La Sorcière Panaris et l’enfant-navet

La Sorcière Panaris et l’enfant-navet
Isaac Lenkiewicz
Sarbacane, 2023

Un navet contre une citrouille

Par Anne-Marie Mercier

Une petite sorcière un peu trop farceuse au goût des habitants du village, sa bouilloire chien (qui la suit partout), une réunion de sorcières à la pleine lune où elle se rend en fauteuil volant (modernité et confort obligent) pour préparer le concours de légumes annuel, une alliance entre trois enfants et Panaris contre un cultivateur de légumes grognon, un pont qui parle, un chat-copieur, une voiture à pattes…
Les enfants font un sortilège pour créer un enfant-navet qui devra gagner le concours… mais ils s’attachent à cet enfant légume, ce qui fait qu’ils doivent lutter contre tous ceux qui veulent le manger, comme la cheffe des sorcières et son cochon géant, une belle pagaille !
Et tout cela se termine avec un banquet de fête de la moisson, sans navet au menu.
Le récit, porté par Panaris et accompagnés de dialogues dans des bulles, est horrifique à souhait, comme les dessins qui jouent sur les contrastes de couleur et les échelles de manière originale.
Joyeux Halloween !

 

La Sourcière

La Sourcière
Elise Fontenaille
Rouergue épik 2021

Au pays des volcans endormis

Par Michel Driol

Un soir de lune rousse, la Brodeuse recueille une jeune fille enceinte, qui meurt en donnant naissance à une fillette à la chevelure rousse, Garance. Celle-ci se révèle savoir côtoyer les animaux, adopte une renarde, et a le don pour faire naitre de l’eau un été de sécheresse. Protégée par l’Archevêque, à l’abri derrière un voile d’invisibilité, la Brodeuse élève Garance, avec l’aide de la Gitane, du Luneux et du Vielleux. Mais près de là rode le terrible Saigneur et ses Moines rouges. Et Garance est si jeune et  belle…

On est dès l’abord séduit par l’écriture d’Elise Fontenaille dont les mots, les phrases courtes, souvent nominales, la façon de nommer les personnages, créent un univers à part, un univers à la fois bien réel, dans ses notations, son souci du détail et un univers merveilleux, par la magie omniprésente. Si les personnages ont des pouvoirs secrets, connaissance fine des plantes, pouvoir de métamorphose, s’ils ont un nom (Gallou, Garance), il sont surtout dénommés par leur activité, comme un surnom, et cela contribue à faire pénétrer le lecteur dans cette petite communauté en marge du monde, vivant de son art (la broderie, la musique…). Univers féminin pour une grande part, avec, en arrière-plan, les figures tutélaires des sorcières, guérisseuses et détentrices de savoirs, figures traquées. Mais quelques hommes ne manquent pas d’intérêt, comme cet aveugle, le Luneux, ou, mieux encore, l’Archevêque, un prélat qui a perdu la foi mais profite de sa position sociale pour protéger la Brodeuse et empêcher qu’on brûle des sorcières.

Personnages de conte, donc, inscrits dans un lieu de pierres noires, les abords de l’Abbaye de Chanteuges, dans un temps, le Moyen Age, inspirés de l’histoire locale (l’abbaye fut effectivement repère de brigands), personnages que l’on sent menacés sans cesse. La force de l’histoire est de faire pressentir le combat que devra mener Garance contre le Saigneur, combat étonnant qui lui révèlera à la fois son origine et rendra au Saigneur une partie de son innocence, comme une ultime rédemption. Dans cette histoire de communion des femmes avec la nature, les animaux jouent un grand rôle : une chouette, un chien, une salamandre qui, au fil de ce récit, prennent la parole pour se dire, donner leur point de vue sur les humains. L’ensemble, pleinement réussi, est plein de poésie, voire parfois d’un certain lyrisme dans l’expression des sentiments, montrés ou cachés.

Des femmes libres, courageuses, fortes d’une force pleine de mystère et de sources ancestrales, dans un univers de conte plus que de fantasy où rôdent les menaces, pour une histoire envoutante à la fois simple dans sa linéarité, et pleine d’humanité complexe.

Dulcinée

Dulcinée
Ole Könnecke
L’école des loisirs, 2021

 Promenons-nous dans les bois…

Par Anne-Marie Mercier

Dulcinée (rien à voir avec don Quichotte) est une petite fille qui vit seule avec son père, près d’une forêt. Comme bien des contes, cela commence par une interdiction : ne pas aller dans la forêt car, dit-on, celle-ci est hantée par une sorcière. Mais cela dérape vite car Ole Könnecke ne se contente pas des vieilles recettes : c’est le père qui enfreint l’interdit ; il est transformé en arbre par la sorcière et la fillette doit le sauver avant qu’un bucheron ne fasse une terrible erreur… Elle y court, accompagnée par son canard…
Dessins simples et charmants, humour léger à toutes les pages, c’est un petit régal, avec tous les ingrédients du conte mais un peu bousculés : une sorcière qui transforme les gens à son gré (la fillette est menacée de devenir une flûte à bec), différents monstres, un grimoire magique, et au bout du conte une flopée de myrtilles.

 

Mon beau grimoire

Mon beau grimoire
Chrysostome Gourio
Casterman (Hanté) 2021

La vengeance est un plat…

Par Michel Driol

Perséphone habite avec son père, fossoyeur, dans un cimetière. Elève timide, rousse, elle est harcelée par trois garçons de cinquième, les trois K, qui la traitent de sorcière et tentent de l’agresser. C’est alors qu’apparait une vieille femme, qui possède un grimoire étrange, et propose à Perséphone de se venger. Perséphone serait-elle vraiment une sorcière ?

Voilà un roman qui articule parfaitement deux genres : d’un côté le roman scolaire réaliste, de l’autre le roman d’épouvante. Réaliste, le roman l’est bien dans sa description du harcèlement dont sont victimes de nombreux ados, à cause de leurs vêtements, de la couleur de leurs cheveux ou de leur allure. Il est aussi le reflet de la domination qu’exercent certains garçons, en meute, contre des jeunes filles qu’ils transforment en victimes. Tout cela est bien vu et bien décrit, à travers le regard et les réactions de la jeune fille. Mais il donne aussi à lire un texte qui relève de l’épouvante : cimetière, nuit, orage, chat, messe noire, pacte. Il convoque tous les ingrédients de ce type de récit, pas seulement comme un jeu ou un cauchemar dont à la fin l’héroïne se réveillerait, mais donne à lire un vrai pacte permettant à l’héroïne d’éliminer ses harceleurs, tout en éprouvant des sentiments très contrastés entre empathie et désir de vengeance. La sorcière y est à la fois le personnage traditionnel, vouté, fumant la pipe, dotée de pouvoirs magiques, mais aussi est présentée comme étant la victime du pouvoir des hommes ou des puissants.

Un roman qui pose la question, au-delà de son aspect fantastique, des relations entre filles et garçons, et du harcèlement.

Le Poil de Baribal

Le Poil de Baribal
Renée Robitaille, Oleysa Schukina (ill.)
Planète rebelle, 2020

Tours et retours du conte

Par Anne-Marie Mercier

La maison d’édition Planète rebelle existe depuis 1997. Fondée au Québec par un conteur, André Lemelin, elle se consacrait au renouveau du conte et à l’oralité ; cette mission se poursuit aujourd’hui, avec l’éditrice Marie Fleurette Beaudoin qui a jouté à son catalogue des collections destinées aux plus jeunes et a invité la jeune conteuse Renée Robitaille à livrer en livre et en CD un conte truculent, fantaisiste et militant (féministe).

Il démarre au quart de tour avec une scène inattendue en littérature de jeunesse : un baiser entre deux inconnus, qui dure à l’excès. Puis c’est la femme qui demande à l’homme non pas de l’épouser mais de lui faire un enfant, sur quoi il s’endort profondément et ce sommeil dure à l’excès…
« La femme » (on ne saura pas son nom) va voir une sorcière qui l’envoie accomplir un exploit pour réveiller l’homme endormi : arracher un poil de l’oreille de Baribal, terrible ours noir. Il s’ensuit de multiples tentatives ingénieuses, de plus en plus dangereuses, extravagantes et drôles, au bout desquelles la femme revient victorieuse et va voir la sorcière pour réveiller le bel endormi.
Or, comme chacun le sait, dans les contes modernes, les sorcières n’ont pas de vrai pouvoir magique… Alors, que va-t-il se passer ? « La femme » arrivera-t-elle à se faire faire un enfant par « son homme » ? Tout cela vous sera raconté, en texte, en images (très parlantes elles aussi) et en CD.
Pour écouter l’histoire et entendre la conteuse R. Robitaille

