Le Cerisier de Grand-Père

Le Cerisier de Grand-Père
Anne-Florence Lemasson et Dominique Ehrhard
Les Grandes personnes, 2020

Un album aérien pour toutes les saisons

Par Anne-Marie Mercier

Un scénario tout simple sert cet album pop-up qui parvient à être magnifique et surprenant tout en étant lui aussi marqué par la simplicité.
Grand-père a un cerisier. Au printemps les oiseaux y chantent et font leurs nids, des oisillons naissent, les fruits murissent, mais voilà les cerises grignotées : Grand-Père sort l’épouvantail. Les feuilles jaunissent, arrivent les premiers froids (des flocons même sur l’image, ce qui est un peu tardif, mais c’est bien joli comme ça aussi), les oiseaux s’en vont.
Les oiseaux tout ronds et colorés sont charmants, le système les anime de diverses façons, fait éclore les oeufs, fait voleter les oiseaux (et les papillons); on les voit pointer le bec, s’agiter en tous sens.
Le décor est constitué comme il l’aurait été pour un un leporello : la première page montre le bout des branches de la moitié gauche de l’arbre, puis la suite de ces branches attachées au  tronc, puis l’autre moitié de l’arbre. Et ainsi on passe du printemps à l’été, puis à l’automne, puis à l’hiver.
Les tirettes sont simples à actionner, l’ensemble est solide et un enfant même petit (3 ans) peut s’en régaler, avec une aide au début pour voir comment éviter de maltraiter le livre; c’est si joli que les adultes ne manqueront pas de vouloir participer à ce parcours.

Du platane au ginkgo. Histoires d’automne

Du platane au ginkgo. Histoires d’automne
Ianna Andreadis
Les Grandes Personnes, 2021

Ouvrir les yeux

Par Anne-Marie Mercier

De la naissance à 214 ans, cet album tout carton aux coins arrondis est à la fois une belle méditation sur l’automne et une mini encyclopédie.
Chaque double page présente une photo de plusieurs feuilles d’un même arbre posées sur une surface sombre, elle-même détail d’un décor urbain : pavés, gravillons, plaque en fonte… Ville et nature, textures douces et dures, couleurs, formes découpées et pleines, tout est, pour qui s’y plonge, d’une grande richesse. Les feuilles sont à un état différent de maturité, et offrent ainsi des dégradés de vert et de jaune ou des rouges francs.
La quatrième de couverture les présente toutes ensemble et donne la solution à la question de l’arbre qui portait ces feuilles : platane, châtaignier, chêne rouge, tulipier de Virginie, arbre de Judée, érable plane, copalme d’Amérique, marronnier d’Inde, tilleul argenté, cerisier du japon, parrotie de Perse et.. Ginkgo. Tous ces arbres aux noms qui peuvent nous sembler exotiques peuplent en réalité nos rues et nos parcs depuis longtemps.
Feuilleter sur le site de l’éditeur

Ianna Andreadis est l’auteur d’autres superbes albums chez le même éditeur : ça donne envie de s’offrir ou d’offrir toute la collection !

 

 

 

Eau douce

Eau douce
Emilie Vast
MeMo, 2021

Encyclopédouce

Par Anne-Marie Mercier

Cet album allongé se lit à la verticale; chaque page forme une moitié de la scène à contempler, l’une montrant ce qui se passe au-dessus de l’eau, l’autre ce qui se passe sous la surface, la pliure se situant exactement entre les deux zones. Ces très belles scènes aux couleurs douces (bruns, gris, bleu pâles, parfois quelques touches de rose, de jaune, de bleu vif) alternent avec des pages qui présentent un contenu encyclopédique, décrivant l’état de chacun des « personnages » dans la saison présentée (hiver, début du printemps, printemps, début de l’été…).
Les poissons (ici des ablettes), les grenouilles, les oiseaux (cincles plongeurs et martins-pêcheurs), les insectes (machaons, libellules, scarabées…)… sont vus à différents stades de leur vie, patientant pendant l’hiver, préparant leur portée ou couvée au printemps, la nourrissant ; certains se métamorphosent à l’automne. Parallèlement, les plantes (salicaire, renoncule aquatique, nénuphar…) mènent leur vie.
Tout cela est expliqué dans de courts textes très précis, complétés par un glossaire. La dernière page montre en images les étapes des métamorphoses du papillon, de la grenouille et de la demoiselle, et les cycles du nénuphar et du poisson.
Que de vie sous l’eau douce et à sa surface ! Et aussi quelle délicatesse dans les dessins d’Émilie Vast, quelle apparente simplicité dans cette entreprise d’explicitation de la complexité du vivant et de la variété des saisons !
Chez le même éditeur, on trouvera aussi Eau salée, pour prolonger les eaux d’été.

