L’Arrivée des capybaras

L’Arrivée des capybaras
Alfredo Soderguit

Traduit (espagnol, Uruguay) par Michèle Moreau
Didier Jeunesse, 2020

« La volaille qui fait l’opinion »

Par Matthieu Freyheit

La littérature de jeunesse a beaucoup glosé sur ses fonctions et sur les valeurs qu’il fallait accorder à l’une d’entre elles, l’édification. Avec le déclin de la valeur-autorité, l’édification a fait l’objet d’une suspicion qui ne s’est pas encore tarie, loin s’en faut. Reste que nous sommes à géométrie variable : oui à l’édification, donc, lorsque celle-ci accompagne des sujets suffisamment consensuels pour ne pas être remis en question. Idéologie ?

L’affaire est ici délicate, car L’Arrivée des capybaras rappelle un contexte tendu par le retour de la problématique des frontières. Une famille de gros rongeurs inconnus de tous fait rupture dans le panorama quotidien d’un poulailler. La fable reprend les thèmes éculés du rejet de l’inconnu, de la résistance devant l’acceptation de l’altérité et du refus de partager son espace autant que ses profits. Partager ? Non. Discuter ? Non. Se mélanger ? Non. Jusqu’au jour où, bien sûr, ces autres peu rancuniers qu’incarnent les capybaras n’hésitent pas à secourir l’un de ceux qui les avaient pourtant rejetés. L’ensemble est tendre et graphiquement fort bien mené, l’auteur réalisant à partir d’une gamme chromatique restreinte une vraie spatialisation de la problématique (les vis-à-vis, en particulier, y sont très beaux).

Réussi, donc, mais peu original dans le propos. La nuance y manque et la situation initiale schématise la vie des habitants du poulailler, dont l’attitude s’en trouve d’autant moins acceptable : « La vie n’était pas compliquée. Chacun faisait ce qu’il avait à faire. Il y avait à manger pour tout le monde. Et jamais rien à signaler. » On pourrait reprocher à l’album cette présentation caricaturale des sociétés d’abondance, souvent désignées comme incompétentes à l’accueil. Toutefois, les réponses que s’offrent le texte l’image permettent d’échapper en partie à la simplification. Ainsi le « jamais rien à signaler » est-il démenti par l’image d’une poule emportée par le fermier, juste avant l’arrivée des fameux capybaras : une façon de dire que l’événement n’est pas toujours où l’on croit, et que ce qui est rendu invisible par l’habitude trouve un dérivatif bien utile dans l’arrivée de l’inhabituel, aisément présenté comme faisant événement.

Un album esthétiquement très réussi, qui peut interroger par ailleurs sur ce que la littérature de jeunesse aime à penser et sur ce que nous aimons lui voir penser.

Perdu dans la ville

Perdu dans la ville
Sydney Smith

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Rosalind Elland-Goldsmith
Kaléidoscope, 2020

Le chemin du retour ?

Par Matthieu Freyheit

Il n’est pas nouveau que la figure de l’enfant ou de l’adolescent puisse faire office de révélateur des troubles urbains, de ses dédales et de ses solitudes. Oliver Twist s’en faisait le héraut chez Charles Dickens, Holden Caulfield chez Salinger. Perdu dans la ville n’est cependant pas une énième histoire d’enfant aux prises avec les villes tentaculaires. Le choix de ne pas dessiner le visage du garçon (sauf, en de rares cas, des yeux inexpressifs), la dominante des gris, des noirs et du blanc, le choix climatique de l’hiver, de la neige et du vent, l’anonymat généralisé que souligne l’absence d’interactions laissent certes supposer une situation dominée par la perte, et les déambulations du personnage pourraient dans un premier temps confirmer cette intuition. Mais, d’autre part, l’adresse directe qui semble presque initier un dialogue et la formule qui se veut rassurante « Je te connais » laissent entendre une intimité plus grande. L’on découvre alors que les déambulations de l’enfant n’en sont pas, et que cette voix qui offre ses conseils est la sienne, qui donne sa personnalité et son expérience aux recoins de la ville et espère fabriquer un chemin sûr à celui qui, dans cette histoire, a vraiment disparu (quoique ?) : le chat !

