La Vérité sur les fantômes

La Vérité sur les fantômes
Lisa Blumen
Le Rouergue, 2020,

Toute la vérité ou presque

« La vérité » , quelle jolie proposition à propos d’un sujet pareil sur lequel toute la fantaisie est permise!
On revient sur les préjugés : non, ils ne se cachent pas sous des draps blancs, il y en a qui préfèrent les colorés. Non, ils ne savent pas dire que « Bouh » mais ils disent aussi « Bouhou », « BOOOOOOh », etc. Ils aiment faire des farces (la chaussette qui manque, c’est eux !) ; ils ont des émotions, sont trouillards, ont une famille, font des repas d’anniversaire, des pique-niques… Toujours recouverts de leurs draps de couleur.

Les dessins coloriés de Lisa Blumen nous font découvrir un quotidien très rassurant, tout en laissant en suspens la question fondamentale de savoir s’ils existent…

 

2050 Une Histoire du futur

2050 Une Histoire du futur
Thomas Harding
Seuil, 2020

« Si vous voulez plus demain, vivez moins aujourd’hui » : utopie ou dystopie ?

Par Anne-Marie Mercier

Pour présenter son histoire, Thomas Harding a recours à une vieille ficelle romanesque, celle du manuscrit trouvé. Il l’a greffée sur une thématique de science-fiction, celle du message envoyé dans le passé. Il publie donc des carnets écrits en 2050, trouvés dit-il dans des archives et envoyés à notre époque pour l’alerter sur son futur probable.
L’auteure des carnets, prénommée Billy, est une adolescente (née en 2035). Elle y a transcrit pour un projet scolaire des entretiens qu’elle a eus avec sa grand-mère, née en 1948. Ces carnets décrivent l’évolution du monde, et chaque titre de chapitre est un millésime, en suivant l’ordre chronologique ; chaque date est choisie pour mettre l’accent sur un basculement, revenant sur ce qui a précédé, parfois depuis le début du XXe siècle.  Ainsi on trouve des événements qui se sont produits dans des périodes connues du lecteur (l’évolution de la condition des femmes, la question des mères porteuses, les questions de genre, la pollution et la montée de l’écologie politique, les épidémies récentes, l’humanité augmentée, le retour des religions, le développement du web et des réseaux sociaux, les questions de cyber sécurité, les élections par correspondances et les craintes de fraude, la manipulation des opinions, la montée des populismes…) et d’autres, arrivés après 2020 mais qui sont présentés comme découlant directement de ce que nous vivons aujourd’hui.

On découvre progressivement que la jeune Billy, comme tous les humains de 2050,  vit dans une tour qui possède sa salle de sport et son parc, que tout y est recyclé, que les habitants sont nourris par des fruits et légumes issus de la serre locale et des sucres lents (riz et soja), tout cela cuisiné par des robots mixeurs à la maison ou, le soir, pour le diner en famille, à la cantine publique. À l’école, les cours sont dispensés par des robots qui s’adaptent à chaque enfant. Pendant les heures de sport, sur un vélo d’intérieur elle aime regarder derrière la vitre « la zone de bio-diversité interdite autour de la ville ». Elle devra étudier jusqu’à l’âge de 24 ans puis faire un service civique de trois ans. Son espérance de vie est de 120 ans environ. Tous les humains touchent un revenu universel et n’ont plus besoin de travailler, sauf pour satisfaire quelques envies. Toutes les données sont centralisées. Le monde est dominé par un Parlement mondial et par quelques dirigeants mystérieux, qui se nomment eux-mêmes les ethnarques. Mais malheur à ceux qui tentent de troubler cet ordre.

