Le Château des Papayes

Le Château des Papayes
Sara Pennypacker
Gallimard Jeunesse 2021

Un été dans le monde réel

Par Michel Driol

Lorsque Grand Manitou, sa grand-mère, tombe, et doit aller à l’hôpital, Ware doit passer l’été au centre aéré. Garçon rêveur, différent, il fait semblant d’y aller et trouve, dans un terrain vague, une fillette de son âge, Jolène, qui fait pousser des papayes près d’une église démolie. Ware entreprend de l’aider, mais le terrain va être mis en vente. Arrive Ashley, fille d’un conseiller municipal, qui ne veut pas que le sol reste bitumé car les grues le prendront pour de l’eau et s’y casseront les pattes. Ware et Jolène entreprennent alors de transformer l’espace bitumé en douves emplies d’eau. Mais qui achètera le terrain ? Un promoteur pour y construire un centre commercial ? Ou la mairie pour agrandir le centre aéré ?

Situé en Floride, le roman est fortement inscrit dans une culture et une approche très américaine du monde : Ware, le personnage principal, s’interroge sur sa propre normalité. Est-il asocial ? Il semble dans son monde qu’il transforme, et perçoit à sa façon, et devrait aller au centre aéré pour s’y socialiser, faire des rencontres enrichissantes. Enfant de la classe moyenne, ses parents font de nombreuses heures supplémentaires pour acheter leur maison. Ses problèmes semblent bien superficiels au regard de ceux de Jolène, dont la mère l’a abandonnée à sa tante, portée sur la bouteille. La fillette est bien plus mure que Ware, lui reproche de vivre dans un monde de Bisounours, et pense que le monde réel est noir, cruel, injuste et sans espoir. C’est sans doute là l’un des intérêts majeurs de ce roman, l’opposition entre deux visions du monde, celle de Ware, rêveur, sans doute destiné, d’après son oncle (dans le milieu du cinéma), à devenir artiste, et celle très désespérée de Jolène qui fait pousser ses papayers pour tenter de gagner un peu d’argent. Sa vision désespérée est sans doute plus proche de la réalité que celle de Ware et permet ainsi à l’autrice une réelle critique du mode de vie américain : l’ancienne église deviendra sans doute un centre commercial, temple de la consommation et de la pollution. Si Ware se prend pour un chevalier servant, défenseur des nobles causes, il y a aussi Ashley, qui, par ses contacts avec les défenseurs des oiseaux, avec la municipalité par son père, semble incarner une sorte de pouvoir fragile et limité, à la fois politique et écologiste. Deux autres personnages d’adultes sont intéressants : Grand-Manitou, la grand-mère, et le serveur du bar, deux personnages qui sont réellement à l’écoute des autres, et tentent de résoudre leurs problèmes autant – sinon mieux – que la mère de Ware, directrice du centre d’action sociale. Le roman, qui s’inscrit sur une durée brève, un été, dans quelques lieux bien définis (le terrain vague, un bar, la maison de Ware, le centre de rééducation) s’apparente aux romans d’initiation : Ware s’y découvre, y découvre ses potentiels, retrouve l’estime de lui-même, s’avère altruiste et fortement changé par rapport à sa propre image au début du roman, grâce à sa découverte d’un autre monde, d’un autre univers que celui de ses propres rêves.

Entre rêves, utopies, monde réel (c’est le titre original anglais), rôle de l’art et rapports inter individuels, ce roman plein de douceur et de sensibilité parle de l’Amérique contemporaine, mais trouvera aussi des échos chez les lectrices et lecteurs français qui s’attacheront à ces personnages à la fois lointains, différents, et proches par leurs aspirations.

