même pas en rêve Vivien Bessières

même pas en rêve
Vivien Bessières
Rouergue, doado, 2019

Qui a dit que l’adolescence était le plus bel âge de la vie ?

Maryse Vuillermet

Pour Tim, adolescent, rien n’est facile et rien ne lui est épargné. Trop gros puis anorexique, timide, et rêveur, il est vite la proie et la victime des très méchants de l’internat.
Brimades, insultes, harcèlement, quand il croit apercevoir une lueur d’espoir sous la forme d’un petit mot de sa voisine de table, c’est encore pire, et il s’enfonce, il ne résiste plus, il subit.
Mais dans sa chambre, il y a Louis, le contraire de Tim, beau, fort, riche, impressionnant et Louis le défend, le protège et ils deviennent amis. Ensemble, ils sortent, se droguent, se battent…
Jusqu’au jour où Louis couche avec celle que Tim aime.
La trahison le fait replonger dans l’enfer, car,  sans protecteur, il touche le fond…
Mais Louis, le beau Louis a un secret, ou un problème, et si sa froideur n’était pas normale ?
On ne s’ennuie pas une seconde, les événements se succèdent à un rythme soutenu, mais c’est le thème de l’amitié qui rend ces personnages et cette histoire très attachants.
Un roman cru et réaliste pour ados avertis.

Festival de la Première Oeuvre de littérature de Jeunesse

Le Festival de la Première Oeuvre de littérature de Jeunesse, organisé par le CRILJ01, fête, cette année, sa dixième édition. Suite au vote des Comités de lecture sont invités :
Lisa Blumen pour Gros Ours (Kilowatt) dans la catégorie des 3-5 ans
Richard Petitsigne pour Le pirate le plus terrible du monde (P’tit Glénat) dans la catégorie des 6-9 ans
Gally Lauteur pour Ne m’appelez pas Blanche-Neige (Hachette) dans la catégorie des 13 ans et plus

Vous pourrez aussi rencontrer, dans le cadre d’un partenariat avec le Réseau de Lecture Publique la marraine du Festival, Florence HINCKEL et Alex SANDERS 
à la Médiathèque Vailland à 18h30 le vendredi 7 juin

Renversante

Renversante
Florence Hinckel
Ecole des loisirs –Neuf – 2019

Monde à l’envers ?

Par Michel Driol

Les deux jumeaux Léa et Tom vivent dans un monde où le féminin l’emporte sur le masculin, où la majorité des rues et des établissements scolaires portent des noms de femmes, et où ce sont les hommes qui s’occupent des enfants. Bien sûr ce sont les filles qui jouent au foot alors que les garçons jouent en périphérie de la cour à l’élastique. Et ainsi de suite… Dans le monde de Léa et Tom, nos stéréotypes de genre sont inversés, mais certains hommes pensent à un autre monde possible, tandis que Léa et Tom prennent conscience de ce que leur société a d’injuste.

Florence Hinckel propose là  un petit roman réjouissant  en prenant à rebrousse-poil notre langue et certains de nos comportements. Si la norme est le mot poétesse, certains trouvent le mot poète très laid, car il fait pouet, pouet… Il s’agit, on le voit, de proposer des contre stéréotypes dans tous les domaines : langue, vie quotidienne, travail, littérature, art…  pour nous conduire à réfléchir sur les nôtres, et s’interroger sur les inégalités entre hommes et femmes. Tout est vu du point de vue de Léa qui vit avec une double contrainte : assumer son rôle social de femme et défendre et protéger son frère. Une mention particulière pour les deux parents qui militent eux aussi pour établir d’autres relations, plus équilibrées, entre hommes et femmes. Car il est ridicule de vouloir une société qui fonctionne sur la domination des uns sur les autres.

On apprécie en particulier la démonstration par l’absurde et la façon dont le roman rend compte d’une idéologie à l’envers de la nôtre, qui trouve donc naturel que les hommes s’occupent des enfants – en le justifiant par des arguments  qui paraissent solides – et nous conduit à nous interroger sur ce qu’il y a de culturel dans la construction du genre dans notre société.

Un roman facile à lire qui permettra d’engager la discussion sur les relations filles –garçons, et qui plaide pour une société plus égalitaire.

