Rouge
Jan de Kinder
Didier Jeunesse 2015
Lutter contre le harcèlement à l’école
Par Michel Driol
C’est la narratrice qui le remarque : Arthur a les joues toutes rouges. Et tout le monde se moque de lui, à commencer par Paul, qui fait peur à tout le monde. Mais la narratrice ne trouve pas le courage de dire que Paul harcèle Arthur. C’est alors la classe qui fait bloc pour dire ce qui s’est passé, et soutenir la narratrice.
Un album publié il y a dix ans déjà, mais qui n’a pas pris une ride tant le harcèlement scolaire est devenu un fléau. A travers les yeux d’une enfant, on parcourt toutes les phases, comment cela commence, le silence imposé par le caïd local, les questions qui se bousculent dans la tête de la fillette. Comment oser s’opposer, comment oser dire quand on se sent menacée à son tour, face à un danger vu, lui aussi, à hauteur d’enfant, disproportionné (elle se voit morte) et donc insurmontable. L’album dit aussi la force du collectif, de la classe, pour sortir de l’impasse, l’enchainement des petits faits, des petites actions, d’un courage partagé pour défendre la victime. Ainsi conçu, l’album qui raconte l’empathie d’une fillette pour un jeune garçon, est bien propre à susciter des débats en clase, pour à la fois se mettre dans la tête du harcelé, du harceleur et des témoins.
Le texte, justement imprimé en rouge, dit bien les hésitations, les états d’âme de la fillette, confrontant ses pensées à ses actes, et donnant à entendre les voix des autres : camarades, maitresse… Les illustrations utilisent différentes techniques (gouaches, collages) pour donner à voir cette histoire, dans une dominante de rouge. Rouge, ce sont les joues d’Arthur, ce sont aussi les feuilles de l’arbre, c’est toute la ville qui se met à l’unisson d’Arthur, mais c’est aussi la représentation de Paul sous forme d’un monstre mythologique aux grandes dents, c’est enfin le rouge de la honte qui envahit la classe, lorsque la fillette n’ose pas lever le doigt…
Un album, dont la fiction au texte particulièrement réaliste utilise les ressources de l’imaginaire dans les illustrations, qui alerte sur le harcèlement à l’école, et montre que les enfants ont le pouvoir d’y mettre en terme en étant unis par la solidarité autour de la victime, en se désolidarisant du harceleur.