L’Odyssée. Les Aventures d’Ulysse

L’Odyssée. Les Aventures d’Ulysse
Nicolàs Schuff, Mariana Ruiz Johnson
Adapté de l’espagnol par Laurana Serres Giardi
Rue du Monde, 2026

L’Odyssée, un récit pour enfants ?

Par Anne-Marie Mercier

Venues d’Argentine, ces aventures d’Ulysse se présentent sous la forme d’un roman graphique très coloré. Les personnages, stylisés, semblent imités de ceux des vases grecs (nez parfaitement droits des profils des héros), tout comme les navires, les vagues, les monstres. Quelques bulles introduisent de courts dialogues ou bien font comprendre les pensées des personnages (« je les déteste », se dit Pénélope en regardant les prétendants).
On y trouve tous les grands épisodes : Lotophages, Cyclopes, Éole, Circé, Hadès, les sirènes, Charybde et Scylla, les vaches du Soleil, Calypso… Cet épisode permet d’intercaler une scène qui se déroule sur l’Olympe où les dieux débattent du sort d’Ulysse et envoient Hermès le libérer, comme ils l’avaient envoyé auparavant pour lui permettre de triompher de Circé. Cette version permettra à ceux qui ne connaitraient l’histoire que par le film de Christopher Nolan d’avoir une idée plus exacte de l’épopée : les dieux interviennent à tout moment, dans l’Odyssée comme dans l’Illiade, et toute la ruse d’Ulysse ne lui servirait de rien sans leur aide. De même, l’intervention d’Athéna pour changer l’apparence d’Ulysse, tant dans l’épisode de Nausicaa que dans celui du retour à Ithaque, introduit du merveilleux dans l’histoire avant la fin qui présente une vengeance sanglante.
Il y a dans cette succession de courts chapitres fort bien découpés un souci pédagogique (la lecture peut ainsi être fragmentée) qui n’entrave pas le rythme : les histoires d’Ulysse restent palpitantes et l’ensemble est assez fidèle, avec des adaptations à ce qu’on suppose être le goût et la sensibilité du jeune public. La violence est adoucie : le long massacre des prétendants est réduit à trois doubles pages, et la dernière les montre en silhouettes de gisants comme autant de papillons sur une planche, gommant ainsi l’horreur du carnage. La fin est modifiée : Ulysee reste auprès de Pénélope et son fils au lieu de devoir repartir au bout du monde. Somme toute, cela devient un beau conte, après bien des avatars : L’Odyssée, un récit pour enfants ?

Waldemar Patatarte, presque chevalier– La Quête de la tétine magique

Waldemar Patatarte, presque chevalier– La Quête de la tétine magique
Christine Beigel – Agnès Ernoult
Didier Jeunesse 2026

Sacré Graal !

Par Michel Driol

Avec un titre pareil, un tel nom de (presque) chevalier et en voyant l’illustration de couverture, on sait à quoi s’attendre… Une parodie burlesque, dans laquelle le Royaume s’appelle Ventredodu, et le roi protégé par les chevaliers de la Tarte Sucrée. Bref, dans ce royaume où tout n’est que pâtisseries et sucreries, vient à naitre un héritier, qui ne fait que pleurer. Heureusement arrive un marchand italien qui a la solution : une tétine. Malheureusement, quand un maki la vole, il faut la retrouver. Les valeureux chevaliers ne trouvant pas la mission à leur hauteur, c’est donc le presque chevalier, presque poète, Waldemar qui devra affronter les monstres, dragons et autres adversaires pour retrouver la tétine que le nouveau-né s’empresse de rejeter, car qui voudrait téter un objet mâchouillé par tant de bouches monstrueuses ? Reste la solution universelle : le pouce !