Un thé à l’eau de parapluie

Un thé à l’eau de parapluie
Karen Hottois – Illustrations de Chloé Malard
Seuil Jeunesse 2020

Pour entrer doucement dans l’automne

Par Michel Driol

Quand arrive l’automne, Elmo adore faire du thé à l’eau de parapluie. Il fait aussi cuire des  bichons au citron et invite ses chats en peluche pour le gouter. Mais ces derniers voudraient de la soupe de petits poissons.  Elmo invite alors ses voisins, et leur explique que l’eau de parapluie s’est remplie de toutes les saveurs et bonnes choses de l’été. Et chacun de retrouver la mer, les sauterelles, les papillons, et même les petits poissons. Suit une partie de jeu dans les flaques d’eau avant de se retrouver autour d’ un bon feu.

Non sans poésie, Ce thé à l’eau de parapluie évoque le temps qui passe, la succession des saisons qui apportent chacune leur lumière, leur tonalité, leurs activités et leurs plaisirs. Si Elmo a le cœur serré à la première page, cette nostalgie s’en va, chassée par d’autres plaisirs et bonheurs simples, à cueillir dans le temps présent. Car l’album, plus riche et complexe qu’il n’y parait, donne une leçon de vie qui n’est pas sans évoquer Frédéric de Lio Lionni, dans la façon de parler de l’été au cœur de l’hiver, pour ne pas en oublier les sensations, ou bien sûr Hulul et son thé aux larmes. Plaisir du jeu,  plaisir de profiter ensemble du temps présent, plaisir aussi de l’amitié qui n’ose pas se dire, mais qui se vit.

Les illustrations de Chloé Malard font passer de la grisaille aux lumières chaudes de l’automne, tout en évoquant les couleurs de l’été. Autant de petites vignettes qui dessinent un univers confortable à l’intérieur, joyeux et plein de vie à l’extérieur.

Un album pudique pour dire aux enfants les bonheurs simples du quotidien.

Saisons d’Issa

Saisons d’Issa
Issa – Illustrations Erlina Doho
L’iroli 2017

Haïkus des quatre saisons

Par Michel Driol

Issa est un poète japonais de la fin du XVIIIème siècle. Cet album réunit 20 de ses haïkus regroupés par saisons. Le haïku est une forme exigeante, encore peu connue du public français, et surtout des enfants. Le choix éditorial a été de montrer une version japonaise du haïku, mais de laisser la traduction française envahir l’espace de la page en épousant les illustrations, au détriment de la traditionnelle répartition en 3 vers. On retrouve bien sûr tous les éléments naturels : oiseaux, insectes, animaux, plantes, l’eau sous forme de pluie, de rosée ou de neige.  Il y est bien sûr question aussi de sentiments : solitude, fraternité, joie, étonnements. Ces vingt instants minuscules observent le monde minuscule et lui donnent vie : les insectes sont omniprésents,  microcosme à l’image du macrocosme :

Les montages au loin dans les yeux de la libellule reflétées.

Le recueil célèbre la joie de vivre, sous toutes ses formes, dans la solitude ou en groupe, dans le silence de la méditation ou dans les cris. Il est de fait une incitation à ouvrir les yeux sur la nature qui nous entoure, à la re303specter dans tous ses aspects, et à profiter de l’instant. Belle leçon de sagesse au fond…

Cette poésie subtile, de l’instant, est accompagnée d’illustrations qui parfois l’interprètent, pouvant ainsi aider les enfants à entrer dans cette forme elliptique, qui pourra les déconcerter.

Cet ouvrage fait partie de la sélection pour le prix de la poésie Lire et Faire lire 2018

La Fête des fruits

La Fête des fruits
Gerda Muller
L’école des loisirs, 2017

Ronde des saisons

Par Anne-Marie Mercier

Gerda Muller a un talent pour créer des illustrations qui ont le charme de celles d’antan, entre documentaire et fiction, imagiers et encyclopédies. Chaque page de droite montre une scène champêtre plaisante, mettant souvent en scène des enfants ou adolescents qui s’affairent autour de plantes dont les noms sont Inscrits en dessous de l’image et au dessus d’un bandeau montrant les feuilles et fruits de cette plante.

