Zombies zarbis, t. 1 : Panique au cimetière !

Zombies zarbis, t. 1 : Panique au cimetière !
Marie Pavlenko, Carole Trebor
Illustré par Marc Lizano
Flammarion jeunesse, 2018

Les zombies ont des soucis

Par Fanny Lignon

Chez les adolescents et les jeunes adultes, le zombie, depuis quelques années, est à la mode. Il se décline en bande dessinée, en film, en série télévisée, en jeu vidéo, lorsqu’il ne déferle pas, en chair, en os et en horde, dans les rues de nos villes à l’occasion d’une zombie walk post-apocalyptique.
Un soir qu’il rentre chez lui à vélo, Romain fait la rencontre de Léo, une fille presque comme les autres mais pas tout à fait. Léo est une jeune zombie et vit dans le cimetière du village de Noirsant avec les siens. Les deux enfants sympathisent et Léo fait part à Romain des inquiétudes de sa communauté : le cimetière doit être déplacé et les morts-vivants craignent pour leur avenir. Les deux enfants échafaudent alors un plan de bataille pour empêcher le chantier de progresser…
Ce petit roman offre aux 10-13 ans la possibilité d’entrer en douceur dans des univers destinés ordinairement à des plus grands qu’eux et qui les attirent et les effraient tout à la fois. Ici, les zombies sont débarrassés de leurs oripeaux horrifiques. Point de chair en décomposition, point de râles inhumains, point de scènes de dévoration ou d’agression. Si les corps sont un peu déglingués et doivent être régulièrement rafistolés, leurs mésaventures – un os de la mâchoire qui se décroche et qu’il faut aller repêcher au fond d’une cage thoracique – sont plus amusantes que terrifiantes (*). Les morts-vivants parlent entre eux, se réunissent, débattent, se demandent ce qu’ils pourraient faire pour éviter d’être expulsés de leur logement. Leur problème est social ; leur façon de s’y confronter résolument humaine. Ces zombies-là, somme toute, quand bien même ils sont un peu différents de nous, ne sont pas si zarbis que ça…
Parce qu’il présente les points de vues de deux communautés qui s’opposent, cet ouvrage peut aider les jeunes à développer leur empathie, voire leur conscience politique, en leur apprenant à se mettre à la place des autres et à écouter leurs arguments. Mais avant de commencer à lire, il faut être averti. Comme souvent lorsqu’il est question de zombies, l’histoire racontée dans le volume 1 n’a pas de fin. Un tome 2 a été publié, le 3 est en préparation. A suivre, donc…

(*) On retrouve-là le principe du jeu de l’épouvantard qui permet aux jeunes sorciers de Poudlard d’apprendre à maîtriser leurs peurs en usant d’un sort spécifique et qui porte un nom explicite : Riddikulus.

 

 

 

 

 

 

 

Vivre livre

 

Vivre livre
 Collectif: Nina Ferrer-Gleize, Gilles Abier
Ricardo Montserrat
Cathy Ytak Julia Billet,
François David, Thomas Scotto
Hélène Humbert
(Ill) Hélène Humbert
Editions du Pourquoi pas ? 2016

Le livre est un personnage

Par Maryse Vuillermet

Les livres sont les narrateurs et les personnages de ces histoires. Chaque auteur (huit en tout) raconte une histoire différente, une situation différente, celle du livre herbier, du livre sur les rayons d’une librairie, du livre dans un casier de centre aéré, du livre numérique, du livre accouché et élevé par l’éditeur-nounou.
Ces histoires sont drôles ou touchantes, elles font du livre un personnage attachant, et les illustrations d’Hélène Humbert sont parfaites, colorées, joyeuses, vibrantes.

