L’Empire des auras

L’Empire des auras
Nadia Coste

Editions du Seuil, 2016

Des rouges à l’âme

Par Matthieu Freyheit

On pourrait regretter quelques lourdeurs de style et des ficelles grossières, n’était la pertinence du propos qui permet au roman de Nadia Coste de gagner progressivement en intensité.

2059. Des scientifiques ont découvert l’existence d’une aura humaine, bleue d’abord, et passant au rouge chez une partie de la population. Si l’aura est là, les raisons de sa présence et de sa fluctuation (la « bascule » du bleu au rouge) ne connaissent quant à elles pas d’explication. Comme souvent, la découverte scientifique fait l’objet d’une appropriation sociale propre à installer de nouveaux comportements, de nouvelles habitudes, et de nouvelles hiérarchies. Quand l’aura bleue laisse supposer une conscience sans tache, l’aura rouge se voit criminalisée, offrant une nouvelle jeunesse et un nouveau visage aux passions dix-neuvièmistes pour les théories des criminels-nés. Le roman de Nadia Coste s’inscrit dans la lignée des fictions et travaux consacrés au posthumain à partir d’une réflexion sur les conséquences de notre poussé technologique et des questionnements induits quant à la définition de notre humanité. Au-delà de l’habituelle idylle adolescente, des conflits générationnels, et de la traditionnelle figure du savant fou, l’intérêt de la proposition de Coste est de produire un éloge de la culpabilité, à l’heure même où, en France notamment, le débat se cristallise autour de la question de la repentance. Que se passera-t-il, en effet, quand nous cesserons de regretter ? Sans culpabilité, Chloé, héroïne du roman, découvre cette insoutenable légèreté de l’être théorisée par Kundera.

Au-delà d’une forme somme toute très conventionnelle, c’est donc par le fond qu’il importe de se saisir de ce livre qui permet d’aborder des enjeux contemporains essentiels. Et si les ficelles sont parfois trop visibles, sans doute est-ce le signe d’un besoin de clarté et d’évidence quand les conséquences d’une rupture dans la société semblent parfois être oubliées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *