Billes

Billes
Laure du Faÿ
Sarbacane,  2019

Jeux infinis

Par Anne-Marie Mercier

Loin des récits mièvres sur le charme des jeux d’antan, et loin de l’austérité des documentaires, ce bel album, allongé en hauteur, offre le plaisir de contempler les merveilleuses couleurs et irisations de toutes sortes de billes : œil de chat, agate, pépite, perroquet, tortue, essence, sont les plus connues. Mais il y a aussi les abeille, flocon, galaxie, picasso. Selon leur taille elles peuvent être des calots, des mammouths, des mini billes… elles se déclinent en pierre, en verre, en bois, en acier, en os, en terre…
On découvre aussi comment elles sont fabriquées, depuis quand, où, et comment on y joue dans les différents jeux de billes : la tic, le bombardier, le mur, le pot… On pratique le troc, on construit des circuits, enfin il y a d’infinies possibilités.
Laure du Faÿ illustre tout cela en beauté, maniant les couleurs franches et les formes simples, alternant fonds blancs et fonds bleus, vues d’ensemble et détails, scènes et pages documentaires.

La Folle Rencontre de Flora et Max

La Folle Rencontre de Flora et Max
Martin Page, Coline Pierré
L’école des loisirs (médium + poche), 2018

Prisons – écrire pour s’échapper

Par Anne-Marie Mercier

Ce petit roman épistolaire déjà publié en 2015 méritait une réédition en poche, tant l’hisotire de Max et Flora est à la fois singulière et commune et tant elle est abordée avec délicatesse. Flora est en prison pur avoir blessé gravement une fille de sa classe qui la harcelait. Max lui écrit pour lui dire qu’il la connait de loin et qu’il a eu envie de lui écrire parce que leur situation est à la fois lointaine et semblable : il est lui aussi prisonnier.

L’histoire de l’un et de l’autre est distillée peu à peu, avec pudeur et sensibilité. L’humour de Max et l’énergie de Flora sont touchants, tout cela est parfaitement agencé, percutant, mais en douceur. Les lettres sont brèves et proches de ce qu’on pourrait attendre d’adolescents d’aujourd’hui, même si l’auteure préférée de Flora est Sylvia Plath…).

Le Pigeon doit aller à l’école !

Le Pigeon doit aller à l’école !
Mo Willems
Kaléidoscope

Place aux pigeons ?

Par Anne-Marie Mercier

Comme Ernesto, l’enfant qui ne veut pas aller à l’école dans le texte de Marguerite Duras (Ah Ernesto, publié par Harlin Quist (1971) et réédité chez Thierry Magnier avec des illustrations de Katie Couprie), le pigeon a de nombreux arguments : il n’est pas du matin, il a peur, de la maitresse, des autres, des lettres, des chiffres…
Tout cela dédramatise gaiement la question et les poses du pigeon juste esquissé le rendent bien humain, comme dans les autres albums de la série, encore plus déjantés (Ne laissez pas le pigeon conduire le bus).

 

 

Je t’emmène en voyage

Je t’emmène en voyage
Carl Norac, etc.
À pas de loups,

Un voyage rêvé, à lire, écrire, illustrer… seul ou en famille

Par Anne-Marie Mercier

Le rêve de voyage de Carl Norac – rêvons avec lui puisque nous ne pouvons plus voyager ailleurs que « autour de chez nous » – est un voyage de poète :

« Je t’emmène en voyage. L’horizon sera notre bagage.
Nous aurons seulement avec nous un ou deux mots qui volent, pour saluer les gens, pur amuser la mer. Où irons-nous ? »

« Oublier le sol » et partir en avion en carton, s’embarquer dans un conte, dans une pensée fugitive ou secrète, dans un roman de Jack London, se dire que « regarder un oiseau c’est déjà un envol »…
Chaque page propose une surprise, une interrogation, et ouvre sur un nouvel univers graphique : comme dans un album précédent publié lui aussi aux éditions À pas de loups, sur le loup, de Germano Zullo, chaque page est illustrée par un artiste différent : Anne Herbauts, Katy Couprie, Béatrice Alemagna, Rascal, Laurent Corvaisier pour ne citer que les derniers, auxquels on peut ajouter les noms de Guillopé, Crowther, Novi, Concejo, Calleja, Albertine, Bachelet… On a ici la crème de l’illustration actuelle.

Un livre à parcourir ensemble, pour choisir son voyage préféré, ou à illustrer chacun à sa manière, à compléter… De quoi se réunir en poésie.

En le commandant si possible à votre libraire habituel, et non sur une plate forme anonyme et purement mercantile, bien sûr ! (aidons les libraires qui vont être en difficulté avec la fermeture des librairies).