Remous / Uni vert

Remous / Uni vert
Stéphanie Richard Illustrations de David Allart
Editions du Pourquoi pas ? 2020

Le monde change, hélas !, plus vite que le cœur des hommes

Par Michel Driol

Deux récits tête bêche dans ce recueil, deux récits qui parlent, de façon oblique et métaphorique, de la même chose. Dans Remous, le monde devient mou, de l’anse de tasse à café au sol, au point que les humains trouvent refuge dans les arbres où ils font, à nouveau, société. Dans Uni vert, c’est le monde qui devient vert, à la suite de la disparition des couleurs. Mais le langage possède toujours les noms des couleurs, et, au bout d’une génération, chacun peut à nouveau retrouver la couleur des choses par les mots et gouter à nouveau au bonheur.

Ces deux récits philosophiques, riches et, au bout du compte, optimistes, ont en commun de parler de notre perception du monde, de ses transformations, et de notre façon de nous y adapter. Dans Remous, que faire face à la terre devenue inhospitalière ? Ce n’est pas par la technologie que les humains y sont sauvés, mais en prenant de la hauteur, à la façon du Baron perché. Dans le second, c’est le langage qui change la perception du monde, dans une perspective que ne renierait Umberto Eco qui terminait ainsi le Nom de la Rose : La rose d’hier n’existe que par son nom, et nous ne tenons que des noms vides… Si les conditions de vie deviennent impossibles sur terre, si le monde s’uniformise au point de devenir monochrome, quelles sont les formes de résistance à adopter ? Comment sauver les diversités, quelle qu’en soit la nature ? Les deux fictions de Stéphanie Richard, écrites dans une langue travaillée (Uni vert est riche de jeux de mots sur la couleur verte, et Remous regorge de mots pour évoquer la désagrégation de la terre), invitent à faire ce pas de côté nécessaire pour poser des questions fondamentales sans didactisme. Cela laisse donc une grande liberté au lecteur pour comprendre, en fonction de son âge, et prendre ces histoires au premier degré ou s’interroger sur ce dont elles parlent en fait. Les illustrations de David Allart qui jouent avec finesse des camaïeux de vert pour Uni vert, de rose et violet pour Remous, accompagnent le lecteur dans ce monde inquiétant et pourtant familier.

Deux récits philosophiques pour apprendre à « faire société » et s’interroger, à son niveau, sur notre monde.

Tous ensemble !

Tous ensemble !
Smriti Prasadam-Halls, Robert Starling
Gallimard Jeunesse, 2020

 

Fable Politique

Par Anne-Marie Mercier

Les animaux, de La Fontaine à Orwell, sont bien souvent les acteurs de fables à visée politique. Celle-ci, au titre programmatique, allie la simplicité du message à la force de son argumentaire.
Des animaux vivent en paix, les oies et les canards d’une part, sur une petite île, et les autres animaux d’autre part, dans une ferme reliée à l’île par un pont. Les oies décident de faire sécession pour profiter seules de leurs avantages ; les canards, minorité contrainte au silence et exploitée, sont embarqués malgré eux dans cette décision. Étape après étape, ce choix s’avère malheureux, jusqu’à l’arrivée des renards…
L’éloge de la solidarité s’accompagne ici d’une mise en garde : le séparatisme crée un alourdissement des tâches, qui ne sont plus partagées (tiens, tiens, ceux qui veulent mettre les étrangers dehors sont-ils prêts à aller aux champs et ramasser les poubelles ?). Il crée de la pénurie, de la pauvreté et de l’insécurité face aux ennemis. La solidarité n’est pas seulement une belle idée, c’est une nécessité de survie pour une société.
La gravité du message est allégée par le contexte animalier et les illustrations colorées, proches de la caricature : les images représentant les oies et les canard au travail, affublés de tenues de travail (casques, et casquettes) alors que les autres animaux, en face de l’île,  gambadent et donnent envie de les rejoindre sont très réussies.

