Lili et la louve

Lili et la louve
Elise Fontenaille – Alice Bohl
Grasset 2017

La petite fille dans la vallée …

Par Michel Driol

Lili vit avec sa mère bergère, son père guide de haute montagne, et sa chienne Neige dans une vallée isolée des Pyrénées. Pour ses sept ans, elle découvre qu’elle peut parler avec les animaux. Un jour, l’ourse Caramelle lui dit qu’elle a vu une louve. Courageusement,  Lili et Neige guettent la louve pour protéger les brebis, jusqu’au face à face avec l’animal redouté. Celle-ci se révèlera moins féroce que sa réputation.

Voici une histoire simple, qui s’ancre dans la réalité – les parents ont un métier bien identifié – mais qui glisse vite dans le merveilleux, pour célébrer un mode de vie, loin des villes, en communion avec la nature. Elise Fontenaille, dans ce récit d’amitié entre une fillette et des animaux, évoque ici avec bonheur  les pouvoirs magiques de l’enfance et le courage dans un conte optimiste et plein de fraicheur. Vaincre ses peurs, se confronter aux dangers, et, en même temps, être bienveillant et respectueux de l’autre, découvrir que la nature n’est pas hostile, voilà quelques-unes des valeurs que porte cet album. Les illustrations d’Alice Bohl – des aquarelles qui ne cherchent pas le réalisme à tout prix – entrainent aussi, sans mièvrerie, le lecteur dans l’univers coloré de ce conte, au cœur d’une montagne de rêve.

Un album pour inventer un paradis retrouvé…

Miss Ming

Miss Ming
Valérie Dumas – Jean-Pierre Blanpain
HongFei 2017

La pierre de rêve, ou la grand-mère retrouvée

Par Michel Driol

Lila revient chez sa grand-mère, la fameuse Miss Ming. Au-delà du champ d’Antonio, elle retrouve la maison inhabitée désormais, et ses souvenirs. Se dessine alors le portrait en creux de cette grand-mère, à travers les objets exotiques omniprésents qui évoquent celle qui a été une grande voyageuse dans sa tête. Lila se souvient de ses sept ans, de la fête d’anniversaire organisée par sa grand-mère, et de son cadeau, un étrange objet à la quête duquel elle se lance : une pierre de rêve qu’elle retrouve dans l’armoire rouge. Elle la regarde et y retrouve la figure bienveillante et initiatrice de sa grand-mère, accompagnée de la figure protectrice d’Antonio.

L’album tisse finement plusieurs fils : celui de la province française, avec son paysan, ses vaches et ses fromages et celui de l’exotisme, avec ses cerfs-volants, ses figurines chinoises ; celui du souvenir de la grand-mère, des jours heureux de l’enfance et celui du voyage dans la vie qui reste à parcourir ;.celui de l’ancrage dans le réel, avec la maison, la brouette, l’escalier… et celui du merveilleux avec les dragons, voire du fantastique avec cette bague qui apparait mystérieusement à la fin dans la main de Lila.  Le tout est rythmé par la voix de la grand-mère, qui résonne encore « Lila ma douce… » L’album ne manque pas d’humour, en particulier dans le portrait de cette grand-mère, Miss Ming. « Pas de doute, ici tout est Ming » assure le texte, tandis que l’illustration montre un éventail « Restaurant la baie d’Along » ou une carte « pour votre fête ». Se mêlent ainsi, au fil des pages, des chinoiseries, des porcelaines, un robot, des théières qu’on croirait sorties de chez Jérôme Bosch, des clowns, des poupées, des dessins d’enfant… jusqu’à l’épure finale de la pierre de rêve qui fait passer dans une autre dimension, plus orientale, avec les silhouettes des montagnes et la grue en vol.

L’illustration – à quatre mains – est particulièrement réussie et riche. Elle aussi mêle les aquarelles colorées  de Valérie Dumas aux linogravures  noir et blanc de Jean-Pierre Blanpain.  On prend plaisir à observer tous les détails, à pénétrer, comme par effraction, dans cet univers particulier qui porte la trace de la grand-mère disparue et d’un passé qui ne sont  plus.

Voilà un album plein de tendresse où il est question avec légèreté de dépaysement, de transmission, d’interculturel et de voyage immobile.

 

Belle maison

Belle maison
Anaïs Brunet

Sarbacane

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Par Michel Driol

Deux enfants, Lise et Noufou, reviennent passer l’été dans la maison familiale, abandonnée tout l’hiver. Ils retrouvent leurs habitudes, leurs livres, la maquette commencée l’année précédente, la plage où l’on construit des châteaux pour accueillir les poissons. Une histoire ordinaire et simple certes, mais c’est la maison qui raconte, et devient le personnage principal de cet album.