Laughton

Laughton
Stéphane Jaubertie
Editions Théâtrales Jeunesse

L’automne, et puis…

Par Michel Driol

La naissance de Laughton  a lieu entre la scène 1, où l’on assiste au départ de l’Homme, et la scène 2, où on le voit revenir un peu moins d’un an plus tard. Mais il ne reconnait pas Laughton. Laughton grandit, entouré de la femme, sa mère, qui passe son temps à écrire, de l’Ours – qu’il appelle Papa – , qui ramasse les feuilles mortes, de son petit frère – personnage absent – et de Vivi, une fillette de son âge, qui n’a pas la langue dans sa poche. Seul dans sa famille, cherchant l’amour de ses proches, Laughton s’en va… si l’on en croit la mère, à la fin, dans une maison de santé

Après Létée et Livère, voici Laughton. Les deux premières pièces avaient comme héroïnes des filles qui, pour différentes raisons, changeaient de famille. Laughton, lui, est un garçon, malaimé par les adultes qui n’écoutent que leurs peurs ou leurs désirs. Laughton cherche à exister dans cette famille, à attirer l’attention sur lui, à aider. Mais, avec brutalité, les adultes le rejettent. Quant à Vivi, qui dira à la fin s’appeler Marie Antoinette, elle le surnomme Plouc. Elle se veut unique, prétend habiter une grande et belle maison, appartenir à la bonne société… Mais est-ce si sûr ?

On le voit, le texte met en scène les relations familiales, sociales, et la parole, à travers une alternance de scènes et de monologues de Laughton. A défaut de pouvoir parler aux autres, Laughton se parle et se dit. Le texte montre une parole refusée, une parole tentée, une parole sur le théâtre aussi dans une étonnante scène où Vivi donne son point de vue très négatif sur le théâtre : ça raconte mal, on n’y comprend rien, ils gueulent comme des vaches. Où se trouve la vérité ? Que peut-on en saisir ? Sommes-nous condamnés à la solitude ? Et pourtant la fin est optimiste : la mère semble avoir compris qu’elle doit parler, raconter à Laughton, révéler les secrets… Mais le pourrait-elle ? la pièce ne le dit pas.

Avec Laughton, Stéphane Jaubertie continue son exploration sensible de ce qu’est trouver sa place au monde…

Les Mystères d’Héraclite

Les Mystères d’Héraclite
Racontés par Yves Marchand, ill. de Donatien Mary
Les Petits Platons, 2015

Philosophie du flux et du feu

Par Anne-Marie Mercier

Dans ce nouvel ouvrage des Petits Platons, nous rencontrons Héraclite, le philosophe de l’instabilité des choses. Héraclite d’Éphèse raconte sa vie. Son père est riche et partisan des traditions; il augure le meilleur pour son fils, s’il suit ses traces et honore Déméter. Héraclite part à Éleusis pour être ainsi initié aux Mystères, gagner l’immortalité, ce qui lui donnera un accès aux hautes sphères de la société, et par là l’acceptation du père de sa belle pour leur mariage. L’initiation est terrifiante, et suivie d’hallucinations. La plus persistante lui fait voir les humains en animaux.
« Chacun a des désirs selon son espèce. Et certainement, dans les parties chaudes de nos pelages les poux et les puces ont-ils des temples avec des initiés qui font des demandes de poils. Mais nous les hommes, sommes-nous différents quand nous demandons de l’or, des moissons abondantes ou des victoires militaires ? Nous donnons des formes humaines à nos dieux pour leur mettre dans la bouche des paroles humaines. »
Il retient cette leçon de la déesse : « Moi, la déesse de la nature, je ne suis pas dans ce sanctuaire » et cette réflexion pour la suite de sa vie : « Nous voyons la nature par l’étroite lucarne de nos plaisirs. Nous voulons le meilleur sans le pire, une vie de luxe et de plaisir. La nature est un mouvement incessant entre des contraires, mais nous prions Déméter pour qu’elle se fige en fonction de nos intérêts ». Pensée, arts, musique, tout est soumis au flux, à l’équilibres des contraires, tout passe et la nature est partout. Elle joue avec la vie des hommes, sans colère.
Héraclite abandonne le monde qu’il a trop percé à jour et part écrire ce qu’il a découvert. Le début de son récit était plein d’allant et d’espoir, à la fin est désabusée mais serein, itinéraire de toute une vie à philosopher. Ce petit texte captive par la voix de son narrateur, un jeune homme en proie au doute et en quête de vérité.