 

 

Les Chroniques de Zi, vol2 (Nara) et 3 (Turi)

Les Chroniques de Zi, vol2 (Nara) et 3 (Turi)
Jean-François Chabas
Nathan, 2018 et 2019

Mondes croisés

Jean-François Chabas qui a essayé un peu tous les genres avec brio et une belle écriture, s’adonne ici à la fantasy, un peu à la manière de Tolkien, avec un monde imaginaire (une carte en présente les mers et les continents), des êtres fantastiques (ogres, sorcières, dragons, etc.), une princesse belle et hardie, un chevalier amoureux, son rival et ami – un enfant trouvé mystérieux aux cheveux bleus–, leurs fidèles montures infatigables…
Chaque épisode laisse découvrir un nouveau paysage, de nouveaux ennemis, ou des amis inquiétants. On a aussi un bel exemple de mélange de traditions : si la princesse Nara semble venir de Polynésie, son amoureux semble sorti d’un roman de chevalerie, et l’ami de celui-ci d’un conte de fées…
L’auteur a choisi une technique qui lui permet de raccourcir ce qui aurait pu être une très longue saga : les péripéties  s’enchainent à la suite de nombreuses ellipses qui épargnent au lecteur les temps moins riches en événements, les attentes et délais (souvent elles  sont justifiées par le fait que l’un des héros s’évanouit, puis se réveille pour le chapitre suivant).
Cela donne une densité très généreuse au roman. Tout est mené tambour battant sur terre et sur mer, avec d’épais mystères qui font que personne ne sait qui est ami ou ennemi, et de nombreux moments où la vie des héros tient à peine à un fil, et d’autres où ils se chamaillent de manière comique. Deux autres volumes sont attendus : la fée Zi qui pour l’instant se contente d’observer les événements, n’a pas dit son dernier mot.

Les Sorcières du beffroi

Les Sorcières du beffroi
1. P’tit-Boudin et Grande-Greluche
Kate Saunders
Nathan (1999- 2014)

Sorcellerie, espièglerie et fantaisie

Par Michel Driol

P’tit-Boudin et Grande-Greluche, deux sorcières de 150 ans, sont chassées de l’Ile aux sorcières par la terrible reine M’ame Cadabra. Les voilà qui trouvent refuge dans le beffroi d’un village anglais, dans lequel le pasteur et son vicaire sont tyrannisés par Violette Sac-à-Crasses. Comme on s’en doute, les sorcières vont sympathiser avec les victimes et troubler joyeusement le paisible village anglais…

Sur un scénario assez courant – sorcières pour rire faisant irruption dans le quotidien banal – Kate Saunders signe un roman plein d’humour, dans la lignée de Roald Dahl, illustré par Tony Ross – c’est tout dire ! Personnages caricaturaux, modèles de cruauté, utilisation malencontreuse de sortilèges mal maitrisés, voilà les ingrédients de ce roman qui dépeint un univers de fantaisie et de légèreté que la littérature pour la jeunesse oublie parfois.

Ne boudons pas notre plaisir !

 

U4. Koridwen

U4. Koridwen
Yves Grevet
Nathan / Syros, 2015

U4- la filière bretonne

Par Anne-Marie Mercier

koridwenVoir un article précédent sur le projet U4.

Dans le volume d’Yves Grevet qui commence dans une ferme bretonne, les parents sont morts, leur fille Koridwen les a enterrés elle-même ; elle continue les travaux de la ferme, surveille le vêlage d’une vache, trait les autres… jusqu’à l’irruption de jeunes gens de son âge, des pillards, qu’elle arrive à chasser provisoirement. Pour répondre à l’appel de Khronos tout autant que pour fuir les représailles qui ne manqueraient pas de s’abattre sur elle, elle part pour Paris avec le tracteur de son père tirant une bétaillère dans laquelle elle a entreposé tout le matériel de survie nécessaire : nourriture, duvets, vêtements, gasoil, outils, fusil et cartouches… Il y a du Robinson dans ces héros. On retrouve les thématiques de survie post catastrophe telles qu’on a pu les lire dans La Route de C. Mc Carthy ou, plus tôt, Malevil de R. Merle.