Comme dans les contes traditionnels, les obstacles fantastiques se multiplient – ours-garou, monstre du chocolac…, adversaires qui meurtriront quelque peu le corps du héros… Ce pastiche de table ronde, de quête d’un objet à la fois magique et quotidien est bien déjanté. Par le texte à la grande force comique, qui abonde en jeux de mots (les noms de personnages), en parodie des langues (celle du marchand italien), en néologismes savoureux et aux allusions – à peine voilées – à l’univers de la chevalerie médiévale et au cycle d’Arthur, qui resteront sans doute hors de portée des jeunes lecteurs. Mais aussi par l’illustration qui propose un presque chevalier à la longue et déguingandée silhouette don quichottesque qui s’oppose à la rondouillardise des autres personnages humains. Les illustrations, très colorées, très détaillées, sont très expressives dans la création de cet univers improbable et plein de fantaisie. Avec une mention spéciale pour les objets anachroniques colportés par le marchand italien !

Un album où le burlesque règne en maitre, pour prouver, s’il en était besoin, que la valeur n’attend pas le nombre des années, qu’à cœur vaillant il n’est rien d’impossible, dans un monde utopique de gourmandise sans limite où, malheureusement, les bébés pleurent comme partout !

Son lac

Son lac
Marine Carteron
Rouergue (Epik) 2026

La Dame du Lac

Par Michel Driol

Elle, avec une majuscule, c’est ainsi qu’Elle est désignée dans ce roman fantastique et gothique. Elle, c’est une créature des temps anciens, immortelle, aussi bien à l’aise sur terre que dans l’eau, grâce à ses branchies.  Elle, on la retrouve au Moyen Age, où elle séduit un moinillon afin qu’il lui fasse un enfant. Elle, on la retrouve aussi au XIXème siècle, rôdant, épiant, et entrainant au fond de l’eau le frère de celle qui se méfie d’elle, et que l’on fait passer pour folle. Elle, c’est enfin celle qui, de nos jours, trouble la vie de deux frères, faisant disparaitre l’un, et mutilant l’autre…

Cette Dame du Lac, elle est sans doute plus proche de Mélusine que de Viviane : dangereuse, se méfiant des hommes, riche et puissante. Fée par certains côtés, sorcière par d’autres, à la fois monstre aquatique sans autre morale que celle de vouloir faire perdurer son espèce, mais aussi femme meurtrie par la cruauté des hommes, responsable de la mort de sa fille. Un beau personnage tout en ambiguïtés, à la fois attachant et repoussant, libre et sans attaches, meurtrie autant que meurtrière.

Une femme capable de se métamorphoser, au gré des siècles, en châtelaine des bords du lac, ou en sorcière-conteuse, racontant la légende d’une dame du lac, légende sans cesse remaniée au fil des époques, légende visant avant tout à éloigner les curieux de ses pouvoirs, de ses trésors, de son antre sous-marin.

Entre thriller contemporain, récit historique, et roman fantastique, le roman vaut par son écriture et son découpage, sa façon de briser l’ordre chronologique pour emmener le lecteur tantôt au XXème siècle, tantôt au moyen âge, laissant ainsi des bribes d’histoires en attente d’achèvement, achèvement qui viendra clore le récit en montrant les liens entre tous les personnages dans un final où se déchaine la violence lors d’une fête entre ados pour fêter la fin des épreuves du baccalauréat.  Le roman fait alterner les regards, suit les personnages ou la créature, prenant parfois, pour le XIXème siècle, la forme du roman épistolaire, recréant toujours les atmosphères particulières à chaque époque : l’importance de la religion et de la lutte contre les sorcières au moyen âge, la psychiatrie naissante au XIXème siècle. Mais ce sont toujours les femmes qui sont victimes, enfermées, pourchassées, condamnées…

Après cette lecture, vous ne verrez plus le lac d’Annecy de la même façon.

Un roman qui a aussi séduit Anne Marie Mercier. Voir sa chronique.