Le Petit Chaperon rouge

Le Petit Chaperon rouge
Charles Perrault et Dominique Lagraula
(Les Grandes Personnes), 2019

                       Chaperon pop !

Par Anne-Marie Mercier

Album pop-up, récit en images composées de formes géométriques, ce Petit Chaperon Rouge semble au premier abord sans texte, mais ce n’est pas le cas : celui-ci se trouve caché sous des rabats. C’est bien d’avoir le texte intégral de Perrault, mais il n’est pas indispensable ici : on devine que la meilleure lecture qu’on puisse en faire serait de le « lire » à voix haute avec un enfant, ou, mieux, de lui demander de nous le raconter.

Solide, beau, raffiné, c’est un très bel objet, assez solide même s’il vaut meiux le m mettre dans des mains respectueuses. Pour le voir déplié, cliquer !

 

Confinement 3

Un rendez-vous avec les éditions Saltimbanque
« pour maintenir le contact, s’amuser, réfléchir, apprendre, comprendre et continuer de jouer en ces temps… confinés, nous vous proposons des rendez-vous thématiques pour les enfants, tous les jours à 10h30 sur la page Facebook des éditions Saltimbanque. Il y en aura pour tous les âges et tous les goûts ! »

Voici le programme :

Le lundi : une énigme de Victor Escandell pour se creuser les méninges seul ou en famille.
Le mardi : les sciences ! Des mystères de l’univers aux fonds abyssaux, en passant par le corps humain. Pour apprendre et s’étonner des mystères de la nature.
Le mercredi : place à la créativité et l’imagination ! Poésie, dessin… à vos crayons !
Le jeudi : Histoire et Mythologie pour voyager dans le temps.
Le vendredi : les animaux ! Géants de l’âge de glace, primates ou mammifères océaniques, découvrons les merveilles du règne animal !
Le samedi : voyage et géographie !

Le dimanche : c’est relâche ! Jeux et coloriages, on s’amuse !