Le Voyage

Le Voyage
Caroline Pelissier, Mathias Friman
Seuil jeunesse, 2018

Safari chez les enfants

Par Anne-Marie Mercier

Trois amis sont las de philosopher en rond et décident de mener un voyage d’exploration afin de combler les lacunes de leur encyclopédie et rapporter à leur Académie de nouveaux savoirs.
Récit d’exploration à la manière des Derniers géants de François Place ?  Pas vraiment, car ces personnages sont un lion, une girafe et un hippopotame. Ils quittent leur savane dans le ventre d’un grand cétacé, qui vole… grâce à un assemblage de ballons ! Ils partent ainsi  à la recherche d’un être fabuleux… l’enfant.
Arrivés à Paris, ils enquêtent discrètement en se mêlant à la population d’un zoo. Ils découvrent ainsi, par l’expérience autant que par les témoignages des autochtones (les animaux du zoo), les mœurs de ces curieux animaux. On retrouve le renversement opéré par Alain Serres : si celui-ci l’avait fait de manière plus radicale et permettant de remettre en cause le regard porté par l’enfant sur l’animal — et l’usage des animaux dans les classes, dans Le Petit humain, cet album en propose une version rieuse et distanciée.
Les dessin à la plume avec quelques rehauts de couleurs sont d’une grande finesse, pleins de gaieté et de sérénité.

 

 

 

La Mer !

La Mer !
Piotr Karski
Traduit (polonais) par Lydia Waleryszak
De La Martinière jeunesse, 2018

Sur place ou à emporter?

Par Anne-Marie Mercier

La Mer ! Tout un programme, plus encore qu’on ne croirait, même si ce n’est pas de saison ces jours-ci (aurant anticiper ou rêver aux prochaines vacances ensoleillées…) .
La mer n’est pas que la plage, c’est une immensité. Les pages de garde qui proposent au lecteur de retracer le périple de Magellan sur un double planisphère annoncent le propos : c’est sérieux et c’est un espace pour jouer, réfléchir, dessiner, rêver, apprendre…

Chaque double page ouvre un aspect autre de cet univers : on apprend (en les faisant!) comment faire des nœuds marins, comment repérer un phare, les bizarreries des animaux, les vents, on dessine les nuages et les intempéries, on trace son chemin dans les grands fonds, on observe ce qui vit dans les petites flaques ; on fabrique des jeux, des méduses, des sacs à mains pour des sirènes et des sacs de marin pour des navigateurs solitaires…

C’est beau, intelligent, inventif. Si vous êtes à la mer avec un enfant, et si les délices de la plage et des amis ne le comblent pas entièrement, il ne s’ennuiera jamais. Si vous n’y êtes pas, il en saura beaucoup plus qu’un autre qui y aura été sans rien voir.

Encyclopédie tout autant que livre-jeu, livre d’activité, de coloriage de bricolage, c’est un livre monde qui donne envie de voyager avec les explorateurs et de se rêver explorateur soi-même.

Le Jour où je suis devenu un oiseau

Le Jour où je suis devenu un oiseau
Ingrid Chabbert, Guridi
Gallimard jeunesse, Giboulées, 2017

L’amour donne des ailes

Par Anne-Marie Mercier

Un enfant est amoureux. Celle qui l’aime ne le voit pas et ne s’intéresse pas à lui, mais elle aime les oiseaux. Alors, lui aussi les regarde, tente d’en devenir un, se déguise, ne quitte plus ses ailes, jusqu’à ce que le miracle arrive et qu’un tendre geste le dépouille de son costume. C’est une histoire toute simple d’apprivoisement, racontée avec un ton sérieux comme il se doit et peinte en quelques traits qui suffisent à dire l’action et l’émotion.

Chevalier Ned et les braillards

Chevalier Ned et les braillards
Brett et David McKee
Kaléidoscope, 2017

Des vertus de l’harmonie

Par Anne-Marie Mercier

Un roi, une mission, un chevalier et le tour est joué : Ned, parti chasser ceux qui saturent le pays de leurs hurlements part dans les bois ; il trouve successivement un troll, une sorcière, un loup, quelle coïncidence ! Eh bien contrairement à ce qu’on voit dans de nombreux ouvrages qui font de la salade de contes un argument de vente, ici, la coïncidence est dénoncée et Ned apparaît bien comme ce qu’il est : un gros naïf : ces personnages se sont donné le mot pour lui tendre un piège dans le bois car ce sont eux les braillards.

Ned sort de l’épreuve par le chant : l’harmonie subjugue les sauvages, comme dans la chanson.

Ce n’est pas le meilleur McKee, mais difficile de rivaliser avec les chefs d’œuvre d’antan ! Les monstres sont affreux à souhait, Ned impassible comme il se doit.