C’est l’histoire…

C’est l’histoire…
Corinne Dreyfuss & Charlotte des Ligneris
Seuil Jeunesse 2021

This is the end, beautiful friend,

Par Michel Driol

Il n’est jamais évident ou simple de parler de la mort aux enfants. Cet album s’y essaie avec un angle et un dispositif originaux. On suit les derniers moments d’une très très vieille dame, qui se déshabille et range soigneusement ses vêtements sur sa chaise.  Puis elle  se couche, et ferme les yeux. Après un tendre sourire, son histoire est finie.

Le texte est à la fois explicite et implicite : il dit la fin d’une histoire, sans prononcer le mot mort. Mais les illustrations, elles, ouvrent presque à un autre univers. Dans un premier temps, un décor urbain, celui d’un immeuble aux nombreux habitants, tous affairés. Derrière un rideau, la vieille dame. Une fois ses rideaux fermés, on voit la vie continuer dans les autres appartements. Mais il faut soulever le rabat des rideaux pour voir la chaise, l’armoire et les vêtements déposés. Cependant, des nuages blancs voilent de plus en plus l’immeuble. Une fois la vieille dame couchée, l’album s’ouvre sur des pages à grands rabats, sur des paysages de nature : deux enfants qui jouent au cerf-volant, une scène de montagne peuplée, puis deux personnes âgées se tenant par la main et regardant le soleil se coucher sur la mer. C’est alors que la vieille dame se confond avec la montagne au bord de la mer, qui lui fait comme un lit. Sur la dernière illustration, la vie continue, sans elle, dans la ville.

Cette fin n’a rien de triste : elle est l’ouverture vers un autre monde, un autre univers, qui est à la fois celui de la nature et peut-être celui des souvenirs. Le texte, au passé composé, évoque les actions simples, d’un corps qui se dénude, puis des gestes de repos avec les mains qui se posent sur le ventre  et les yeux qui se ferment, comme préludes à un endormissement. Le passage qu’est la mort est donc à la fois célébré, avec une dimension métaphysique de lien apaisant avec l’univers entier que la vieille dame rejoint, et, dans le même temps, comme dédramatisé  à travers des gestes qu’on dirait quotidiens, même s’ils sont effectués ici pour la dernière fois. Les illustrations évoquent à la fois ces univers  familiers, pleins de détails et de vie quotidienne, et en même temps, par le jeu des métaphores, cette ultime transformation vers l’inconnu qu’est la mort.

Comprenne donc chacun à sa façon : les uns verront donc dans cet album le récit d’un endormissement, d’autres y liront une approche philosophique de la mort. C’est là la marque des grands albums jeunesse.

Mon papy perce-neige

Mon papy perce-neige
Betina Birkjær & Anne Margrethe Kjærgaard
Didier Jeunesse 2021

Quand les mots s’en vont…

Par Michel Driol

Bout-de-Chou va souvent voir son papy Kay et sa mamie Gerda. Le premier cultive plus d’une centaine de fleurs dans sa véranda, dont il connait les noms latins. La seconde fait des mots croisés. L’un des passe-temps favori, ce sont les puzzles. Mais un jour Kay ne retrouve plus certains mots, que Bout-de-Chou ramasse et enferme précieusement dans une boite. Au fil des saisons, Kay perd de plus en plus de mots, ne sait plus où il est, et quitte la maison  en chaussons  par une nuit d’hiver. Gerda prend alors conscience de ce qui se passe, et Bout-de-Chou a l’idée d’une fête pour Kay.