La qualité de ce livre, orienté sur l’idée devenue banale (mais toujours difficile à concevoir et à mettre en œuvre) d’une urgence face à une catastrophe climatique de plus en plus proche est qu’il présente un monde futur entre utopie et dystopie sans prendre une position tranchée et manichéenne : le monde est devenu tel parce que c’était ainsi que cela devait finir, vu l’état de notre présent ; certaines choses sont bonnes, d’autres non, et surtout les humains sont livrés à un état qui contrôle tout. Les carnets envoyés par Billy sont une bouteille à la mer envoyée aux humains de 2020 pour les alerter. Il y a de quoi nourrir la réflexion.
Le grand-mère raconte comment progressivement on a arrêté de manger de la viande, mais aussi d’avoir des animaux de compagnie et de voir des animaux dans les prés ; on a arrêté de pratiquer la plupart des sports, jugés dangereux ou coûteux en énergie ; comment les façons de s’habiller ont été radicalement modifiées ; comment le recours à des mères porteuses professionnelles s’est généralisé ; comment Billy (au prénom non genré comme tous les enfants de sa génération) a été sauvée d’un grave problème de santé grâce à la mutualisation de toutes les données, etc. Elle explique que si tous les humains doivent désormais vivre en autarcie dans des tours fermées, c’est pour contrôler les épidémies qui se sont répétées. Dès 2030, donc plus tôt que prévu, le réchauffement global est arrivé à plus de quatre degrés, la montée des eaux a provoqué la disparition d’iles et de villes, comme  Venise, d’une partie de Los Angeles, Hong Kong, Londres, etc. L’arrêt des énergies carbonées a été décidé brutalement pour éviter le pire, mais a été catastrophique pour une grande partie de la population. La multiplication de gouvernements populistes incapables de gérer la situation a engendré la fin des démocraties. La multiplication des épidémies, des émeutes, des guerres… et l’impossibilité de se défendre de cyber attaques a mené à la création du Parlement mondial.

Ce récit est accompagné de documents donnés par la grand-mère : articles de presse, photos, cartes postales, lettres… chargés d’authentifier ce qu’elle raconte, y compris dans les années postérieures à 2020. Les affiches de propagande sont particulièrement réussies, très proches de ce qui existe aujourd’hui et juste un peu en avance par rapport à notre temps.
La réflexion sur la langue est également très intéressante : de nombreux mots utilisés par la grand-mère ne figurent pas dans le « tout en un » (l’équivalent de nos smartphones) de Billy, et parfois pas dans le dictionnaire papier qu’elle lui a offert, daté de 1978, celui d’Oxford, en deux volumes (avec la loupe pour le lire) : changements de sens, désinformation, trahison, usure… il y a de nombreuses raisons liées à la disparition de mots et à l’apparition de nouveaux et Billy progresse en sagesse linguistique et politique.

Thomas Harding tente de donner à  tous ces éléments factuels ou théoriques une dynamique romanesque en évoquant le personnage de l’un des fils de la grand-mère, dont elle ne veut pas parler, au début. Parallèlement à ses entretiens, Billy enquête sur son oncle, dont ses parents ne parlent jamais non plus, ce qui la conduit vers l’histoire des militants qui se sont opposés à ce nouvel ordre mondial et l’amène à une nouvelle façon de voir le monde… et sa grand-mère.
Ce complément ajoute peu à l’ouvrage, et la transformation de Billy, enfant contente de son sort et de son monde, qui devient en quelques jours lanceuse d’alerte et brave la police semble bien rapide. Mais ces concessions à l’âge du lecteur sont sans doute bien venues pour ceux qui pourraient décrocher ou se dire : « et alors ? ». Cela dit, à part le message qui enjoint de sauver la planète, de nombreuses questions restent sans réponse. Mais elles ont le mérite d’avoir été posées et de laisser le lecteur face à ses propres choix futurs, dans bien des domaines.

Princesse Pimprenelle se marie

Princesse Pimprenelle se marie
Brigitte Minne – Trui Chielens
Cotcotcot éditions 2020

Elles se marièrent et eurent beaucoup d’enfants…

Par Michel Driol

Toutes les servantes préparent Princesse Primprenelle qui doit choisir un prince sur son cheval blanc. Mais aucun ne fait battre son cœur jusqu’à ce qu’arrive Princesse Aliénor sur son cheval noir. C’est le coup de foudre. Mais quand Aliénor demande à Pimprenelle de l’épouser, c’est un scandale au palais. Heureusement, la sage Sophie assure au roi et à la reine que l’important, c’est qu’elles s’aiment. Convaincus, les parents autorisent le mariage. Quant à avoir des enfants, Sophie explique qu’il y a deux façons, l’adoption, ou la PMA… dans des termes compréhensibles pour les enfants !