Dans la page de gauche, on nous raconte l’histoire de Sophie, jeune citadine en vacances chez ses oncle et tante, qui découvre les cueillettes avec son cousin (fraises, groseilles, cerises, prunes…), puis écolière devant s’adapter à une nouvelle région, après avoir déménagé dans le sud, et la découvrant avec l’aide de sa voisine, de l’été jusqu’à l’automne (melons, abricots, raisins, grenades, figues, olives, citrons, mûres, châtaignes…). Le panorama des fruits est complété par un projet d’école sur les fruits : Sophie et ses camarades font de belles fiches illustrées sur la goyave, l’ananas, la papaye, la pistache… et Sophie rêve d’aller voir « en vrai » toutes ces choses – comme l’enfant qui aura lu ce livre?

En tout cas il aura fait une belle incursion dans un documentaire présenté sous la forme d’un récit, avec des personnages qui lui sont proches. Rien de très original, mais fait à la perfection.

Koi que bzzz ?

Koi que bzzz ?
Carson Ellis
Hélium 2016

Unk mazet turlitiboot !

Par Michel Driol

koi-ke-bzzz-de-ellis-carson-1089051240_lLe décor ? Un tronc d’arbre coupé gisant au sol page de gauche, et une plante qui se développe page de droite. D’abord plantule, puis fleur épanouie, enfin fleur fanée. Sur l’une des branches du tronc, une chenille qui devient cocon puis papillon éphémère dansant au clair de lune. Printemps, été, automne, hiver, puis à nouveau printemps l’album illustre le cycle des saisons, en quelques pages.

Mais son originalité tient aux multiples insectes qui viennent animer ce décor, à la langue imaginée, poétique et créative dans laquelle ils s’expriment – une sorte de gromelot – et à leur discrète humanisation (cannes, chapeaux, sacs à mains…) ainsi qu’à l’expression des sentiments multiples qu’ils éprouvent – étonnement, joie, désolation, crainte. C’est d’abord un couple de libellules qui s’interroge devant la plante, puis une coccinelle, un hanneton qui vont demander conseil à la chenille savante qui habite dans le tronc d’arbre – véritable logis avec sa table, sa lampe à pétrole, ses lunettes et sa pipe… Elle leur offre une échelle, qui leur permet de grimper sur la plante, d’y installer leur cabane, menacée par une araignée géante qui l’entoure de sa toile, avant qu’un oiseau, encore plus géant, ne la détruise. Puis la vie de la petite communauté reprend, jusqu’à l’automne  qui laisse un paysage désolé et abandonné.

Le graphisme – minutieux – est de ceux qui regorgent de détails à profusion, souvent humoristiques et que l’on peut suivre de page en page – la coccinelle empruntant son transat à la chenille, la hissant en haut de la plante avant d’y siroter un verre, la chenille arborant veste et cache-nez quand l’automne arrive. Sans oublier les fourmis, personnages muets, mais présents, tel un chœur antique dont les gestes seuls commentent cette tragi-comédie.

Un album qui traite de façon poétique du cycle des saisons, qui met en évidence les multiples vies cachées des insectes qui, tels des enfants, se construisent une cabane en hauteur pour y jouer aux pirates. Un album aussi pour parler de sciences naturelles et d’écologie.

 

Jours d’école. Collectif de Haïkus

Jours d’école. Collectif de Haïkus
Collectif
AFH (Association francophone de Haïkus) et Renée Clairon (Canada), 2014

Poésie pour l’école ou école de poésie ?

Par Anne-Marie Mercier

C’est une rJours d’école. Collectif de Haïkusencontre inattendue, et pourtant évidente, que celle de la poésie scolaire d’autrefois (automne, école, sensations et souvenirs) avec les ateliers d’écriture et le haïku. Et pourtant ces petits poèmes en dix-sept syllabes (ou pas), évoquant une saison (ou pas) et structurés autour d’une césure (ou pas) sont proches dans l’esprit de beaucoup de nos classiques d’autrefois. Ce recueil franco-canadien propose des textes écrits par des adultes et des enfants, en français ou en espagnol (ceux-ci sont donnés avec leur traduction), lors d’ateliers d’écriture. Quelques témoignages sur ces ateliers en fin de volume éclairent les démarches et les buts de leurs animateurs, illustrant la variété des pratiques (à signaler, un beau témoignage de Thierry Cazals sur la pratique du choix d’un « nom de poète » par les scripteurs).