Pas d’enquête, ici, mais la tendresse de vouloir offrir à l’autre ses lieux pour en faire bon usage. Les conseils formulés prennent alors un sens nouveau dès lors que le lecteur est avisé de l’identité du disparu : « Cette bouche d’aération souffle une vapeur chaude qui sent bon l’été. Tu pourrais te pelotonner dessous et faire une sieste. » Le retard avec lequel l’image donne sens au texte, le jeu des différés, le parcours du garçon que l’on suit au pompon de son bonnet, marqueur rond et rouge dans la grise géométrie de la ville, le silence que propose cette voix que l’on ne sait pas tout de suite à qui associer, le contraste entre les espaces pleins et les espaces vides : autant d’éléments qui forment une discrète poésie de l’espoir du retour, sans excès ni pathos. Un très bel album.

Des Lucioles

Des Lucioles
Georges Didi-Huberman, Amélie Jackowski
L’initiale, 2017

Lumières dans la nuit

Par Anne-Marie Mercier

Pour sa collection « Philo et citoyennté », les éditions de L’initiale ont visé haut avec cet album : chaque double page présente un fragment extrait de l’ouvrage de Georges Didi-Huberman,  Survivance des Lucioles (Minuit, 2009). La source est donc un essai écrit par un philosophe d’aujourd’hui. Il est aussi un peu poète dans la mesure où il travaille son style et séduit autant par cela que par la force de sa pensée, que ce soit sur les images (Devant l’image. Questions posées aux fins d’une histoire de l’art, Minuit, 1990 ; Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Minuit, 1992, Images malgré tout, Minuit, 2004, etc.) ou sur la société et les révolutions (exposition Soulèvement au Jeu de Paume à Paris entre 2016 et 2017).
Ces lucioles sont des lueurs fragiles dans la nuit : « Comme une luciole, l’image finit par disparaitre à notre vue et s’en va vers un lieu où elle sera, peut-être, aperçue par quelqu’un d’autre, ailleurs ». Elles sont la métaphore d’une humanité plongée dans la nuit, comme le souligne la quatrième de couverture , entre pessimisme et espoir :

« L’improbable et minuscule splendeur des lucioles ne métaphorise rien d’autre que l’humanité par excellence, l’humanité réduite à sa plus simple puissance de nous faire signe dans la nuit.
Dans la nuit ne cessent ni le regard ni le désir, capables d’y retrouver des lueurs inattendues. »

Le résumé proposé par l’éditeur est plus explicite : « Si nous approchons des temps de ténèbres, apprenons à chercher des lumières, fussent-elles aussi minuscules que les lucioles. Partageons-les et devenons des lucioles nous-mêmes, des porteurs de lumières à contre-courant, de paroles contraires, d’actes libres… Le peuple des lucioles c’est l’enfance du monde. L’enfance de l’art ».
Cet art enfantin est bien représenté par les illustrations d’Amélie Jackowski (on a bien aimé son Chut ! il ne faut pas réveiller les petits lapins qui dorment) qui présentent des personnages enfantins embarqués hors de leur chambre dans une nuit bien noire rendue étrange par la présence d’un enfant au masque d’oiseau (avec des allures de Jérôme Bosch ?) et d’un autre au visage lunaire (proche du Jean de la lune de Ungerer). Mais on remarque que partout un livre semble les accompagner.
La dernière phrase est un manifeste : « Et nous devons nous-mêmes devenir des lucioles, former une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre ». Comme cette troupe d’enfants qui avancent sans peur dans la nuit, dansent, jouent allument des lumières.
Enfin, pour philosopher avec les enfants, il y a les propositions que l’on trouve sur le site de l’éditeur, aisées à mettre en place, sous la forme de questions sur le texte et les images  :

 

 

 