L’album utilise les ressources et les stéréotypes du conte – la princesse, les rituels de recherche du Prince parfait, la cour – pour lutter contre les préjugés. Il oppose la foule des courtisans, serviteurs, prompts à se rallier à l’opinion royale et la sagesse, incarnée par Sophie, qui éclaire le pouvoir, et légitime le mariage. Le dispositif permet ainsi de mettre en abyme les lecteurs et leur opinion, qui pourront se reconnaitre dans l’un ou l’autre des personnages, et, s’ils se reconnaissent dans la foule des courtisans, de comprendre leurs propres préjugés. Ce sujet sérieux est traité avec fantaisie et une légèreté de ton qui vise à le dédramatiser : on rate des plats en cuisine, on bredouille, on joue sur les clichés de la passion et de l’amour (dans l’expression du coup de foudre ou l’amour entre le roi et la reine), sur les stéréotypes du mariage et de la préparation de la femme (dans les premières pages où l’on fait belle la Princesse pour le grand jour). On le voit, l’album ne manque pas d’humour ! Les illustrations, sur papier volontairement vieilli, allient un côté très traditionnel et très contemporain où l’on semble croiser Chagall ou Picasso dans des décors de château fort ou d’oasis – façon de jouer avec l’intemporel.

Un texte pour toutes les princesses qui veulent sortir les sentiers battus, et pour toutes celles et ceux qui souhaitent aborder avec les enfants la question des personnes LGBT en faisant un pas de côté plein d’humour et de tendresse.

Un nom de bête féroce

Un nom de bête féroce
Jean-Baptiste Labrune, Marine Rivoal
Rouergue, 2020

Liberté animale

Par Anne-Marie Mercier

Le chat de l’enfant qui narre l’histoire s’appelle Belzébuth, «un nom de bête féroce », mais l’enfant l’appelle Minou et le voit comme une gentille peluche protectrice. Il grandit avec lui. Puis, arrivé à l’âge de sept ans, l’enfant s‘en désintéresse un peu : il est pris par ses livres, et le chat se met à regarder par la fenêtre. Un jour, le chat disparait. Quand il réapparait, bien plus tard, il refuse de se laisser domestiquer à nouveau. Mais il est là, pas très loin.
Les images de Marine Rivoal sont remarquables dans leur traitement de l’histoire : le chat est posé avec une très belle encre de Chine dans les premières étapes, ce qui lui donne douceur et chaleur. Dans les pages suivantes, il disparait, se fond dans le paysage. La technique du pochoir et les tons de gris rehaussés d’orange créent une atmosphère obscure où le regard cherche, comme l’enfant, à discerner une ombre parmi les herbes ou les branches. La fin évoque un pacte d’amitié lointaine et respectueuse de la nature de chacun (chacun offrant à l’autre ce qu’il pense devoir lui être agréable).
Récit d’amour puis de deuil, et enfin d’acceptation de la liberté reprise, cet album est étonnant tant il sonne juste là où beaucoup d’autres sont faux : même si l’animal ne correspond pas toujours à ce que l’on attend de lui, sa proximité apporte beauté, tendresse, mystère, ce qui vaut bien quelques coups de griffe.
Feuilleter sur le site de l’éditeur

 

Le Portrait du lapin

Le Portrait du lapin
Emmanuel Trédez, Delphine Jacquot
Didier Jeunesse, 2020

Du l’art ou du cochon?

Par Anne-Marie Mercier

La couverture fait entrevoir bien des merveilles : un lapin qui sort d’un beau cadre ovale, endimanché comme celui d’Alice, entouré de portraits d’animaux, tous très élégants, à l’exception d’un renard au vêtement tâché de couleurs dont on devine qu’il est peintre, et d’un paon qui sort un peu du lot, on comprendra vite qu’il est davantage un symbole (celui de la vanité) qu’un personnage.
En effet, l’histoire narrée est une réécriture d’un conte de Grimm, « Les Habits neufs du grand-duc ». Un noble et riche lapin veut envoyer son portrait à la belle qu’il courtise et, suivant le conseil de son ami Cochon, engage Renard, artiste à la mode. Celui-ci, fameux pour ses monochromes, l’engage à poser nu et remet un tableau tout blanc qui fait l’admiration de tous les amis du lapin, lequel se croit obliger de voir quelque chose là où il n’y a rien.
L’argument est un peu tordu ; d’abord l’idée du nu est peu crédible et n’est pas du meilleur goût, d’autant plus que les costumes victoriens des personnages ne correspondent pas à cette pente, et est une fausse piste par rapport au conte de départ. On peut être aussi gêné que l’accusation de supercherie semble s’adresser à l’art contemporain dans son ensemble et mettre les fameux monochromes au rang de blagues. Mais l’absurdité générale finit par gagner : toute cette hsitoire n’est une vaste blague.
Les images de Delphine Jacquot sont un régal et proposent une mini histoire de l’art, avec des images qui représentent de « vrais » tableaux (enfin des copies sommaires) et d’autres des scènes dignes d’Alice au pays de merveilles.

