué selon sa chronologie, mêlant les détails techniques et financiers avec ceux de la vie personnelle.

Le livre a un double mérite. Il présente l’envers du décor des jeux, en fait l’historique et la critique ; les amateurs de tous âges seront certainement très intéressés par tous ces détails. Il propose également une histoire de passion et de volonté, de succès à l’américaine : comme le dit Carmack, « pour se lancer et réaliser un grand projet, il ne faut pas des millions de dollars. Il faut juste des bonnes réserves de pizzas et de Coca Light dans son frigo, un PC et beaucoup de bonne volonté ». Ajoutons également un peu de génie…

Ce livre, atypique par rapport à la production habituelle de l’Ecole des loisirs et peu connu des amateurs de jeu connaîtra sans doute une nouvel élan car il est chroniqué depuis peu dans un blog qui leur est dédié, avec une critique très élogieuse qui en donne un résumé détaillé.

http://www.gameblog.fr/article-lecteur_924_les-maitres-du-jeu-video-par-david-kushner