Emy Belette – Mystère à Polpina

Emy Belette – Mystère à Polpina
Lucie Bauchot – Illustrations de Barbara Brun
Didier Jeunesse 2026

Ordures, béton et corruption

Par Michel Driol

Invitée sur l’ile de Polpina par Léonard le Putois, en compagnie de son associé Elvis Petit-Chat, Emy Belette, la célèbre détective privée, entend bien se reposer et jouer aux échecs. C’est compter sans le cambriolage de la boutique tenue par un couple de goélands, qui laisse Lulu Gabian dans le coma. Seules traces : des plumes rousses… Mais quand elle apprend que Lulu, Léonard et Suzy Ecureuil sont membres du collectif Clean my Polpina qui lutte contre le projet de complexe touristique du maire, elle se met à enquêter avec eux…

Voilà un roman dont l’univers se situe entre Zootopie et Jefferson : une intrique de roman policier dans un monde peuplé d’animaux humanisés où les espèces cohabitent, un monde dans lequel on retrouve tous les comportements humains : l’amour, l’ambition, la cupidité et bien d’autres. Comme dans nombre de polars contemporains, on dénonce certains aspects du monde actuel. Ici, le mal est incarné par un maire imbu de lui-même, incarné par un redoutable bélier, aidé de deux fouines sans scrupule et d’un policier véreux, monsieur Poulet, bien sûr ! Toute une faune dont les actes ne respectent en rien la nature, et dans le traitement des ordures, et dans la volonté de bétonner toute une partie de l’ile pour attirer plus de touristes. Quant au groupe d’écolos, il est bien sûr fiché S, comme Sauvages… On voit là, mise à hauteur d’enfants, une des problématiques sociétales actuelles. Mais c’est aussi un bon roman d’aventures policières porté par un imaginaire cohérent et une intrigue rondement menée dont les ingrédients sont le suspens, les découvertes fortuites, la mise en danger des héros, une course poursuite…  et des personnages attachants dont le duo Emy-Elvis, belette et chat, deux personnages qui se vouvoient, fait rare dans ce genre de littérature ! Les illustrations, crayonnées, donnent vie à ces personnages et à cet univers insulaire très anthropomorphisé.

Ce volume, on s’en doute en voyant le titre, constitue le premier tome d’une future série autour d’Emy Belette, nouvelle héroïne de roman policier à suivre. Souhaitons lui longue vie !

Le Diamant express – Colette enquête

Le Diamant express – Colette enquête
Laure Monloubou
Amaterra 2026

Sur les traces d’Hercule Poirot, ou de Miss Marple

Par Michel Driol

Colette vit à bord d’un train de luxe, entre son père, cuisinier, sa mère lingère, et un précepteur, Fernand Dubois, dont elle n’apprécie guère la compagnie. C’est qu’à l’école Colette préfère la compagnie d’une ancienne chanteuse d’opéra qui a élu domicile dans le train, Mme Gigliotti. Lorsqu’entre Lausanne et Milan quelqu’un vole la bague de fiançailles que l’héritier des papeteries Pertelman destinait à sa future femme, il faut bien que le coupable soit l’un des passagers. Et lorsque le secrétaire de James Pertelman est retrouvé assassiné, pas de doute, il faut que Colette mène l’enquête…

Un vol, un meurtre, un train de luxe, des passagers de la meilleure société, des employés, et même un détective privé… voilà les ingrédients de ce roman policier, véritable whodunit pour enfants, en hommage, bien sûr, à Agatha Christie.  Un roman sans violence, sans sang, malgré le meurtre commis. Tout est fait pour préserver les jeunes lecteurs, qui, à la suite de Colette, sont invités à mener l’enquête parmi un nombre restreint de suspects, présentés et illustrés dans les premières pages, juste avant un plan du train, histoire de mieux suivre l’intrigue. Le point de vue, c’est, bien sûr, celui de Colette, intrépide, bien sûr, gourmande, aux jugements parfois hâtifs ou arbitraires, et plus attirée par Romeo et Juliette que lui raconte Mme Gigliotti que par les leçons de son précepteur, un curieux homme qui bredouille lorsqu’il est amoureux, et ne voit les autres qu’à travers des figures géométriques… C’est enlevé, plein d’humour, construit autour de chapitres courts, écrits dans une langue accessible à tous. Bref, c’est une bonne initiation au roman policier à énigme à destination des jeunes enfants, d’autant plus que les illustrations, pleines de vie et de charme un peu rétro, évoquant les années 30, aident à entrer dans l’histoire.