Matin Minet.  Les cailloux

Matin Minet.  Les cailloux
Anne Herbauts
Pastel , l’école des loisirs, 2020

Du cailloux à la montagne

Par Anne-Marie Mercier

Matin Minet (qui est un chat comme son nom l’indique) se lève tôt (comme son nom l’indique aussi) avec son ami Hadek, le charançon (comme son nom ne l’indique pas, enfin je crois).
Un beau matin… suit une découverte de beaux cailloux qu’ils transportent, transformant un petit sentier aride en chemin de flore et de faune, d’art et de rencontres.
Tout cela est très beau, raconté à travers des phrases simples et de grands traits d’aquarelle, des crayonnés fins, des pastels gras, toutes sortes de matériaux pour créer un petit univers charmant, nourri par le talent d’Anne Herbauts.

Le Noël du père Noël

Le Noël du père Noël
Camille von Rosenschild, Alice Gravier
De la Martinière jeunesse, 2020

Tuer le père (Noël) ?

Par Anne-Marie Mercier

Les illustrations réalistes d’ Alice Gravier ont un petit côté vintage, proche des images de Noël d’autrefois et sont réalisées dans un style « ligne claire », proche de la BD, et joliment colorées. Elles fournissent beaucoup de détails : on n’ignore rien des bretelles et des caleçons du Père Noël, de son intérieur où une mère Noël d’allure jeune lit au coin du feu. La nuit étoilée et la neige sont rendues avec poésie.
Le personnage du Père Noël est bien abimé dans cette histoire : il est représenté comme un gamin insupportable avec tous les mauvais côtés du cliché : capricieux, impatient, impossible à raisonner etc. Il y a de quoi s’inquiéter : pourra-t-on « sauver Noël » ? Heureusement, la mère Noël est là. Ca fera sans doute rire les enfants, mais on peut s’interroger sur l’intérêt qu’il y a à détrôner cette dernière figure masculine respectée : après les loups ridicules, les vampires gentils, les princes mous, que restera-t-il?
La plus grande originalité de cet album  réside dans sa forme : la couverture et les pages suivent une découpe qui imite la forme d’un paquet cadeau surmonté d’un gros ruban rouge.

Pour rappel : On peut aussi relire ou offrir le merveilleux Boréal express de Chris Van Allsburg, qui ne tourne pas le dos au mythe du père Noël tout en le revisitant, ou bien chercher une image moderne et drôle de celui-ci dans l’album récent de Nadja, Le Fils du Père Noël, où celui qui fait l’enfant est l’enfant, et non le père.

Le Jardin d’Abdul Gasazi

Le Jardin d’Abdul Gasazi
Chris Van Allsburg
Traduit (anglais) par Christiane Duchesne
D’Eux, 2016

Retour au Jardin d’Abdul

Par Anne-Marie Mercier

Premier ouvrage de Chris Van Allsburg, superbe auteur-illustrateur, l’un des meilleurs de la fin du XXe siècle, Le Jardin d’Abdul Gasazi a obtenu la médaille Caldecott d’honneur en 1980. C’était une première étape vers la reconnaissance qui suivit, avec la médaille Caldecott pour deux autres albums, Jumanji (1981) et Boreal express (1986). Mais presque tous ses albums auraient mérité des prix, tant ils sont originaux et beaux.

On retrouve dans cette première œuvre un travail du noir et blanc très particulier, proche de celui de Jumanji, des Mystères de Harris Burdick, de Zathura, etc. Le fantastique, plus encore que dans ses autres albums, est discret : le lecteur, se fiant à la couverture, s’attend à quelque chose de plus spectaculaire et son attente sera trompée, quoique… L’incertitude qui plane sur la réalité de la magie est prégnante. L’errance du jeune héros parti à la poursuite d’un chien, dans ce jardin mystérieux dont l’entrée est justement interdite aux chiens, est nimbée de mystère et pleine de suspens : le propriétaire, Abdul Gasazi, a inscrit sur sa porte, avec son nom, la mention « magicien à la retraite », et cette inscription joue pour le jeune Alan le rôle que la couverture a joué pour le lecteur. Quant à la chute, nul ne peut avoir la certitude qu’elle exclut ou non l’étrangeté. Comme dans L’Épave du zéphyr ou dans Boréal Express un indice, dans la dernière page laisse l’élucidation en suspens.
Feuilleter sur le site de l’éditeur.