Le sujet, on le voit, est sérieux, mais il est ici traité avec poésie, à hauteur d’enfant. En effet, c’est la fillette la narratrice, que la dernière phrase, au présent, montre comme en filigrane à l’âge adulte, gardant encore vivace le souvenir de son grand-père amoureux des fleurs et des mots. L’album aborde avec tendresse les relations entre grands-parents et petite fille, au travers des rites d’un cocon familial chaud et plein d’amour, même lorsque la maladie se déclare. Maladie non nommée, bien sûr, mais évoquée à travers ses symptômes : la perte de mémoire, la perte de repères, et la réaction des autres, comme la volonté de ne rien voir de la grand-mère. Les illustrations accompagnent cette dégradation du grand-père, la suggérant au travers des mots écrits sur le sol, puis de couleurs qui se refroidissent avec l’arrivée de l’hiver et la progression de la maladie, mais aussi au travers des fleurs, luxuriantes dans les premières pages, et qui fanent de plus en plus. La fin n’est pas pessimiste : les couleurs reviennent lorsque la grand-mère prend conscience de la situation, et métaphoriquement décide de s’occuper des fleurs, tandis que le grand père retombe en enfance, symbolisée par le lapin de ses souvenirs que Bout-de-Chou lui offre et qu’il caresse. Les illustrations, particulièrement travaillées, offrent à voir et comprendre avec sensibilité ce que le texte évoque.

L’album joue donc sur une émotion retenue, perceptible surtout dans la dernière phrase, pour évoquer le drame que constitue pour l’individu et ses proches la maladie d’Alzheimer – une partie du prix de vente est d’ailleurs renversée à l’Association France Alzheimer. Il ne se veut ni misérabiliste, ni tragique, occulte bien sûr certains aspects, mais choisit de mettre l’accent sur les relations entre les personnages et les réactions pleines d’amour de l’enfant face à ce qui le dépasse et qu’il ne comprend pas.

Deux fleurs en hiver

Deux fleurs en hiver
Delphine Pessin
Romans Didier Jeunesse 2020,

 

 EPHAD, fin ou début.

 Maryse Vuillermet

 

 

 

Capucine, élève du lycée Mermoz, vient faire son stage dans l’EPHAD du Bel Air. Elle a les cheveux bleus, ou rouges, suivant les jours et suivant la couleur de la perruque qu’elle choisit. Le même jour, y entre madame Florent, institutrice à la retraite,  « pour sa sécurité « .

Capucine a toujours eu la vocation d’aider les personnes âgées, encadrée par une aide-soignante énergique et drôle, elle  se sent  » utile et à sa place. » Mais elle découvre le rythme harassant de son travail et la manque de temps qui rend les rapports avec les pensionnaires inhumains. Madame Florent déprime car elle a dû abandonner son chat qui s’est enfui au moment de son départ. Capucine, avec patience et tact,  arrive à percer sa carapace de tristesse, comprend sa détresse et, parce qu’elle  aussi a un secret, va tout faire pour l’aider.

C’est un roman touchant sur un monde peu décrit dans la littérature jeunesse et pour cause ! le monde des vieux, Capucine trouve que le mot « senior » est ridicule,  « Contrairement aux autres lycéens, je ne redoutais pas de travailler avec les seniors, ça, c’est le terme politiquement correct pour désigner les personnes âgées, je trouve ça crétin, on dit aussi « les pensionnaires », « les anciens » moi, je préfère « les vieux ». Il n’y a rien de dégradant à dire qu’ils sont vieux, c’est un fait, voilà tout. C’est même plutôt beau, quand on y pense, d’avoir déroulé le fil d’une vie et de se tenir au bout ; quand on est vieux, on a vécu, aimé, chialé, on a été courageux lâche, idiot et amoureux. On s’est trompé, on a choisi, qu’est-ce qu’il y a de mal à le dire franchement? »

Rien n‘est édulcoré, les conditions de travail des soignants, leur vocation mise à mal par la réalité, la solitude et l’abandon des personnes âgées et, malgré tout, l’étincelle de l’amitié intergénérationnelle.