Brexit Romance

Brexit Romance
Clémentine Beauvais
Sabracane (« Romans »)

Le Brexit, romance, linguistique et fantaisie déjantée

Par Anne-Marie Mercier

Faire de la question grave du Brexit un roman (au sens de « romance ») comique et sentimental est osé pour qui, comme l’auteure, en connait bien les enjeux. Mêler à tout cela des éléments de politique (avec les personnages de Marine Le Pen et Jeremy Corbyn) l’est également. Et tisser sur tout le livre une réflexion sur les deux langues, l’anglais et le français, et les deux cultures, avec les difficultés pour se comprendre et s’accepter relève encore d’une autre ambition.
Tous ces paris sont réussis : Clémentine Beauvais livre un « roman de mariage » (ou Mariage plot, voir le livre de J. Eugenides) digne de ses devanciers victoriens (mais beaucoup plus déjanté) : on se demande jusqu’au bout qui va épouser qui et dans quel but, ce que deviendra la jeune orpheline méritante et son dévoué protecteur, et c’est là le cœur du roman.
Il est aussi porté par des personnages originaux et un peu excessifs (surtout les anglais !), des rebondissements, des quiproquos… C’est aussi un roman sur les mœurs contemporaines : le langage des jeunes et leurs obsessions, la culture (de l’opéra aux réseaux sociaux), le monde de l’aristocratie anglaise et celui de la débrouillardise des middle class ou des jeunes désargentés. C’est aussi un pastiche de Lewis Caroll, avec des duchesses hystériques, un cochon habillé en bébé, un jeu de croquet qui dégénère…  Mais c’est surtout un roman sur la langue, très drôle, avec des traductions littérales, des contresens et des faux amis, avertissement indispensable à qui veut apprendre l’anglais sur le tas.
Et c’est aussi un roman sur le Brexit, ses raisons avouées ou non, la fracture profonde qu’il installe – ou qu’il révèle – dans le pays et les difficiles relations franco anglaises, mêlant amour et haine.

 

Divers Cités 2

Divers Cités 2
Marine Auriol – Antonio Carmona – Claudine Galea – Sébastien Joanniez – Ronan Mancec – Lise Martin – Fabrice Melquiot  – Mariette Navarro – Guillaume Poix – Julie Rossello-Rochet
Editions Théâtrales Jeunesse 2018

10 pièces pour la pratique artistique en 5’55

Par Michel Driol

Ce recueil réunit 10 petites formes écrites par dix auteurs différents, destinées à être lues et interprétées par des lycéens, d’une durée de 5’55. Dans Dernier appel, Marine Auriol fait dialoguer au téléphone deux jeunes filles qui ont décidé de partir en Syrie. Dans Les pieds sous la table, Antonio Carmona traite sous forme de trois monologues ce qui se joue entre trois ados autour d’une table, gestes et interprétations des gestes sources de quiproquos. Claudine Galea propose un diptyque : Un bon coup(F) et Un bon coup(G) pour donner deux versions féminin/masculin d’une histoire d’amour entre ados de milieux différents. Sébastien Joanniez propose Moi aussi, un texte sans distribution, récit d’un couple pauvre attendant un enfant, et relatant quelques moments avec lui dans le centre commercial. Avec Le noyau affinitaire Ronan Mancec montre une réunion qui tourne en rond, sur la question de signer ou ne pas signer une lettre ouverte qu’on a écrite ensemble. Dans Un truc par cœur Lise Martin signe un texte choral avec un personnage et un chœur parlant des relations difficiles entre des élèves et un enseignant, des insultes et des remords.  Fabrice Melquiot  brosse dans Carré blanc sur fond blanc, sous forme de rap, un portrait de fille, et évoque la rencontre avec un garçon. La Place de Mariette Navarro montre les relations profs / élèves / spectateurs lors d’une sortie scolaire au théâtre, révélant préjugés et relations sociales. Jaillir de Guillaume Poix propose deux monologues Garçon  Fille, sans ponctuation, associant parole et poings. Enfin, It’s Okay to say no de Julie Rossello-Rochet part d’une agression actuelle dans un bus pour raconter Rosa Parks de façon chorale. Ces dix textes  sont suivis d’une autobiographie de chaque auteur : de moi, j’aimerais vous dire…