Des passagers un peu déjantés, hors norme, excentriques, ou qui ne sont pas ce qu’ils prétendent être, sur un trajet entre Lausanne, Milan et Vérone, voilà un roman qui est un hommage aux romans policiers, mais aussi aux voyages en train, réels ou littéraires, qui ont toujours quelque chose de magique sur les longues distances.. L’ouvrage n’est-il pas dédicacé à Richard Trevithick, inventeur de la première locomotive…

Noctance

Noctance
Antoine Delahaye
‎Rouergue (« épik »), 2026

Roméo et Juliette, dans un nocturne mi féérique, mi social, et très linguistique à Paris

Par Anne-Marie Mercier

Voilà une belle histoire d’amour, un beau récit fantastique, tout cela doublé d’une critique acerbe des conduites sociales de notre temps – sur ce dernier point, c’est un peu caricatural. L’héroïne, Lise est une rebelle. Sa mère veut qu’elle fréquente des rallyes (ça existe encore ?) pour épouser un garçon de son milieu ; son père et le préfet de police de Paris : il fait la chasse aux migrants et aux manifestants écologistes. Quant au jeune premier, Moshir, il fait partie des Noctambules, le peuple de Noctance. Ils sont humains ou du moins ils en ont l’air malgré leurs oreilles pointues et leur taille un peu en dessous de la moyenne. Ils ont quelques pouvoirs magiques à partir d’un certain âge (justement celui de Moshir) à condition d’avoir trouvé Le mot, leur mot, celui qui leur permettra de mettre en œuvre cette magie.
Lorsque l’histoire commence, Moshir fait ce qu’il peut pour ne pas être un héros et ne pas affronter le monstre qui apparemment le cherche. On le voit prendre des leçons de combat, dans lesquelles il se révèle assez maladroit et des leçons de magie, pour tenter désespérément de trouver son mot qui lui donnera du pouvoir. Cela donne des passages comiques ou des mots supposés être inspirants issus de nombreuses langues sont sollicités pour finir avec un joli mot en italien.
Lise et Moshir ne parlent pas vraiment la même langue. Si elle s’exprime comme une bonne élève, étudiante en études cinématographiques, lui parle un sabir dans lequel les articles et les prépositions et bien d’autres petits mots sont escamotés et mêlés avec des mots venus d’autres langues ou tintés de yiddish ou même inventés. Si cette langue ou ce procédé peut apparaître un peu facile pour ce qui est de l’appauvrissement de la syntaxe, il est très séduisant par l’introduction de tous ces mots qui donnent au texte une musique particulière. Peu à peu la langue de Mochi se structure et celle de Lise se caviarde des mots de son ami. Le résultat est assez joli et musical.
L’avertissement placé en début de livre est à la fois un véritable avertissement et un clin d’œil : « bien que ce roman s’adresse aux jeunes adultes, il comporte plusieurs scènes, violentes et érotiques » . On ne sait comment comprendre ce « bien que », sinon comme un rappel des derniers scandales qui ont secoué le monde de la littérature de jeunesse, scruté par certains hommes politiques. Comparé au genre nouveau, de la « romance », ces « scène explicites » n’ont rien de choquant dans la mesure où les protagoniste sont tous deux amoureux et pleinement consentants, chacun respectant l’autre, ce qui est loin d’être le cas dans le genre cité plus haut.

Joli réussite !

 

Pourquoi tu boudes, Eugénie ?