La Brodeuse d’histoires

La Brodeuse d’histoires
Martina Aranda
CotCotCot éditions, 2019

Coudre le sens

Par Anne-Marie Mercier

Mila a déménagé. Ses livres sont toujours dans des cartons, elle est un peu désœuvrée tandis que les adultes œuvrent à tout mettre en ordre. Elle fait la connaissance de la voisine du rez-de-chaussée. Elle brode des fleurs à longueur de journée, mais à Mila elle raconte des histoires, en commençant par la vie des artistes du quartier, mais elle refuse de lire de nouvelles histoires, et Mila découvre qu’elle n’a ouvert aucune des lettres qu’elle a reçues depuis la mort de son mari et que sa vie s’est arrêtée.
Le mystère n’est pas éclairci, tout est laissé en suspens, délicatement. L’implicite est également dans les illustrations, délicates, incomplètes, laissant des blancs entre les éléments simples et proposant de rares touches de couleurs comme autant d’indices pour saisir la vie de cette femme.

13 Martin à Noël

13 Martin à Noël
Sophie Marvaud
Poulpe fictions, 2019

Noël au château (vide)

Par Anne-Marie Mercier

Nous découvrons une nouvelle maison d’édition, au slogan attirant : « Poulpe Fictions, le label venu des profondeurs pour chatouiller les lecteurs ! ». Le chatouillis est bien la marque de cette maison rattachée à Edi8 qui privilégie l’humour et propose des œuvres de différents genres (espionnage, fantasy, aventures, roman réaliste…) bousculant les stéréotypes par l’humour et les décalages.
13 Martin à Noël illustre en tout cas cette pente : l’idée de départ est originale et joue sur la banalité du nom de Martin, qui serait, dit-on, le nom de famille le plus porté en France.
Sébastien Martin reçoit une lettre d’une inconnue nommée Marie-Adélaïde de Bellevue qui l’invite à venir dans son château de Bellevue pour Noël, avec sa femme, ses deux enfants (dont la narratrice, Joy) et son père, qu’elle semble connaitre (celui-ci, en voyage au loin, ne peut les renseigner).  Une fois arrivés, ils découvrent qu’ils ne sont pas les seuls invités : il y a treize familles (52 personnes) conviées par la même lettre, treize familles dont le père est nommé Sébastien Martin. Quant à Adélaïde, elle reste introuvable, même si elle leur a laissé des indications, des victuailles et la promesse qu’elle arrivera avant minuit… Les Martin s’organisent et montrent une belle solidarité pour faire malgré tout une fête avec les provisions laissées par la châtelaine, de l’imagination et le talent de chacun.
Les mystères sont dévoilés au fur et à mesure, tandis que d’autres apparaissent. Joy se lance, avec son frère et sa nouvelle amie dans plusieurs aventures nocturnes dans le château qui semble abandonné, mais pas tout à fait (frissons garantis), et dans le grand parc envahi de ronces…

 Le site de Pouple fictions est très bien fait, on y découvre de nouveaux auteurs mais aussi d’autres plus connus (Clémentine Beauvais, Geneviève Brisac, Alice Brière-Haquet, Charlotte Bousquet…). Les enseignants ont leur « coin », avec des présentations d’ouvrages, des vidéos et des fiches – pardon, des « contenus », la distinction est intéressante – pédagogiques (le document que j’ai consulté sur La Revanche des princesses est bien fait, orienté vers l’égalité filles-garçons, comme d’autres titres mettant en scène des filles : Le Poulpe semble s’adresser surtout à des lectrices).

 

La Reine du Niagara

La Reine du Niagara
Chris Van Allsburg
L’école des loisirs, 2013

L’art de la chute

Par Anne-Marie Mercier

lareineduniagaraConnaissez-vous Annie Edson Taylor ? Savez-vous que descendre les chutes du Niagara est un exploit que certains  ont réalisé ? et que la première a été une femme ? qu’elle avait 62 ans, était professeur de maintien (ou de bonnes manières si vous voulez), et a accompli cela dans un tonneau, en 1901 ?