On le voit, les textes sont des propositions très variées, parlant de ce que vivent les adolescents d’aujourd’hui dans des formes dramatiques très contemporaines et dans une langue souvent très poétique. De nombreux textes sont choraux, sans personnages définis, ce qui laisse tout loisir pour la mise en scène et pose la question du personnage au théâtre. D’autres, plus classiquement, proposent des personnages et jouent – se jouent – de leurs relations amoureuses, sociales, interpersonnelles. Comment chacun est prisonnier de sa classe sociale, de son milieu, voilà ce qu’ils disent souvent. Mais aussi l’espoir d’un monde dans lequel le pouvoir de dire non peut faire changer les choses.

Qu’on les lise en classe ou qu’on les monte, ces textes proposent aux adolescents un miroir dans lequel ils se reconnaitront sans doute et ils constituent une bonne initiation, dans leur diversité, à la langue du théâtre contemporain et à sa richesse esthétique.

Le Mur des apparences

Le Mur des apparences
Gwladys Constant
Rouergue 2018

La beauté est-elle une malédiction ?

Par Michel Driol

Justine et Margot sont dans la même classe depuis toujours. Mais si Margot est belle, populaire, riche, Justine, fille d’ouvriers, plus discrète, apparait comme le souffre-douleur. Elle est victime de harcèlement moral de la part de Margot et de sa bande d’amies, que Justine a surnommées les hyènes. Margot vit l’amour parfait avec  Jordan, lui aussi l’un des beaux garçons du lycée. Certes ils ont rompu. Mais le jour où Margot se suicide, Justine veut comprendre. Elle récupère les journaux intimes de Justine et commence à les lire, y découvrant d’abord des secrets concernant les hyènes qui lui permettront d’être acceptée dans le groupe. Elle découvre aussi que sous les apparences parfaites, la mise en scène assumée et calculée de ses succès, de ses bonheurs, de son amour pour Jordan,  de sa beauté, Margot cache de nombreux et lourds secrets familiaux.

Voici un roman qui se lit d’une traite, comme un polar auquel il emprunte certains codes, dont celui de l’enquête permettant de savoir ce qui a conduit Margot au suicide à travers la lecture rétrospective de ses journaux intimes. Une fois de plus (voir Passionnément, à ma folie, que l’on avait chroniqué ici-même), Gwladys Constant dresse des portraits d’adolescent(e)s victimes. De la société des apparences, cette fois-ci.  Il s’agit de posséder les codes sociaux qui permettront d’être populaire, de se faire des amis, d’être reconnu. Ces codes ne sont pas propres aux ados : ce sont aussi ceux qui sont connus et promus par la propre mère de Margot, femme d’un des directeurs de l’usine. Ne pas posséder ces codes comportementaux, c’est risquer la marginalisation. Mais la possession de ces codes ne garantit qu’un bonheur superficiel et ne protège pas l’individu.

Le roman se déroule dans une classe où se mêlent différents milieux sociaux et géographiques : la  bourgeoisie et les ouvriers, mais aussi les filles d’immigrés africains, qui vivent dans des cités à la périphérie. Ces milieux se côtoient, et Justine va, petit à petit, découvrir un autre monde que celui de sa famille, les secrets de la famille bourgeoise de Margot, les raisons de l’exil des familles du Congo. Familles qui tentent, toutes à leur façon, de sauvegarder les apparences, que ce soit en envoyant malgré tout de l’argent au pays ou en refusant de révéler ce qui se passe réellement.

Le roman n’hésite pas à aborder des thèmes sensibles : la sexualité, l’homosexualité, l’exil, la torture, les réseaux sociaux, l’injustice sociale avec une écriture à vif, qui, comme un scalpel, va droit au but dès les premières pages et a su choisir une héroïne avec laquelle on ne peut qu’être en empathie, une héroïne qui reste positive tout au long du roman.  Le roman sait aussi trouver des résonances avec les textes classiques étudiés en classe, la Princesse de Clèves, ou l’Ecole des femmes, montrant quelque part l’intemporalité des thèmes traités.