Avant son départ, elle a lu une lettre que sa grand-mère lui avait écrite avant de mourir et que ses parents avaient cachée sans oser la détruire, refusant de lui transmettre cet héritage de sorcellerie bretonne. Elle embarque avec elle les carnets de la grand-mère et son coffre de guérisseuse ; elle a aussi, dans la tête, une comptine druidique, « Ar Rannou », qui rythme l’histoire au point de donner l’impression de dicter les événements, comptant des séries de un à douze. De « Pas de série pour le nombre un, […] le Trépas, Père de la douleur » à « Douze mois et douze signes ; l’avant-dernier, le Sagittaire, décoche sa flèche armée d’un dard », « Ar Rannou » met l’aventure de Koridwen sous le signe de la nécessité et du destin. Le trajet jusqu’à Paris est semé d’embûches, le séjour aussi, d’autant plus qu’elle a emmené avec elle son cousin, Max, plus que simple d’esprit, qui lui apporte davantage  d’ennuis que d’aide.

Paris est vu comme un lieu d’extrême chaos, un lieu de guerre et de destruction, où la banlieue est le lieu de repli de ceux qui ne veulent pas être enfermé dans les camps de refuge installés par l’armée (les derniers adultes, vus de très loin, vêtus de combinaisons protectrices et de masques). On se déplace en évitant les snipers et les drones, les chiens errants, devenus sauvages, regroupés en meutes, en empruntant les galeries du métro et les égouts…

Koridwen s’affirme progressivement comme une solitaire, silencieuse, capable d’être sans pitié, parfois brutale, facilement méprisante, même à l’égard de ses anciens « amis » de jeux qui la déçoivent un peu… Est-ce pour souligner ce caractère brut et cette sécheresse que Yves Grevet a écrit toute son histoire à la première personne, en phrases très brèves (une demi ligne à deux lignes pas plus, en moyenne) et juxtaposées ? C’est dommage : ce style ou cette absence de style en rend la lecture un peu pesante. Heureusement, la mythologie de Koridwen, la comptine « Ar Rannou », les recettes de sa grand-mère et la foi en son destin donnent du charme à son récit. Quant à la fin (qu’on ne racontera pas…), elle est très habile, et clôt le récit tout en le laissant ouvert, de manière parfaite.

( à suivre… prochainement, Jules, par Carole Trebor)

 

 

 

U4

U4
collectif U4 : Yves Grevet, Florence Hinckel, Carole Trébor, Vincent Villeminot
Nathan / Syros, 2015

Phénoménal… et contagieux

Par Anne-Marie Mercier

u4Le projet de U4 est étonnant par sa nouveauté et son ambition : il s’est agi de faire écrire la même histoire par quatre auteurs différents qui se sont focalisés chacun sur l’un des protagonistes. Ce sont en fait quatre histoires différentes, car si des nœuds et des étapes cruciales les réunissent, tantôt par paires, tantôt tous ensemble, les héros sont séparés la plupart du temps. Chaque volume est écrit au présent et à la première personne et commence par le même prologue, daté du 1er novembre (veille du jour des morts) :

« cela fait dix jours que le filovirus méningé U4 (pour « Utrecht », la ville des Pays-Bas où il est apparu, et 4e génération) accomplit ses ravages. […] il tue quasiment sans exception et en quarante heures ceux qu’il infecte : état fébrile, migraines, asthénie, paralysies, suivies d’hémorragies brutales, toujours mortelles. Plus de 90% de la population mondiale ont été décimés. Les seuls survivants sont les adolescents. La nourriture et l’eau potable commencent à manquer, Internet est instable. L’électricité et les réseaux de communication menacent de s’éteindre. »