C’est un fait réel étonnant que saisit ici Van Allsburg, moins étonnant que les récits teintés de fantastique qu’il propose habituellement, mais les images sépia qui l’accompagnent mettent en valeur la dignité de la dame, la jeunesse de son regard, l’idée qu’à cœur vaillant rien d’impossible et la personnalité du tonneau (oui, oui)… qui semble parfois être le héros de l’histoire comme l’était ailleurs un balai (on remarque au bord d’une page un piano qui joue presque seul).

Si cet exploit a comme tous les records une allure dérisoire augmentée par l’échec financier qui a suivi, les propos d’Annie à la fin de sa vie sont une belle « chute » : une leçon sur ce qui anime les « conquérants de l’inutile », en rapport avec l’esprit d’enfance, et une question que chacun, jeune ou vieux, peut se poser jusqu’au bout : jusqu’où notre courage sera-t-il capable de nous conduire ?

Le Bateau vert

Le Bateau vert
Quentin Blake
Gallimard (l’heure des histoires), 2012

La mer dans un jardin

Par Yann Leblanc

LebateauvertQuand le jardin d’à côté se fait espace à découvrir, bateau à aborder, tempête… les vacances les plus ternes sont métamorphosées, tout comme les formes et les choses.

Tout cela sous le signe de la nostalgie d’une enfance vue comme un paradis perdu.

Pour les enseignants qui veulent préparer leurs élèves à des vacances à la campagne, voir le site lectures primaires, une entrée intelligente dans cet album aux allures si simples, et pourtant… Et pour les parents qui hésitent entre la mer ou la campagne, l’idée que ce n’est pas le cadre qui fait la réussite des vacances, mais ce qu’on y met.

Plan B pour l’été

Plan B pour l’été
Hélène Vignal

Rouergue (doAdo), 2012

Magnifique leçon de vie!

par Maryse Vuillermet

 

Commencé à reculons, à cause du tire que je trouve un peu trop djeune, et accrocheur, j’ai adoré ce roman d’Hélène Vignal.

Je l’ai lu d’une traite, parce que l’intrigue, qui parait au début superficielle, devient vite très profonde et les personnages très attachants.

La mère de Louise lui a promis de l’emmener en vacances en camping avec son copain Théo (drôle, adorable, homosexuel très malheureux de devoir de cacher) mais au dernier moment,  son travail la rappelle à Paris. La seule solution est que la grand-mère,  Jamie,   accepte de changer ses habitudes,  de quitter sa vie très rangée, ses amis, ses fleurs et ses tisanes mais c’est impossible, le moindre changement la panique, elle se réfugie dans ses habitudes. De plus, elle se trouve trop vieille pour camper.

Louise a tellement envie de partir comme elle l’a  tant rêvé et de soustraire Théo à son horrible famille qu’elle va essayer de convaincre sa grand-mère,  de la faire changer d’avis. Pour cela,  elle doit percer son secret,  comprendre pourquoi elle est devenue si triste et si craintive. C’est là que l’intrigue devient une  enquête au fond du passé de Jamie, à la recherche de sa joie de vivre perdue.

 Louise soulève la poussière des malles, trouve des photos, des documents, comprend que  le jeune et beau mari de Jamie a été détruit par la guerre d’Algérie et en  est revenu en morceaux. Jamie a élevé seule sa fille, elle s’est endurcie. Il faut casser sa carapace, et Louise parle, parle, la fait parler, la bouscule parfois, pour sauver son été mais aussi pour la sauver elle aussi de sa non-vie. Et c’est urgent !

Et quand Jamie se décide enfin à partir,  les découvertes ne sont pas terminées, la vraie vie commence, la recherche du bonheur peut commencer même à 72 ans !