Pourquoi tu boudes, Eugénie ?
Olivier Dutto – Maurèen Poignonec
Didier Jeunesse 2026

Obsolète chevaleresse

Par Michel Driol

Si Eugénie boude, c’est qu’elle rêve d’être chevalier, et que son père lui affirme que c’est impossible. Alors elle argumente, car pour elle, ce n’est pas parce qu’elle est une fille que c’est impossible. Et de raconter tout ce qu’elle fera quand elle sera chevalier… Mais quand son père lui réponde que c’est impossible parce qu’on n’est plus au Moyen Age, la voilà regrettant d’être née quelques siècles tôt tard, et boudant à nouveau…

Eugénie fait partie de ces personnages de fillettes au (mauvais) caractère bien trempé qu’on adore retrouver dans les albums. Croquée par l’illustratrice avec une ample tignasse brune, et une salopette rouge à carreaux, le texte montre qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, qu’elle sait observer les autres, et qu’elle est dotée d’une imagination débordante. Sa passion pour le Moyen Age, on la devine au travers de la représentation de sa chambre : château fort, chevalier, chapeau de sorcière, dragon, et une riche bibliothèque, propre à nourrir son imaginaire Le dispositif iconique est original qui oppose la réalité vécue, en monochrome rose, aux rêves de chevalier d’Eugénie, en couleur. Réalité et rêve s’opposent, page de gauche, page de droite, permettant de voir comment la fillette transforme son univers familier, ses jouets en éléments bien médiévaux.  Ajoutons à cela quelques clins d’œil, au chaperon rouge ou aux trois brigands dans l’illustration et on aura une idée de la richesse et des sources de cet imaginaire…

Bien sûr, l’album déconstruit les stéréotypes de genre, à la fois dans le lexique (on ne dit pas une chevalier) et au travers de l’attitude et du comportement de la fillette, bien décidée à exercer le métier qu’elle a envie d’exercer. Mais il le fait avec humour, car l’impossibilité signalée par le père ne tient pas au genre, mais à l’époque… Tout au plus peut-on devenir chevaleresse des Arts et lettres, dit-il, décevant une nouvelle fois sa fille. L’humour, il est aussi dans le personnage muet du chat, présent sur presque toutes les illustrations, un gros chat poilu, si poilu que le texte signale qu’on a du mal à percevoir où est sa tête, chat complice, chouchou, comparse au fil des pages…

Un album plein d’humour présentant un personnage de fillette bien décidée, qui n’a pas froid aux yeux, et vit dans son monde, celui du Moyen Age, une fillette bien décidée à ne pas renoncer à ses rêves… Quand la bouderie devient un art de vivre, et un refuge contre le monde !

Un été pour respirer

Un été pour respirer
Katie Idle
Seuil, 2026

Une bande de jeunes

Par Anne-Marie Mercier

Ils ont autour de 17 ou 18 ans, et sont à la frontière entre l’adolescence et l’âge adulte. L’année suivante, certains iront à l’université, d’autres pas.
Parmi eux, il y a un couple sans arrêt entre la rupture et la réconciliation, un beau jeune homme, homo qui cherche le grand amour sans le trouver (cela semble être une fatalité en littérature pour adolescent, il faut toujours que les homos soient malheureux). Il y a Hettie, qui rêve de devenir actrice, alors que ses parents espèrent qu’elle fera du droit comme eux (un écho au cercle des poètes disparus?) et puis enfin, et surtout, il y a Adam, toujours accompagné par sa petite sœur, dont il s’occupe avec beaucoup d’amour.
Adam leur cache quelque chose, tout en faisant semblant de n’avoir aucun secret pour ses amis. Ce secret que le lecteur comprend assez vite, grâce à de nombreux retours en arrière, c’est l’alcoolisme et la violence du père, effondré depuis la mort de sa femme. Il ne s’en remet pas et tourne sa rage contre son fils.
Il a un autre secret, c’est son amour pour Hettie, à qui il n’ose pas en parler, celle-ci, insistant sur le fait qu’ils sont amis, grands amis et c’est tout.
Le cœur du roman se passe pendant une semaine lors de laquelle tous les amis sont réunis dans une maison au bord de la mer. Cette semaine de suspens à pour but principal d’essayer de faire parler Adam et de l’aider à régler ses problèmes.
Il y a beaucoup de dialogues, souvent blagueurs, une ambiance de soirée pyjama prolongée, peu d’évènements. Les lecteurs qui cherchent des rebondissements en seront pour leurs frais. D’autres pourront sans doute apprécier cette espèce de sitcom sentimental et social.