C’est un beau cadeau que nous offrent les éditions D’Eux, basées au Canada : cet album, publié en 1982 par L’école des loisirs était épuisé. Il nous revient dans une belle édition, avec des lettres dorées sur la couverture et un ruban, de même couleur, qui permet de refermer ces mystères.

 

 

Dinosaures

Dico Dino
Rapahël Fetjo
L’école des loisirs (Loulou et Cie), 2020

Le livre des secrets de mon dinosaure préféré
Maxime Derouen
Grasset jeunesse, 2020

Le compsognathus, l’oviraptor et le troodon

Par Anne-Marie Mercier

Le dinosaure, dont on sait qu’il a peuplé la terre pendant bien plus de temps que l’humanité – « 1665 millions d’années c’est-à-dire 50 fois plus » –, nous dit le Dico, ne se démode pas. Ces deux albums déclinent tous les deux le même thème, celui de leur extrême variété (taille, alimentation, milieu de vie, sociabilité…) et de leurs noms extraordinaires.

Rapahël Fetjo les présente en suivant l’ordre alphabétique, avec leurs caractéristiques dans un texte court, en page de gauche, et leur portrait, très stylisé et coloré, en page de droite, surmonté de bulles souvent humoristiques dans lesquelles ils lancent au lecteur des questions, déclarations, vantardises.

Maxime Derouen d’adresse à des lecteurs plus âgés. Il met en scène les dinosaures dans le cadre d’exposés d’élèves, chacun devant présenter son préféré. Si le petit hérisson a choisi le stégosaure, le petit crocodile a élu le baryonyx ; chacun décide en fonction de critères qui lui sont propres et que le lecteur doit deviner. Il y a même l’élève qui s’est trompé et a choisi un animal qui ne fait pas partie des dinosaures.
Tout cela est présenté dans un dispositif d’images séquentielles (BD) très souple où la case n’est pas une vraie frontière, parfois juste un cadre posé à côté d’autres et révélant une grande image. Couleurs vives, animaux caricaturaux, décor en chemin de fer qui évolue… il y a beaucoup de richesse et de couleurs autour de ces grands disparus.

Le Dernier Petit Singe

Le Dernier Petit Singe
Sarah Cohen-Scali
Casterman 2020

Piège diabolique ?

Par Michel Driol

Devant se rendre en voyage scolaire aux Etats-Unis, Karim voit sa photo d’identité refusée par l’agent chargé d’établir son passeport, qui l’envoie à trente kilomètres de là dans un centre commercial pour y faire LA bonne photo qui conviendra. Y arriver n’est pas aisé. Le GPS a du mal à fonctionner. Mais la cabine a un fonctionnement étrange : elle donne des pièces et des billets de 5 €, puis se transforme en un cube qui emprisonne le héros. Pour en réchapper, il est contraint d’accepter une mission. Commence alors un angoissant compte à rebours… qui conduit Karim une nuit, seul dans son appartement, à assister à d’étranges phénomènes.

Voilà un roman complexe qui s’inscrit parfaitement dans le genre fantastique et offre de nombreux rebondissements propres à maintenir une atmosphère inquiétante tout au long du récit. D’abord par les personnages, comme l’employée de la mairie, vieille femme à l’allure de sorcière malfaisante, qui va envoyer le héros en mission. Ensuite parce que la mission du héros ne se révèle à lui que par bribes : qui est la jeune fille à sauver dont il reçoit l’image ? Par l’atmosphère de peur qui envahit peu à peu le roman, et culmine dans cette soirée que le héros passe seul dans l’appartement de ses parents. Enfin parce que la Mal n’est pas là où on l’attendait, et renvoie au un mal présent dans notre société, que l’on ne révélera pas, bien sûr, ici. C’est ainsi que la fin du roman bifurque vers un roman plus social, invitant à ne pas adopter la posture des trois singes qui sont aveugles, sourds et muets, mais au contraire à réagir. Tout au long du texte le fantastique est mis en abyme, laissant le lecteur se questionner sur la frontière ténue entre le rêve et la réalité, avant de réapparaitre à la fin, comme une espèce de pirouette ou de clin d’œil.

Un roman fantastique de qualité qui parle aussi de notre monde où l’horreur existe.