Le Magasin de souvenirs

Le Magasin de souvenirs
Jeanne Taboni Miserazzi, Didier Jean & Zad
Illustrations ISALY
2 Vives Voix

Un dérouleur de souvenirs…

Par Chantal Magne-Ville

La plongée dans les souvenirs d’enfance est au cœur de ce tendre album, avec l’histoire attachante de Célia et de son arrière grand-mère, Mamine. Lors d’une incursion au grenier, la petite fille a découvert un coffre à jouets et désormais, à chaque visite, un objet fait resurgir anecdotes et souvenirs d’enfance de l’arrière grand-mère. La connivence entre les deux est perceptible. Hélas, sa mère lui apprend un jour que cette dernière perd parfois la mémoire.

Le magasin des souvenirs qui appartient à la collection bien nommée Bisous de famille, a un format élégamment étiré sur la verticale qui attire immédiatement le regard par une palette originale où se détachent des visages empreints de douceur. Mais c’est d’abord le choix du  thème, encore assez  rarement abordé avec les très jeunes enfants, que l’on retient : celui du lien intergénérationnel, non pas avec les grands-parents mais avec les arrière-grands-parents. De même que dans le petit roman Mon cœur n’oublie jamais d’Agnès De Lestrade, destiné à des plus grands, l’histoire séduit et évite avec bonheur l’écueil du didactisme que le petit encart final sur la maladie d’Alzheimer aurait pu laisser craindre.

Le texte aborde très simplement et directement la question de la perte de mémoire et de la dépendance, à travers le point de vue de la fillette, tout en offrant une réparation symbolique  étonnante, avec la trouvaille heureuse de Madame Sognia, sorte de fée contemporaine, capable de conserver la trace des souvenirs de chacun dans ses parchemins, ce qui permet un renversement des rôles. Désormais ce sera la fillette qui aidera son arrière-grand-mère à retrouver ses souvenirs. Quant au motif du grenier, où chaque jouet retrouvé ranime le passé et ses jeux, il est plus convenu mais demeure efficace. Il faut dire que le texte est remarquablement servi par une illustration toute en nuances sur un papier épais qui magnifie les couleurs. Le trait s’étire dans une esthétique un peu japonisante, avec des visages blanchis et agrandis, légèrement étirés, où la moindre mimique donne à voir la sensibilité du personnage, et met en évidence les regards. La construction des images est particulièrement efficace avec notamment des contre plongées étonnantes pour illustrer les méandres de la mémoire. Sur un fond d’aquarelle, les rehauts de couleur sont du plus bel effet. Un album au message profond, qui pacifie autant les petits que les grands, sans doute accessible dès 5 ou 6 ans, mais que l’on comprendra mieux en prenant de l’âge.

Comment bien rater ses vacances

Comment bien rater ses vacances
Anne Percin

Rouergue (doAdo noir), 2010

En fait, comment grandir

par Maryse Vuillermet

comment rater ses vacances.jpgAu début de ma lecture, j’ai été un peu agacée par un langage « djeun » un peu lassant et qui m’a semblé outré, par un personnage d’adolescent maussade, solitaire, mal dans sa peau,  comme on en a déjà beaucoup rencontré dans la littérature  pour la jeunesse : il passe sa vie devant son ordinateur, il joue de la guitare, il ne communique que sur face book sous un pseudo. Et puis, tout à coup, alors qu’il est tranquillement en vacances chez sa grand-mère, une série de petites catastrophes l’obligent à sortir de ses habitudes et de sa coquille. Sa grand’mère a une attaque cardiaque et tout s’enchaine et se déchaine contre notre héros. Et là, le charme opère, on est pris dans le récit. Mais Maxime, d’épreuve en épreuve, de rencontre réelle à l’hôpital  et dans l’entourage de sa grand-mère, ou virtuelles sur face book, finit par prendre des initiatives, des décisions, se livrer un peu, s’intéresser un peu aux autres, bref grandir et découvrir qu’il n’est pas plus si seul. C’est je crois ce qu’on appelle un roman d’apprentissage.