La Vie, même pas peur

La Vie, même pas peur
Maya Angelou – Jean-Michel Basquiat
Traduction de Lisette Lombé, Julie Lombe, Joëlle Sambi
Cotcotcot 2026

Surmonter ses peurs

Par Michel Driol

Les éditions Cotcotcot ont l’excellente idée de republier un ouvrage paru aux Etats Unis il y a un quart de siècle, faisant dialoguer le poème de Maya Agelou Life doesn’t frighten me avec des tableaux de Jean Michel Basquiat, un recueil édité par Sara Jane Boyers. Quant à la traduction, elle est assurée par 3 poétesses et slameuses belgo-congolaises, militantes afro féministes et performeuses. A la suite de l’ouvrage, on trouvera une biographie de Maya Angelou et de Jean-Michel Basquiat, ainsi qu’une postface de Sara Jane Boyers.

Rappelons d’abord qui était Maya Angelou, à  la fois  activiste, écrivaine, poétesse, militante des droits civiques aux États-Unis, décédée en 2014 à l’âge de 86 ans. Son texte, la Vie ne me fait pas peur, est extrait d’un recueil publié en 1978 : Pourtant je m’élève. Quant à Basquiat, il est sans doute plus connu en France que Maya Angelou  comme graffeur, peintre américain d’avant-garde populaire et pionnier de la mouvance underground. Les deux ne se sont jamais rencontrés, et c’est l’éditrice Sara Jane Boyers qui a eu l’idée de réaliser un ouvrage pour la jeunesse à partir des tableaux de Basquiat, pour lesquels elle a cherché un texte d’accompagnement, et ce fut comme une évidence : le poème de Maya Angelou dialoguait merveilleusement avec les œuvres du peintre.

Et, de fait, ce dialogue fait résonner les deux œuvres dans une complémentarité bien signifiante. L’univers puissant de Basquiat est rempli d’un sombre chaos mais aussi d’une innocence toute enfantine. On y retrouve des squelettes et des cranes,   des individus inquiétant car tout désarticulés, aux dents visibles, comme agressives, mais aussi des animaux. Ce monde inquiétant dialogue  avec les peurs  exprimées par Maya Angelou. Un dialogue tout en finesse, parfois explicite avec les figures du chien ou du dragon en écho direct aux contenus du texte, parfois moins explicite avec un geste, une attitude qui répond aux propositions du texte. Cela invite à prendre le temps de lire le texte, quelques vers par page, et de contempler les peintures de Basquiat pour chercher, éprouver, ressentir les correspondances. Ce dialogue n’a rien de figé, mais il est déclencheur d’une énergie, d’une envie d’aller de l’avant qui ne peut que renforcer la signification du poème.

La vie, même pas peur, c’est en effet à la fois un catalogue des peurs et terreurs enfantines, depuis celles liées à l’imaginaire jusqu’à celles, profondément vécues, des violences subies, et ce refrain, insistant, rythmant le texte, qui sonne comme une victoire sur soi-même, la Vie, même pas peur, façon de balayer ses craintes, et de foncer dans la vie.  Le poème renvoie à la fois à la vie de Maya Angelou, à ses combats contre le racisme et la ségrégation aux Etats Unis, mais aussi invite tous les enfants – mais pas que – à ne pas avoir peur pour oser agir, avec force et énergie, contre toutes les forces du mal.

Il faut bien sûr dire un mot de l’époustouflante traduction, une traduction qui ose bouleverser la syntaxe dans le titre, qui ose les belgicismes (crolles), les cultures africaines (tchipe), les anglicismes (curly). Une traduction faite pour l’oralité et la profération dans le travail sur les rythmes, les sonorités, les rimes, une traduction pleine de vie et de vigueur.