Mo

Mo
Julia Billet, Simon Bailly
Editions du pourquoi pas ? 2015

Mo a un seul défaut

Par Maryse Vuillermet

Magnifique histoire ! C’est celle de Mo,  gardien d’immeuble,  qui a toutes les qualités, gentillesse, créativité et sait tout faire, réparer, aider, régler les problèmes avec les jeunes en douceur, créer un jardin collectif, et surtout créer des liens entre les habitants. Beaucoup sont venus d’ailleurs Portugal, Europe de l’est, Maghreb, même Asie, mais Mo arrive à les faire vivre heureux tous ensemble. « On pourrait presque croire au bonheur. Malgré quelques râleurs, ce bout de terre abolit les frontières. »
Il n’a qu’un seul défaut, il laisse traîner les papiers, ne rédige pas les comptes-rendus, accumule les factures, bref,  déteste la paperasse. Un jour, au jardin collectif, l’institutrice lui demande d’écrire le nom d’une plante sur une ardoise, il se sauve en courant.
Quelqu’un, le mari de l’institutrice,  a compris, et intelligemment et gentiment a trouvé le moyen de l’aider. Depuis,  Mo n’est plus seul avec son secret et du coup, le poids de ce secret n’est plus aussi lourd et même, son problème honteux peu à peu se résout. « Mo est plus léger et plus libre »
Cette phrase, bien sûr, pourrait s’appliquer facilement à toute personne qui fréquente les livres. Ce que suggère la dernière illustration où les livres circulent de main en main.

J’ai beaucoup aimé aussi les illustrations tendres et très discrètement métaphoriques, avec leurs couleurs pastel, où Mo est partout, reconnaissable à ses bretelles et à son béret mais presqu’invisible tant il est au milieu des autres. Il est aussi presqu’invisible au milieu des montagnes de papier qui l’effraient jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre dans les murailles de paperasse.

La Rentrée de Pinpin

La Rentrée de Pinpin
He Zhihong
Seuil jeunesse, 2018

L’art du câlin chez les animaux

Par Anne-Marie Mercier

Pinpin le petit Pingouin, lors de son premier jour d’école (eh oui, les pingouins vont à l’école dans les albums…), a du vague à l’âme : ses camarades le consolent en lui donnant la recette contre le manque : penser aux gestes tendres de sa mère (ah, où sont les pères ?) qui l’une frotte sa joue contre la leur (l’ânon), l’autre lui caresse ou lèche les oreilles (la girafe), etc. Chacun sa manière, et Pinpin trouve les démonstrations en actes de ses camarades bien agréables.

L’intérêt de cet album peu réaliste tant sur la situation que sur la recette, réside dans les illustrations, merveilleuses aquarelles, à la fois belles et drôles, formant un premier bestiaire et répertoire de gestes pour les tout petits.

Mon île…

Mon île… Stéphanie Demasse-Pottier, Seng Soun Ratanavanh De La Martinière jeunesse, 2018

Solipsisme

Par Anne-Marie Mercier

L’île en question est aussi bien un véritable espace (tente, cabane, maison de poupée…) dans lequel l’enfant se trouve, ou se projette, qu’un espace imaginaire peuplé d’oiseaux multicolores, d’animaux de toutes sortes, qui semblent sortis d’autres albums.

C’est joli, frais, charmant, plein d’intentions louables et délicates. Cela suffirait-il pour arrêter le lecteur, s’il n’y avait les illustrations elles aussi délicates et colorées ?

Parler avec les arbres

Parler avec les arbres
Sara Donati
Le Rouergue, 2018

Comment parler et vivre avec les arbres

Par Maryse Vuillermet

Un petit personnage s’approche d’un arbre, le salue, le touche, découvre son odeur, les dessins de son tronc, compare avec les dessins de ses doigts, il fait corps avec lui, ressent ses racines dans la terre, entre dans sa ramure, devient un écureuil, un oiseau.
C’est une communication de tous les sens avec l’arbre, son univers et sa puissance.
Puis,  le petit bonhomme rentre à la maison.
Les aquarelles (aqualines plus exactement) qui accompagnent le texte créent un univers flou, transparent, perméable et doux comme la relation entre l’enfant et l’arbre.
C’est un album pour se sentir vivant.
Une formule à retenir « Un arbre, c’est bien plus qu’une chaise, c’est du bois qui vit. »

La Petite Maison de bois

La Petite Maison de bois Christofer Corr Traduit (anglais) par Marie Ollier Gallimard jeunesse, 2016

