La Route froide

La Route froide
Thibault Vermot, Alex Inker (ill.)
Sarbacane, 2019

Aventures gelées

Par Anne-Marie Mercier

Rien de tel qu’un roman dans le grand froid à lire pendant l’été : cela vous incite à rester cloitré à l’intérieur et vous rafraichit, et cela vous donne un horizon dégagé pour les saisons futures.
Le livre de Thibault Vermot renoue avec la grande tradition des romans du nord : on y trouve un jeune garçon, adolescent qui part, bien couvert et bien chaussé, avec son pique-nique, pour ce qu’il pense être une promenade d’une journée, aux environs de sa nouvelle maison, en Alaska (ses parents et lui ont quitté quelques mois auparavant la Californie), un vieux trappeur qui s’est pris d’amitié pour lui et l’a prévenu du danger d’un certain lieu, vers lequel sans le savoir il se dirige, un chien, une tempête de neige qui arrive, et des êtres mystérieux qui prennent forme tandis que la panique s’empare petit à petit de lui.
Le début du roman qui fait alterner préparatifs et scènes de marches pleines d’allant avec des retours en arrière racontant la vie d’avant, au soleil de Californie, la décision des parents qui rompent avec leur travail et une vie confortable mais vide de sens pour affronter la vie rude du nord, le point de vue du garçon, mêlant regrets et enthousiasme, sont par eux-mêmes intéressants. Ils proposent une expérience de retour à la nature avec tous ses aléas, économiques, thermiques, architecturaux, relationnels… Et en toile de fond, qui devient parfois le sujet même, la beauté des paysages, les sensations, les bruits.
La montée progressive de l’inquiétude, avec d’abord la mise en place raisonnée de techniques de survie apprises dans les livres ou en écoutant les adultes, puis l’entrée dans un délire causé par la fatigue, la faim, l’hypothermie et la terreur, les visions inquiétantes, de vieilles histoires de malédictions indiennes, tout cela forme un ensemble prenant.
Les illustrations à l’encre d’ Alex Inker, auteur de BD, sont parfaites dans cet exercice de dépouillement / enrichissement. Elles montrent bien que chaque épisode reprend et renouvelle un thème : la maison, le couteau, l’allumette, le sandwich, la hache, le chien, la carte, le fleuve gelé… et en ajoute de nouveaux : la montre, le téléphone – absent (superbe épisode!), la main coupée (brrr…): frissons garantis, et pas que de froid!

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