A travers les métaphores animales – hyènes, lion, loup… – le roman présente le monde comme une jungle. Roman sombre et pessimiste pourra-ton penser ? Non, car trois éléments réconfortent le lecteur. D’une part, la présence de quelques adultes positifs : le professeur de français et surtout les parents de Justine, de bon sens, protecteurs et aimants, écoutant et soutenant leur fille. D’autre part la confiance en la capacité des ados à franchir les barrières sociales et raciales, à aller au delà du mur des apparences pour se trouver et se reconnaitre dans le monde réel (le terrain de sport, la salle de hip-hop ou le lit d’hôpital). Et surtout la volonté  finale des héroïnes de faire du droit, afin de réparer, si faire se peut, le monde actuel.

Le jour où…

Le jour où on a arrêté de faire la guerre
Le jour où Papa s’est remarié
Thierry Lenain Tranh Portal
Nathan 2017

Grandes questions, réponses d’enfants

Par Michel Driol

Dans cette série de Thierry Lenain et Tranh Portal, on retrouve les mêmes personnages, la même classe, la même maitresse. Un élément déclenche le débat : alors que les enfants jouent à la guerre dans la cour, Raïssa se réfugie dans un placard et ne parle plus. Guillaume lui semble dans la lune : son papa va se remarier avec un autre papa.

Le mérite de cette collection est de poser des problèmes de société contemporains, mais de les laisser traiter par les personnages d’élèves de la classe. La maitresse intervient peu, pour apporter un éclairage culturel (le symbole de la paix dessiné par Picasso, par exemple).  Les propos des enfants, qui souvent ne manquent pas d’humour, dédramatisent les situations et/ou proposent des solutions, peut-être utopiques, mais pleines d’espoir.

Cette collection – facile d’accès,  facile à lire – qui laisse une grande place aux propos d’enfants sans moralisme, et prône bien sûr l’ouverture, la solidarité et la fraternité, et permettra d’ouvrir le débat en sortant des préjugés.

Ajoutons – ce qui n’est pas pour nous déplaire – qu’elle respecte l’orthographe rectifiée, et le revendique.

 

Ça s’est passé là

Ça s’est passé là
Emmanuel Bourdier
 

Thierry Magnier, 2010   

Récit, portraits, fresque ? …en collection « petite poche »

par Dominique Perrin


Ça s’est passé là  Emmanuel Bourdier.gifCe texte d’une trentaine de pages, publié dans une collection de « romans de petite poche », évoque la destruction du « bâtiment E de la cité Marcel Pagnol ».

Les huit premiers chapitres égrènent chacun l’une des minutes qui précèdent la détonation, précisément entre 13h23 et 13h30 ; tandis que les deux derniers chapitres étendent (vertigineusement, en comparaison des précédents) la chronologie jusqu’à 14h.

Il s’agit donc bien d’un récit, assez singulier et ambitieux pour prétendre rendre compte  d’un minuscule segment de temps pendant lequel, au vrai, rien ne se passe : des spectateurs attendent un événement qui n’est finalement nullement décrit en tant que tel. Mais il s’agit aussi d’un portrait collectif, qui cherche à rendre la densité de ces minutes vides d’action au sens hollywoodien du terme. L’enjeu est de faire constater que quelques minutes de suspens vécues par une petite foule portent en elles-mêmes plus d’histoires singulières et plus de profondeur temporelle que bien des aventures convenues. L’enjeu est aussi, bien sûr, de faire apparaître le décalage entre les regards de ceux qui ont vécu là et les paroles de ceux qui décident. Un incanalisable humour n’est pas absent, loin s’en faut, chez les premiers, qui ont pour une fois « la parole ».