Une Toute Petite Goutte de pluie

Une Toute Petite Goutte de pluie
Galia Tapiero, Marion Brand
Kilowatt, 2022

Canicule : retour à l’essentiel

Par Anne-Marie Mercier

Une toute petite goutte qui devient grande et essentielle est l’héroïne anonyme d’un petit livre tout simple qui soulève une question elle aussi essentielle (encore plus cruciale en temps de sécheresse) : d’où vient la pluie ?
Il s’ajoute à de nombreux ouvrages sur la question (notamment le fameux Perlette, goutte d’eau de Marie Colmont illustré par Gerda Muller (réédité chez le Père Castor en 2018) sans être redondant : la simplicité de ce livre qui s’affirme sans simplifier le propos le sert. Ici, pas de fictionnalisation (comme dans Perlette) qui pourrait gêner le propos scientifique. Mais une belle ouverture sur l’espace entier, montrant que tout le globe est impliqué dans le processus : glaces, océans, lacs, cours d’eau, tous, représentés chacun dans une double page sobre au dessin réduit encore à l’essentiel. Les pages sont  colorées de bleus et de jaune (pour l’eau et le soleil), tandis que les zones laissées en blanc laissent voir la pureté géométrique du trait : arrondi des collines, verticalité des rayons du soleil, etc.
Évaporation, condensation, formation de nuages, pluie et bienfaits de la pluie pour les cultures, les animaux… Tout est dit en mots simples pour ramener finalement au vécu des enfant : on les voit en dernière page, chaussés de bottes, jouer dans les flaques (on en rêve!)

Voir sur le site de Marion Brand, qui a également illustré Un tout petit grain de sable, chez le même éditeur.

éditions Kilowatt

Nimbo

Nimbo
Olivier Douzou
MeMo, 2005

Métaphysique du nuage

Par Anne-Marie Mercier

Nimbo, petit nuage, pas encore un Nimbus, découvre la vie : il se fait un ami et le perd car celui-ci (un arbre centenaire), malgré son allure solide, disparaît. Il en rencontre un autre, qui lui ressemble (un bonhomme de neige), et comprend qu’il n’est pas non plus fait pour durer – et que lui-même n’est pas fait pour rester. Il apprend les larmes, la colère, « tonne et s’étonne »…
A travers son apprentissage de la perte, sa tentative de se reconnaitre en autrui, l’idée de l’évanescence des choses et des êtres, ce petit Nimbo nous fait voyager dans la pensée. Les images donnent au nuage un air d’enfant  et proposent des décors schématiques sur fonds monochromes (le plus souvent bleu ciel ou bleu nuit), comme la maison ou l’arbre, deux symboles de l’enracinement, en formes très simples.

Voilà des questions lourdes abordées par un être léger et avec une apparente simplicité. Voila un album qui n’est petit que par la taille.

 

Il va pleuvoir

Il va pleuvoir
Anne Herbauts
Casterman (« les Albums »), 2018

Au fil des eaux

Par Anne-Marie Mercier

L’attente de la pluie : une crainte, crainte d’orage et d’inondation, de projets « à l’eau » comme d’un pique-nique gâché… ou espoir, devant la végétation qui souffre, la température qui monte, les nuits étouffantes de canicule. On ne sait dans quel état d’esprit sont les adultes qui disent « Il va pleuvoir », mais on sait que les deux héros, de petits hérissons nommés Nour et Nils, ne s’en soucient guère ; mais ils constatent qu’on ne s’occupe pas d’eux ; ils contemplent le ruisseau, jouent avec leurs reflets, puis décident de partir, «avant la pluie», avant d’être enfermés par elle, car c’est bien de cela qu’elle menace les enfants. Ils descendent la rivière, abordent la forêt sous l’orage, qui ressemble un peu à celle de leur livre préféré, Pierre et le loup. Ils s’y font une cabane, s’endorment.

Tout cela est très paisible et rafraichissant. Les doubles pages de rivière et de nuages déroulent de belles aquarelles bleues et vertes, d’autres y ajoutent des crayonnés sur fond blanc, des papiers découpés, des effets de vitraux. Le texte répétitif, qui reprend la formule du titre comme un leitmotiv, s’enrichit et enfle avec la rivière, développant la poésie du bois et de la nuit. L’image de la dernière double page déplie tout le chemin parcouru, comme le message envoyé par les deux petits aux grands :

« Tout va bien, on est sur une colline dans un abri de bois. On voit les montagnes au loin. Il a plu. Le même ruisseau court entre nous ».

Cette belle rêverie est aussi un récit d’exploration et d’indépendance.

Tant pis pour la pluie !

Tant pis pour la pluie !
Stéphanie Demasse-Pottier, Lucia Calfapietra
Grasset jeunesse, 2017

L’Air du temps

Par Anne-Marie Mercier

Pluie, ennui, mais aussi la contemplation, le temps suspendu : on écoute les bruits, regarde par la fenêtre, on patiente en observant les enfants qui jouent dehors en cirés et en bottes, et enfin on sort, vêtu comme eux…

Pas d’histoire mais un regard éveillé sur les petites choses et l’attente, et de très belles images aux couleurs de soleil et de pluie.

Yok yok: la pluie, l’oiseau

Yok Yok : L’Oiseau qui dort haut dans le ciel, ; La Pluie
Étienne Delessert

Gallimard jeunesse (giboulées), 2011

Le Monde en gros  plan

Par Anne-Marie Mercier

Le grand plaisir de ces petits albums carrés, c’est avant tout celui de retrouver les superbes illustrations d’Etienne Delessert, l’un des pionniers du renouvellement de l’illustration pour la jeunesse. Les couleurs sont généreuses et chatoyantes, les gris et les noirs profonds. L’autre plaisir, c’est celui de retrouver l’univers du minuscule Yok Yok (personnage créé en 1976 pour des dessins animés de la télévision Suisse romande) et de ses amies, Noire la souris et Josée la chenille. A travers eux, le monde est vu en gros plan, superbe, parfois inquiétant. Enfin, sans être jamais sèchement didactiques, ses albums proposent chacun une exploration : celle du monde des oiseaux (pinson, verdier, martinet…) ou celle du parcours de l’eau, de la pluie à la rivière puis à l’évaporation que les petits héros suivent tout au long d’un arc-en-ciel. Le thème de la célèbre histoire de Perlette, la goutte d’eau, est ici revu en beauté.