La Mémoire des couleurs

La Mémoire des couleurs
Stéphane Michaka
Pocket Jeunesse, 2018

Eloge de la science-fiction à la littérature et à la fiction

Par Anne-Marie Mercier

Voilà une contre utopie réjouissante, qui place notre société terrienne, (Paris et les Cévennes) avec tous ses défauts, comme un repoussoir face à une utopie proche de celle du Meilleur des mondes. C’est aussi un roman passionnant, plein de rebondissements, de personnages originaux et attachants.
La planète Circé, proche de l’Utopie de Thomas More par sa géométrie, image de la perfection aux yeux de la plupart de ses habitants, est dirigée par l’Oracle, entité (bienveillante ?) ou super ordinateur, c’est ce qu’on verra en suivant l’enquête du héros. L’Oracle œuvre apparemment pour le plus grand bonheur des habitants, appelés les Couleurs, chacune étant d’une nuance différente et étant nommée selon cette couleur : plus de racisme, plus de discriminations… On vit heureux jusqu’à 66 ans.
Mauve, un jeune homme qui a l’apparence d’un adolescent de 15 ans, se réveille amnésique, après un cauchemar confus, sur la planète Terre, dans un lieu étrange qu’on lui décrira comme une brocante. Il a été expulsé pour ses crimes sur cet enfer où l’air est pollué et où rugissent les suicideuses (les voitures) qu’il observait auparavant dans les musées de Circé, sous formes de compressions.
Peu à peu, devenu télépathe, il découvre son entourage terrien ; il y gagne une famille : la jeune Lucy qui rêve de devenir chanteuse aux USA, sa tante, personnage mystérieux qui l’héberge et le nourrit sur ordre, un vieil homme qui aime Billie Holiday, Ella Fitzgerald, les herbiers, et lui fera découvrir L’Odyssée et bien d’autres œuvres. Il lui apprend aussi à pratiquer la lecture lente : elle remplacera le scannage qu’il utilisait à Circé. Dans ses souvenirs, lui revient aussi l’image de sa promise d’autrefois, Cyan, enlevée par les forces de l’Oracle, pour avoir brandi un « vrai » livre, Les Confessions, et réclamé le droit de s’exprimer en disant « je ».
Avec un véritable suspens, on suit en parallèle les aventures de Mauve sur Terre et des souvenirs d’épisodes de sa vie d’avant qui lui reviennent progressivement : son enfance parfaite sur sa planète parfaite, comment il a perdu son amour, comment il est parti à sa recherche, sa plongée dans les profondeurs du système, et sa découverte des deux familles rivales qui manipulent l’Oracle, les Styrge et les Lystraker, enfin le crime pour lequel il a été condamné à l’exil sur la Terre.
À Paris et dans la communauté des Cévennes qu’il rejoint (appelée Mirceade – allusion à Mircea  Eliade ? – proche de Génolhac dans le Gard), il découvre un autre monde (celui du retour à la terre et à la vie simple) et commence à lutter contre ce qui menace la Terre :
« la Toile vit ses derniers jours. Non seulement elle est vulnérable, susceptible d’être piratée à tout instant, mais elle complique inutilement la vie des humains. En plus d’être assaillis de messages publicitaires sur lesquels ils cliquent sans le vouloir, ils oublient sans cesse leur mot de passe, perdent l’accès à leurs données et se noient dans un trop plein d’informations »… L’appel à un rapprochement avec la situation actuelle des nuls en internet n’a rien de subliminal.
Le message est clairement celui d’une défiance vis-à-vis du progrès technologique  :
« Un monde hyperconnecté qui fonctionne sous la perfusion continue de trilliards de données. Et qui en oublie de préserver l’air qu’on respire, l’eau qu’on boit, les fruits que donne la terre. Un monde qui n’aura  bientôt qu’un seul recours : s’en remettre à une force de calcul et de prévision infiniment supérieure à celle des hommes. Une entité désincarnée pour laquelle l’humain ne sera qu’une donnée parmi d’autres. »
L’un des autres aspects intéressants (bien que lui aussi un peu trop appuyé) de ce roman est celui qui donne lieu à un éloge de la lecture. Mauve arrive par la lecture à bloquer les pensées des autres qui sont une torture pour un télépathe ; grâce à elle il accède néanmoins à ces pensées. En effet, par la lecture il gagne en humanité et cela lui permet de lire dans le cœur des humains, d’interpréter leurs silences,  de développer son empathie.
« La lecture patiente, attentive, imaginative imprègne tellement notre esprit que les pensées parasites ne peuvent plus nous atteindre. Elle nous déconnecte littéralement de notre environnement. […] Elle nous entraîne dans des labyrinthes dont nous sommes les seuls architectes ».
Quant à la solution qu’il trouve pour sauver la planète, elle ne manque pas d’originalité : pour sauver le monde, il faut raconter des histoires et donner l’amour des histoires. Bel l’éloge de la de science-fiction à la littérature et à la fiction, qui évoque celui de Fahrenheit 451. Cette œuvre a été enregistrée au Studio 104 sous le titre « le bruit du monde ».
Stéphane Michala, qui est passé de l’écriture théâtrale au roman, est aussi le créateur de concerts-fictions adaptant des œuvres du XIXe siècle : Vingt mille lieues sous les mers (publié chez Gallimard), Moby Dick, Alice au pays des merveilles…

confinement 2

Confinement (2)

Claude Ponti au secours des enfants confinés: jeux, découpages, etc.

Message de Claude Ponti : des petites activités chez mon préféré éditeur:
https://www.ecoledesloisirs.fr/un-jour-avec-claude-ponti

(Merci, Claude Ponti!)

 

 

 

Fictions pour ados, bandes dessinées, littérature : beaucoup de choses à lire pendant le confinement, sélection sur le site de France inter
Les librairies sont fermées, mais lire reste possible. Editeurs, auteurs, plateformes proposent diverses solutions. Parmi les bandes dessinées, les nouvelles, les essais, on a repéré les offres les plus intéressantes: Boule et Bill, Pico Bogue, un XIII de Van Hamme, et même un Blake et Mortimer, La marque jaune, à feuilleter gratuitement, textes à télécharger chez Zulma, Classiques libres de droits…

Où trouver les livres ?

Où trouver les livres  (France info) ?
sans passer par Amazone et la Fnac (qui livrent encore) : Il reste lalibrairie.com toujours opérationnelle pour commander et recevoir des livres en provenance de librairies indépendantes.

La vente de livres en version numérique est néanmoins toujours possible sur les plateformes habituelles.
Tous les livres entrés dans le domaine public sont disponibles gratuitement en version numérique. Ils sont téléchargeables sur des plateformes telles que EbooksBibebook, Kindle (Amazon), ou encore la plateforme Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

La plateforme Youboox « pour participer à l’effort national », a décidé de passer son abonnement de 9,99€ à 0,99€ mois pendant 3 mois et propose des sélections de livres pour les enfants et les ados. 

De nombreux sites sont recensés ici, sur la page de la documentation de Toulouse.

On peut aussi expérimenter les livres audio, à retrouver sur les plateformes de vente en ligne classiques, ou sur des sites spécialisés, comme AudiocitéBibliboom ou encore Litteratureaudio.com.