Crise du logement

Par Anne-Marie Mercier

A la manière du conte célèbre « La Moufle », cette histoire montre plusieurs animaux se mettant successivement tous à l’abri dans un même endroit, chacun demandant l’accord des présents avant d’entrer, jusqu’à ce que cet abri cède sous le nombre. L’album de Christofer Corr propose des variations intéressantes : c’est une maison qui s’offre à ceux qui cherchent un abri, avec une porte rouge et neuf fenêtres – ces précisions sont répétées à chaque étape – et si cet abri cède c’est parce qu’un ours à qui on a refusé l’entrée s’est couché sur le toit et l’a fait s’effondrer : fable sur l’effet de la vengeance ou sur les conséquences du rejet d’autrui ? Mais tout finira bien : cet ours est une bonne recrue finalement car il reconstruit la maison, aussi belle qu’avant, mais un peu plus grande : capable d’accueillir une souris, un lapin, une grenouille, un castor, un renard, un coq, un cerf, un écureuil, une chouette, deux pies, un pic-vert… et un ours. Tout cela est léger, coloré et naïf, et l’intérieur de la maison comme les bois qui l’entourent sont composés en palettes de couleurs variées, surprenantes, qui mettent en valeur le blanc des murs de la maison.

Pompon Ours dans les bois

Pompon Ours dans les bois Benjamin Chaud Hélium, 2018

« Boucle d’or » inversée

Par Anne-Marie Mercier

On se réjouit à chaque retour de l’ours de Benjamin Chaud, tant pour son caractère ingénu et les situations loufoques que suscite son insouciance, que pour l’univers de l’illustration, saturée de détails et organisant un parcours sinueux du regard, jamais complet . Dans cet épisode, Pompon semble avoir grandi (de fait, ces albums se suivent puisqu’on trouve ici le petit frère, Tout Petit Ours, dont l’arrivée avait été célébrée dans un album précédent). Il se comporte en pré-ado boudeur qui s’ennuie et veut être ailleurs, être un autre,  un petit garçon par exemple. Il se perd dans les bois et arrive dans une maison qui se trouve pour l’instant vide de ses habitants. Il la parcourt sans vergogne… Voilà « Boucle d’or » mise à l’envers. Mais la maison qu’investit l’ourson pour son plus grand bonheur est plus grande et pleine de ressources ; la double page le montre dans toutes les pièces de cette maison, ouverte comme une maison de poupée : de la cave au grenier, il y a de quoi s’amuser, jusqu’à ce qu’un bruit fasse lever les terreurs, toutes sortes de maxi-monstres imités de Sendak, qui précipitent la chute, cocasse et tendre.

Ruby tête haute

Ruby tête haute Irène Cohen Janca, Marc Daniau Editions des Eléphants (collection « Mémoire d’éléphant »), 2017

L’école pour tous !

Par Anne-Marie Mercier

Ce superbe album de très grand format est construit autour d’une exploitation pédagogique qui offre un mode d’emploi pour les enseignants tout en aidant à l’identification du lecteur, ou plutôt de la lectrice puisque le texte a deux narratrices, Ruby et une écolière d’aujourd’hui à qui on présente le tableau de Norman Rockwell, « The problem we all live with ». Dans ce tableau on voit Ruby aller à l’école sous protection policière : une foule haineuse l’attend ; elle a six ans, elle est noire et on est en 1960, en Louisiane. La Cour Suprême vient de décréter que la ségrégation doit cesser dans les écoles.

Les images à fond perdu sur la page de droite, des pastels gras aux couleurs éclatantes et épaisses, illustrent de manière forte un texte sobre et émouvant qui relate la première année d’école de Ruby Bridges, qui a fait partie des premiers enfants noirs à fréquenter une école de blancs. Le récit qui suit le récit qu’en a fait Ruby elle-même, devenue une héroïne malgré elle, présente un point de vue d’enfant qui tarde à comprendre ce qui se passe et les raisons de la solitude qui l’entoure.

C’est à la fois un superbe album, une histoire intéressante et un biais intelligent pour faire saisir aux générations actuelles le chemin parcouru – et celui qui reste à faire.

Un de nos “coups de coeur” !

Autisme, surdité, temps, mort…

Autisme, surdité, temps, mort…

Cette année, de bons mémoires de Master 2 sur la littérature de jeunesse ont porté sur des questions thématiques plus que sur les questions de compréhension/lecture.
Deux mémoires sur l’inclusion des élèves à besoins particuliers (dits autrefois “handicapés”), développant l’un le cas particulier de l’autisme, l’autre celui la surdité.
Un mémoire sur la structuration du temps en petite et très petite section avec des albums de E. Jadoul ; un autre sur la littérature pour parler de la mort, un sujet qui intéresse beaucoup les stagiaires chaque année.

D’autres mémoires suivront, en fonction des réponses des étudiant/es sollicité/es.

Ces mémoires sont consultables dans “l’espace étudiants” de lietje.