A la recherche de Jack, Mel Darbon

 A la recherche de Jack
Mel Darbon
Helium, Actes Sud 2019,

 

«  Le syndrome de Down, ce n’est pas moi, je suis Rose »

 Maryse Vuillermet

 

 

 

Le récit est porté par la voix, l’élocution et le ressenti particuliers de Rose, atteinte du syndrome de Down, c’est-à-dire de la trisomie 21. Rose a la chance de vivre dans une famille aimante qui l’aide à comprendre et à assumer sa différence. Elle est courageuse, gaie, affectueuse. Elle va au collège et aide ceux qui sont plus handicapés qu’elle. Elle y rencontre Jack et ils deviennent fous amoureux l’un de l’autre. Mais Jack a eu le cerveau lésé à la naissance et il ne contrôle pas sa violence. Et justement, le récit commence alors que Rose attend Jack, il est en retard parce qu’il a, sans le faire exprès, dans un accès de colère, blessé un enseignant. Paniqué, il se cache et la police le recherche. Puis, il est envoyé dans un centre spécialisé.

Sans lui, Rose ne peut pas vivre, d’autant plus qu’elle ne reçoit pas toutes les cartes qu’il lui envoie, son père les lui cache. Alors elle décide de le rejoindre et de partir en cachette de sa famille qui lui interdit de le revoir pour la protéger.  A travers Londres, son métro, ses tempêtes de neige, ses bas fonds sordides, Rose avance, brave tous les dangers pour retrouver Jack.

C’est un roman très attachant sur un sujet bien délicat. Le personnage de Rose nous fait comprendre de l’intérieur les qualités et les énormes problèmes d’une personne trisomique, la haine, la méchanceté à laquelle elle se heurte, la bienveillance qu’elle rencontre parfois aussi. Et c’est aussi un roman très réaliste et dur, en particulier, quand il aborde la prostitution des très jeunes filles, la drogue ou la misère.

Ce qui m’a particulièrement intéressée, c’est le langage de Rose, cette manière de coller les mots pour en créer de plus proches de sa réalité; ex :

J’avais mal au ventre d’être tristefachée contre elle

à cause de mon pasheureux

C’est malmalmal

Cavatrebienmercibeaucoup

 Le roman souffre de quelques longueurs vers la fin, mais c’est le seul bémol, car c’est le  roman  d’une jeunesse différente à recommander à tous.

 

 

Tout seul ?

Tout seul ?
Rosemary Shojaie

Traduit (anglais) par Michèle Moreau
Didier Jeunesse, 2020

« Ils ont fait la saison des amitiés sincères »

Par Matthieu Freyheit

« Comme la nature demeure pareille à elle-même, les amitiés vraies se perpétuent », suggérait Cicéron au 1er siècle avant J.-C. dans Laelius de amicitia. Pourtant, la nature a ses saisons, et l’amitié a peut-être les siennes, elle aussi. Ainsi Nico, le renard, laisse-t-il d’abord joyeusement s’écouler les saisons auprès de ses amis la loutre, le raton-laveur et le blaireau. L’on songe aux amis du Vent dans les Saules de Kenneth Graham, dont Alberto Manguel écrivait : « J’envie le lecteur qui s’apprête à ouvrir ces pages pour la première fois ; il va pénétrer dans un pays accueillant où l’attendent des compagnons qui, de toute sa vie, ne le quitteront plus. » L’on songe, aussi – et plus tristement –, aux amis du superbe Au revoir Blaireau de Susan Varley. Ce n’est cependant pas la mort qui sépare ici les amis, comme elle le fait chez Varley, mais le sommeil. L’hiver arrivant, Nico découvre ses amis profondément endormis. Et rien n’y fait, ni appels, ni chatouilles : la ‘morte’ saison s’annonce solitaire !
Alors, que faire lorsque l’amitié, soudain mise en absence, nous réduit au silence ? Nico se fabrique un ami imaginaire, renard de neige qui ne parle pas son langage et semble, tout compte fait, aussi seul que lui. Un échec, semble-t-il, que cet ami sans parole. La rencontre d’un renard blanc, de poils et de chair, et non de neige, viendra seule habiller l’hiver, le sommeil des uns devenant alors l’occasion de l’éveil d’une autre amitié, d’un nouveau langage partagé qui, seul, peut répondre par la négative à l’interrogation du titre.
Tout seul ? Peut-être. Mais les saisons de la solitude sont incontestablement moins longues que celles de l’amitié.