Belle découverte que cet album qui retrouve ainsi une seconde vie, un album qui invite à trouver en nous-mêmes le courage et la force pour se confronter à  nos peurs, de quelque nature qu’elles soient. Résistance, émancipation, confiance en soi, puissance d’agir sont aux antipodes de la terreur qui paralyse.

Il y a 25 ans, aux Etats Unis, c’est la situation politique qui avait conduit Sara Jane Boyers à réaliser ce projet contre un mouvement puritain de désengagement des activités culturelles… 25 ans plus tard… force est de constater qu’en Europe aussi, cet anniversaire rend bien nécessaire de telles entreprises artistiques pour proposer aux enfants, aux adultes de demain, le meilleur de la littérature et de la peinture comme ode à la vie et à l’émancipation.

Mes rêves au grand galop – Saison 2

Mes rêves au grand galop – Saison 2
Didier Jean & Zad
Utopique 2026

Cheval, couture , collège et harcèlement

Par Michel Driol

Inès, élève de 3ème, paralysée, est férue d’équitation. Elle est amoureuse de Sébastien, et délaisse peu à peu son amie d’enfance, Sasha. Cette dernière, qui adore coudre, est remarquée par une nouvelle élève, Mila, qui accepte de lui servir de mannequin dans des vidéos. Mais un jour tout change. Mila se désintéresse de Sasha qui doit affronter moqueries, brimades et petites agressions au point de tenter de se suicider. Inès et Sébastien tentent de comprendre ce qui s’est passé.

Ce roman est le second tome d’une série, dont le premier opus est brièvement raconté au début, afin de ne perdre aucun lecteur. Ajoutons une table des personnages pour aider à la compréhension du récit, polyphonique, car pris en charge, en alternance, par Inès, Sébastien et Sasha. L’intrigue prend du temps à se mettre en place, le début du roman étant consacré aux activités normales des trois adolescents, et à la joie de Sasha d’être repérée et admise chez elle par Mila, expansive, riche, populaire malgré son arrivée récente dans le collège. Puis différents indices conduisent le lecteur à s’interroger sur ce personnage de Mila, son comportement à l’égard de Sasha, lorsqu’elle la prend en photo nue, à l’égard de Sébastien, lorsqu’elle lui commande son portrait qu’elle paie chèrement. Le drame se noue donc petit à petit, dans une temporalité longue, sans qu’on comprenne vraiment les éléments déclencheurs, les raisons du harcèlement de Sasha. Ce dernier est particulièrement bien décrit, aussi bien dans les faits que dans les conséquences psychologiques sur la jeune fille, harcèlement à la fois physique et cyber harcèlement.

La polyphonie permet d’avoir les points de vue des trois principaux protagonistes, de montrer comment se tissent ou se détissent les liens entre eux dans ce récit à trois voix qui fait la part belle aux personnages secondaires, positifs pour la plupart comme les parents de trois adolescents, travailleurs, attentionnés, s’aidant les uns les autres.

Reste bien sûr la question des motivations de Mila, qui sont traitées avec soin par les deux auteurs. Elle s’exprime, dans une lettre de demande de pardon, et évoque aussi ce qui lui est arrivé dans un autre collège. Les auteurs font ainsi du harcèlement une spirale dont il est difficile de se débarrasser.  Mais aussi sans doute dans un roman pour la jeunesse il est difficile de construire des personnages d’ados totalement négatifs… Toujours est-il qu’après le drame évité de justesse, les personnages retrouvent une sorte de calme, de sérénité pour pouvoir affronter l’avenir. En cela le roman est bien porteur de valeurs humanistes.

Un roman adolescent qui aborde les questions du harcèlement scolaire et du cyber harcèlement, à travers 3 voix bien identifiées, et qui se termine en donnant les numéros de téléphone utiles pour venir en aide aux mineurs en danger.