Les adeptes d’un jeu en ligne, Warriors of Time (WOT), ont reçu un message du maître de jeu, Khronos : « ensemble nous pouvons éviter la catastrophe en réécrivant le passé. Croyez en moi, croyez en vous et nous gagnerons contre notre ennemi le plus puissant : le virus. Rendez-vous le 24 décembre à minuit à Paris sous la plus vieille horloge de Paris ». Les quatre héros sont des « Experts » du jeu et leur rencontre dans la vie « réelle » de la fiction a le piquant de la surprise : ils se sont bien connus sous les traits d’avatars de super-héros et se voient alors tels qu’ils sont. Mais le réalisme s’arrête là : héros dans le jeu ils sont, héros dans la vie ils demeurent : petite démagogie auctoriale à l’adresse du public adolescent : on poursuit l’illusion, de l’identification du jeu aux livres.

Allez donc voir le trailer, qui rime avec Thriller…

Une vidéo très intéressante pour savoir comment les auteurs ont travaillé : https://www.facebook.com/LireEnLive/videos/vb.184559568289367/949623048449678/?type=2&theater

Et le 3 novembre dernier a paru Contagion, recueil de nouvelles écrites par les quatre auteurs, de 2 BD (de Marc Lizano, sur un scénario de Carole Trébor ; et de Pierre-Yves Cezard sur un scénario de Lylian) et 4 fan fictions par Claire Juge, De La Rauses, Clara Suchère, Sylvain Chaton, issues du concours de fan fiction lancé par les éditeurs.

Donc, le phénomène est contagieux, il se répand d’un livre à l’autre, d’un medium à l’autre…

La Fille qui navigua autour de Féerie dans un bateau construit de ses propres mains

La Fille qui navigua autour de Féerie dans un bateau construit de ses propres mains
Catherynne M. Valente
Traduit (Etats-Unis) par Laurent Philibert-Caillat
Illustrations d’Ana Juan
Balivernes, 2015

Sur la mer des histoires

Par Anne-Marie Mercier

Quelle bellCouvRVB_LaFilleQuiNaviguaAutourDeFeerie_10cme surprise et quels merveilleux moments de lectures ! « Moments » est au pluriel car c’est un livre qui se déguste, qui infuse, qu’on n’a pas envie de finir, enfin un livre rare. Cela ne signifie pas qu’il n’a pas d’intrigue : l’héroïne, une fois enlevée sur les ailes du vent vert, fuyant les « tasses à thé roses et jaunes et les petits chiens affables », a bien des obstacles à surmonter pour entrer dans Féérie, retrouver des objets perdus par des sorcières, résoudre des énigmes, sauver ses amis échapper aux manipulations de la Marquise tyrannique qui règne sur ce monde, retrouver la bonne Reine mauve (à moins que les deux n’en soient qu’une), et tout simplement survivre à de nombreux dangers, le pire étant représenté par la forêt d’automne qui la transforme un temps en arbre mourant, se dépouillant peu à peu de ses feuilles et de ses branches.

L’héroïne s’appelle Septembre, elle porte une robe orange, et la veste verte laissée par le vent. Une atmosphère automnale domine: nostalgie des choses au moment où elles étaient dans tout leur éclat, impression d’une fin imminente… Les amis qu’elle rencontre sont étonnants et tous en quête d’un objet ou d’un être perdu : la merveilleuse Lessive qui vous plonge dans des bains qui vous lavent du passé et vous insufflent du courage, le surprenant Vouivriothèque, A-à-L, mélange de vouivre (proche du dragon) et de bibliothèque, qui sait tout ce qui dépend des mots de la première moitié de l’alphabet, un garçon de pierre bleu…

Si le livre est épais, il peut se lire en étape ; chaque chapitre est consacré à la découverte d’un monde et de la logique surprenante, de ses habitants étranges. Il y a beaucoup de l’univers d’Alice, de nombreux clins d’œil, comme à celui de Lewis (un placard permet de passer entre les mondes), mais aussi un grand nombre d’inventions surprenantes et poétiques. Poétique aussi le style, avec une traduction merveilleuse qui crée un rythme, une musique prenante. Quant aux illustrations elles sont à la hauteur du livre, originales, touchantes, un peu grinçantes… elles sont entre Rébecca Dautremer et  Teniel, proprement merveilleuses.

A conseiller à tous les amateurs de féérie un peu cruelle et décalée, petits et grands !