Les ouvrages sont nombreux qui, d’une façon ou d’une autre, traitent de l’amitié. Nous proposons notamment, sur ce thème conjugué à celui de la solitude, de revenir au sidérant (de force) Fox de Margaret Wild et Ron Brooks, publié en 2000 à l’Ecole des Loisirs.

Zelda et les évaporés, Florence Aubry

Zelda et les évaporés
Florence Aubry,
Rouergue, 2019

 

 Enquête sur des disparitions et travail sur soi  

 Maryse Vuillermet

 

 

 

Zelda est une jeune fille assez insupportable, voire détestable.  Égoïste, cynique, manipulatrice, cruelle avec ses camarades et même sa propre famille, elle est médiocre à l’école et ne se passionne que pour les méchancetés qu’elle peut faire aux autres.

Cependant, à la suite de la disparition d’Antoine, un jeune qu’elle a humilié lors d’un été de vacances, elle s’intéresse à un sujet, celui des disparus, peut-être parce qu’elle aussi en a envie, elle se demande comment on peut faire pour partir et tout laisser derrière soi, sans donner de nouvelles. D’autant plus que Clément qui habitait à côté de chez elle a disparu aussi mais, le plus étrange, c’est que lui est en fauteuil roulant.

Parallèlement à l’histoire de Zelda, un autre récit avance, celui de Tom qui est parti, un soir d’inondation, sans vraiment démêler en lui toutes les raisons de sa fugue.

Un roman qui laisse un peu sur sa faim, dans la mesure où, sur un sujet intéressant, l’intrigue est un peu trop fabriquée.  Trois disparitions d’ados autour de la même fille, c’est peut-être un peu trop comme élément déclencheur !

 

 

Félines, Stéphane Servant

 Félines  
Stéphane Servant,
Rouergue, 2019

 

 Puissantes métamorphoses

 Maryse Vuillermet

 

 

 

Une, puis plusieurs jeunes filles de la ville subissent une étrange métamorphose, leurs corps se couvre de poils, leurs sens s’aiguisent, leur force se décuple et parfois, une violence sauvage les déborde.

Passée la stupeur, certaines se cachent à leurs proches, ne viennent plus au collège, d’autres l’assument. L’une d’elles, Louise, la narratrice, revendique son étrangeté et la vit même comme une richesse.

Un parti politique extrémiste appelle à la haine de ces créatures. Certaines décident d’entrer en résistance, elles organisent même une manifestation et s’appellent désormais les félines. Le gouvernement met en place des mesures pour les contrôler et les enferme dans un camp de travail.

Le roman est déroutant au début, on a du mal à croire à cette métamorphose mais peu à peu, on est envoûté par cette porosité des frontières entre monde animal et monde humain, on est horrifié par l’intolérance et la violence des « normaux », et on devient admiratif de la solidarité et de l’intelligence de groupe des félines

Un roman très fort qui pose de déroutantes questions sur notre identité humaine, et sur notre rapport à l’animal.

Décidément, Stéphane Servant poursuit une oeuvre originale et puissante.

 

Voyage au pays des contes

Voyage au pays des contes
Alexandra Garibal – Camille Garoche
Casterman 2019

100 fenêtres sur les contes

Par Michel Driol

Suivons le guide, Ferdinand Croquette, assistant du vieux bibliothécaire. Il nous emmène successivement devant un château, dans une galerie de portraits, dans le potager des fées, à la rencontre de créatures fantastiques ou diaboliques, dans le repaire de la sorcière, dans un village, dans la boutique des sorcières, et enfin dans une salle de bal. A chaque double page, on retrouve le même dispositif : quelques mots de Ferdinand Croquette, à la façon d’un guide touristique, et des fenêtres à ouvrir qu’il commente, où qui servent de prétexte à questionner le lecteur.

