Le Livre

Le Livre
Lionel Le Néouanic
Rouergue 2026

Les mots aiment la liberté et la liberté aime les mots

Par Michel Driol

Voilà un livre bien difficile à classer. La couverture le montre bien : il s’agit de  faire du livre un personnage à part entière, plein d’allant, les bras largement ouverts en signe d’ouverture, et un grand sourire aux lèvres. Un personnage sympathique, accueillant, dynamique… Quant à la forme, elle mêle des textes de toute nature : certains ont l’allure de poèmes, comme celui qui ouvre le recueil. D’autres ont un aspect très documentaire, pour expliquer le lien entre livre, pouvoir et interdiction. D’autres sont de petites nouvelles, centrées sur un personnage, de lecteur souvent. On trouve même une fausse revue, le Journal des livres, datée du mercredi 25 mars 2026… Même variété du côté des illustrations : collages, sculptures, peintures, dessins, c’est toute la gamme éblouissante des possibles graphiques qui s’ouvre devant nous.

C’est qu’il ne s’agit rien de moins que de rendre hommage au livre, dans sa diversité (littérature, récit, essais, poésie) afin de mieux faire percevoir le rôle indispensable qu’il joue et dans la construction d’un individu, et dans l’espace de liberté qu’il offre à la société.

Evoquons certains titres de pages, ou de parties de l’ouvrage. On trouvera une brève histoire du livre, une réflexion sur ce qu’est un bon livre, sur les plaisirs que procurent les livres, sur les personnages, en lien avec les auteurs ou les lecteurs, les livres qui aident à résister, mais aussi les rapports texte image… Redisons le : ce n’est pas une encyclopédie, un ouvrage explicatif ou documentaire, mais un ensemble de textes tantôt très courts, tantôt moyennement longs (une page), tantôt émouvants, tantôt drôles, tantôt engagés, tantôt poétiques qui font l’apologie du livre, des livres devrait-on dire. De ce fait, l’ouvrage a un côté très vivant, souvent drôle, en particulier dans le rapport texte image, dans la façon de recourir au fantastique dans les textes. Ce côté très vivant, il fait écho, bien sûr, dans une belle mise en abyme, à la force vitale des livres. Des livres qui amusent, qui éclairent, qui font réfléchir, qui entrainent ailleurs, mais surtout qui lient et relient les hommes. Des livres qui accompagnent les lecteurs dès les plus jeunes âges, lectures partagées du soir, des livres dont l’histoire est sans fin, car le livre a toujours quelque chose à ajouter, conclut l’auteur…

L’entreprise, on le voit, est ambitieuse, et le résultat à la hauteur de cette ambition. A travers les multiples textes, les anecdotes, les récits, les personnages, les fausses criques d’ouvrages, c’est tout un panorama qui se dessine, un panorama dont les maitres mots sont liberté, gout de l’exploration de nouvelles formes, recherche de la qualité et du respect du lecteur, et surtout plaisir d’embellir et améliorer la vie des humains.

Au-delà des auteurs et lecteurs, le Livre rend aussi hommage à toutes celles et tous ceux, libraires, bénévoles, enseignants qui se font passeurs et passeuses de livres.

Un magnifique album d’une grande originalité formelle qui dit bien le rôle irremplaçable qu’a tenu et que tient encore le livre dans nos vies. Oui, un Livre à lire et à relire, à feuilleter, ou à ouvrir au hasard : un livre libre.

Le livre en analyse, chroniques de littérature de jeunesse

Le livre en analyse, chroniques de littérature de jeunesse
Annie Rolland

Thierry Magnier, 2011

Le livre de jeunesse et son lecteur

par Anne-Marie Mercier

le livre en analyse.gifCet ouvrage réunit des chroniques réalisées par Annie Rolland pour le site ricochet avec la complicité d’Etienne Delessert et propose le regard d’une psychologue sur la littérature pour enfants et adolescents. Douze chroniques, toutes intéressantes, examinent les pouvoirs de l’image et de la fiction dans la construction de l’individu. Elle analyse Yok Yok, Max et les maximonstres,La Maison d’Innocenti, et bien d’autres ouvrages contemporains ou classiques en les confrontant à des réactions de lecteurs.

Le chapitre sur Peter Pan est particulièrement passionnant, reliant la « clinique des enfants tristes » à l’imaginaire et à la structure psychique de James Barrie. Mais c’est autour de la lecture adolescente que Annie Rolland, qui a publié un ouvrage sur ce sujet (Qui a peur de la littérature ado ?) que l’on trouve les pages les plus stimulantes pour s’interroger sur ce que peut dire ou non la littérature de jeunesse. Pour l’auteur, elle peut et elle doit tout dire, y compris ce qui dérange. La sexualité des handicapés (Rien que ta peau de Kathy Ytak), la féminité,  le corps des filles et l’usage qu’elles peuvent en faire (Je reviens de mourir d’Antoine Dole, Le Grand Cahier…), la fêlure schizophrène (Le Temps des lézards est venu de Charlie Price) et surtout la violence adolescente (Je mourrai pas gibier de Guillaume Guéraud).

Chaque chapitre de la deuxième moitié du volume est un argument contre ceux qui estiment qu’il faut rétablir une censure en littérature de jeunesse. Ces arguments sont ceux d’une psychologue clinicienne qui a rencontré beaucoup d’enfants et d’adolescents en souffrance et constaté que jamais le livre n’était la cause du malaise mais qu’en revanche il permettait d’extérioriser celui-ci et d’en parler. Enfin le livre est présenté comme le lieu où se disent des vérités qui n’apparaissent nulle part ailleurs.

L’auteur a choisi de s’exprimer dans une langue simple mais jamais simpliste. Elle propose des mini bibliographies avec chaque chronique qui permettront de poursuivre la réflexion. C’est un ouvrage qui sera utile à ceux, médiateurs, parents, enseignants, étudiants…, qui s’interrogent sur ce que les livres peuvent nous apprendre sur nous-mêmes ou sur autrui.