Des écrivains confirmés, membre de l’AFH, ont également contribué et le jeu qui consisterait à deviner qui a écrit tel ou tel poème (« haïkumane » ou débutant ? enfant ou adulte ? féminin ou masculin ?) est parfois difficile : on lit sans savoir, mais la solution est en fin de volume, c’est une très bonne idée. Un CD propose une lecture à voix haute pour accompagner ces évocations ; des illustrations en noir et blanc, sombres ou comiques, parfois nostalgiques, accompagnent ces évocations. De styles variés, elles sont dues à des étudiants canadiens en arts plastiques.

Les quatre saisons ordonnent la première partie, de la rentrée avec ses angoisses, la solitude, mais aussi les découvertes et les plaisirs de l’automne, au printemps, en passant par l’hiver, et finissant par la fin des classes et l’école abandonnée.

Cour de récréation –
seule au monde au centre
de son cerceau

Classe de neige –
les enfants apprennent à compter
avec les flocons

Deux élèves dans l’escalier
une ombre à quatre bras –
début du printemps

Marelle abandonnée
dans la cour de l’école –
un chat dort au ciel

Pour contacter l’Association francophone de haïku mavieen17pieds


Et pour lire un joli roman sur les ateliers d’écriture de haïkus à destination des adolescents : Ma Vie en dix-sept pieds de Dominique Mainard (école des loisirs, 2008)

 

Le roi de la montagne en hiver

Le Roi de la montagne en hiver
Sylvie Delom, Aurtélia Fonty,
Didier Jeunesse (Contes du monde), 2013,

  Respecter les saisons, faire confiance à la nature

Par Maryse Vuillermet

9782278070527-TAdaptation réussie de deux contes, l’un russe et l’autre tchèque. Une mère a deux filles, l’une méchante et laide comme elle, et l’autre, jolie et gentille comme son père décédé. La veuve et la méchante fille maltraitent la belle. Elles lui imposent leurs caprices et exigences. Par exemple, elles lui demandent  des fleurs en hiver. La pauvre enfant part dans le froid et la neige mais rencontre près d’un feu des hommes encapuchonnés, ce sont les saisons.Janvier l’aide en lui faisant rencontrer Mars qui fait revenir une bouffée de printemps, la petite rapporte les violettes demandées. Sa sœur exige ensuite des fraises, même aide de Frère Juin et ceci, pour toutes les demandes et toutes les saisons. La dernière demande de la méchante sœur est de l’or, la petite trouve, grâce à Janvier, des pierres précieuses dans la grotte de l’hiver. Mais au lieu de les ramener à la maison, elle les garde et prend le train dans la ville voisine pour s’enfuir. Cette fin anachronique et impertinente donne son charme à l’adaptation.

Mais j’ai aimé aussi l’hymne aux saisons et le thème du respect de la nature et de ses cycles. Les illustrations d’Aurélia Fronty, qui puise son inspiration dans des tissus orientaux très colorés et imagine ses visages stylisés d’après ses  multiples voyages,  participent à l’atmosphère à la fois exotique et universelle.

Tout sur le printemps

Tout sur le printemps
Charline Picard, Clémentine Sourdais
Seuil, 2013

Bourgeons de savoirs sur le temps des bourgeons

Par Dominique Perrin

images

Voici le troisième fruit du travail de longue haleine de Charline Picard et Clémentine Sourdais sur le grand ballet des cycles saisonniers. « Des informations pratiques, des poèmes, des bricolages, des recettes, des jeux, de l’art ! » annoncent six oiseaux en quatrième de couverture. Ce « Tout sur le printemps » est en effet à l’image de ses deux homologues sur l’automne et l’été : plein de vie, d’humour et d’inventivité. D’une page à l’autre, le rossignol gringotte, le geai cageole, la mésange zinzinule – les hippocampes, hérissons et lucioles livrent quelques aperçus de leur façon de « faire l’amour » – l’escargot présente ses « naissains » et le cygne ses « cygnons ». Vers la fin de cette généreuse randonnée, menée dans des cadres et sur des tons espièglement variés, le lecteur est invité à « glaner et mitonner » ­– image réjouissante de l’ensemble d’un documentaire apte à rappeler la saveur printanière du savoir, et plus encore de toutes les formes, sensibles et intellectuelles, de la curiosité.