L’album se présente comme une véritable encyclopédie amusante des contes, suscitant par l’ouverture des fenêtres cachées ici ou là la participation du lecteur. On croise, au fil des pages, des accessoires, des personnages, des situations tirées de nombreux contes populaires (de Raiponce au Chat Botté…) sans oublier d’autres « contes » plus contemporains (Peter Pan ou Pinocchio). Le monde représenté ne manque pas d’humour, et les rabats cachent bien des surprises.

Le jeune lecteur est confronté à toute la magie merveilleuse des contes, à leur univers, et il peut  ainsi soit retrouver des héros dont il connait déjà l’histoire, soit en découvrir d’autres.

Folk, épisode 1

Folk, épisode 1
Iris
La Pastèque, 2018

 Western faustien

Par Anne-Marie Mercier

Jug est un raté, un soulard, un nul répugnant dont personne ne veut, même dans le village perdu de l’ouest américain où il vit. Il y est un pilier du saloon et le concierge de l’unique hôtel. Un spectre lui propose un pacte : il lui accorde le don de la musique et du chant ; s’il arrive à réunir d’autres excellents musiciens et à parvenir au grand studio d’enregistrement, il deviendra riche et pourra réaliser tous ses rêves…
Le parcours est jalonné de rencontres loufoques et Jug s’avère être un héros de plus en plus anti-héros. Le résultat est un mélange curieux et drôle, mais aussi un hommage aux débuts du folk américain, né sur la route, pour ce premier épisode (à suivre…).

Monts et merveilles

Monts et Merveilles
Juliette Binet
Rouergue 2019

Recréer le monde ?

Par Michel Driol

Cet album sans texte introduit le lecteur la maison d’un jeune couple. Passe la porte une espèce d’immense paquet rose, informe, qui s’avère être rochers ou montagnes. Puis l’homme et la femme repeignent de bleu les murs gris, gonflent des ballons géants qui deviennent collines vertes. Un rouleau de papier bleu, et voici un ruisseau ou une route. Un autre rideau multicolore en arrière-plan, de paravents sur lesquelles elle cloue des étoiles. Ne reste plus qu’à contempler cet univers, passer la nuit… Et découvrir qu’au matin des plantes poussent, des lapins surgissent dans un nouvel Eden où se promènent l’homme et la femme.

L’album invite à un trajet, à un voyage poétique qui va de l’intérieur de la maison à l’extérieur, par la métamorphose complète de l’univers familier de la maison. De quelle maison s’agit-il ? Celle propre à ce jeune couple, ou notre terre, notre maison commune ? Monts et Merveilles n’enferme pas le lecteur dans une interprétation, mais lui ouvre un univers imaginaire et onirique, où tout peut se transformer, où la volonté d’un jeune couple permet de transformer la grisaille ordinaire pour y faire naitre la vie. Chacun pourra, librement, s’emparer des images, de l’histoire, et construire son interprétation. Interprétation esthétique et littéraire, où l’on voit comment les créateurs se réfugient dans leur œuvre qui les sauve (on songe à Comment Wang-Fô fut sauvé de Marguerite Yourcenar). Interprétation plus métaphysique ou mythologique, avec la création par les hommes du paradis terrestre, le jeune couple figurant Adam et Eve au milieu d’un paysage apaisé et apaisant. Interprétation écologique et politique : en se prenant en mains, on peut faire renaitre la vie là où il n’y avait que sécheresse et grisaille (Et l’on n’est pas très loin de Regain de Giono).

Le lecteur va de surprise en surprise, se questionne, rêve à son tour d’un autre monde possible. Le titre de ce riche album semble comme un écho inversé de la chanson Démons et Merveilles des Visiteurs du Soir. Le jeune couple n’est pas statufié comme dans le film, mais fait battre le cœur du monde.