La maison est située au bord de la mer. Elle a des amis : sur une ile, une vieille tour datant du moyen-âge, le mimosa, une famille de pies. Elle a ses coquetteries : elle ne dira pas son âge. Elle a aussi ses regrets, de ne pas avoir voyagé alors qu’elle un tempérament d’aventurière. Pour elle, le retour des enfants, c’est celui de la vie.

On pourra être agacé parfois par le ton précieux de cette maison, qui signe « votre Belle Maison »,  qui parle comme une grand’mère un peu traditionnelle dans son vocabulaire un peu désuet et sa syntaxe bien polie, et évoque « ses terres ».  On sera peut-être aussi gêné de la représentation de cette maison de la bourgeoisie provinciale, avec ses tomettes au sol, son portemanteau années 60, sa salle de bains début 20ème siècle, ses tapisseries à fleur. On sera peut-être aussi gêné par l’absence d’adultes et ces enfants qui vivent leur vie, seuls, en ce bord de mer. Mais c’est qu’au fond le propos de l’album est ailleurs : il faut prendre cette maison sur un plan métaphorique, et y voir le lien de la filiation, l’inscription des nouvelles générations dans une histoire familiale dont la maison garde trace et souvenir. C’est à la fois le retour au cocon – voire au ventre maternel – qui est célébré ici, mais sans que ce cocon ne soit écrasant : les enfants sont libres d’aller et venir, sans obligation de raconter leur journée. La maison souligne leur indépendance et les projette déjà dans leur futur au service des autres (restaurateurs ou médecins).

Finement, l’album oppose l’intérieur et l’extérieur, qui envahit la seconde partie. Scènes de plage qui deviennent vite des  scènes surréalistes mêlant monde sous-marin et monde terrestre, dans une véritable robinsonnade marquée par la construction d’une cabane au milieu des animaux sauvages, comme autant d’images d’une liberté possible d’une enfance qui peut, dans les dernières pages, retrouver ses racines à la cuisine et dans la chambre à coucher.

Un premier album d’une nouvelle auteure de littérature jeunesse à suivre.

 

 

L’Histoire de la petite maison qui recherchait des habitants

L’Histoire de la petite maison qui recherchait des habitants
Piret Raud
Rouergue

La petite maison dans la prairie

Par Michel Driol

La petite maison est triste d’être seule. Pourtant elle est belle et accueillante, avec ses motifs géométriques et ses roses. Elle part en quête d’un occupant, et rencontre successivement un chien, un poisson, un oiseau, un vagabond. A tous elle propose de se transformer pour les accueillir, mais tous refusent, avec des arguments sans appel : ils ont un déjà une niche, la mer ou un nid. Quant au vagabond, il préfère sa liberté. C’est alors qu’un fantôme demande à être hébergé. La petite maison et le fantôme pleurent ensemble, mais finalement sourient.

Piret Raud, auteure estonienne qui commence à être reconnue en France, signe ici un album étrange. Certes, il prend le contrepied du « Chacun cherche son toit » pour faire de l’héroïne de l’histoire la maison elle-même. Cela parle de solitude et de quête impossible de lien. La maison est prête à tout pour entrer en relation avec quelqu’un, prête à toutes les transformations – à toutes les altérations ou aliénations ? La voilà devenue niche, bateau, nid, mais ceux qu’elle rencontre n’en ont cure : ils ont déjà leur vie, leur monde, et n’entendent pas le changer, même s’il les contraint. Comme chez La Fontaine, le chien doit être très obéissant dans le jardin de Tata Anne, mais cela lui convient parfaitement, dit-il. A l’inverse, le vagabond avoue souffrir parfois d’être sans logis, mais aime bien cette situation. L’album se clôt sur une énigme : le fantôme n’existait pas, mais cela n’était pas un problème… la petite maison l’adorait. N’est-il que le produit de son imagination ? Ce dont elle a besoin pour être heureuse ? Cette fin ouverte ne manque pas d’intérêt, d’autant que les illustrations de la première et dernière page se font écho : c’est la même maison, dans le même cadrage, mais au début en pleine lumière, et à la fin en pleine nuit, sur une page très sombre.

Les illustrations de Piret Raud sont très particulières : illustration au point – chaque image est un amalgame de points serrés au crayon. Elle montre la métamorphose de la maison  à partir de quelques éléments graphiques, des roses qui deviennent roue par exemple. Les couleurs s’assombrissent de plus en plus, pluie et larme envahissent les pages, amplifiant le texte. Une mention particulière pour les représentations du chien et de l’oiseau, délicats entrelacs de courbes.

Un bel album en mi-teinte sur la solitude et la quête de l’autre.

Le Loup ne viendra pas

Le Loup ne viendra pas
Myriam Ouyessad – Ronan Badel
L’élan vert

Loup, y es-tu ?

Par Michel Driol

Dès la couverture, tout semble dit : un petit lapin terrifié dans son lit et l’ombre du loup. L’expressionnisme allemand relooké aux couleurs pastel. Dans son lit, le petit lapin questionne : « Tu es sure que le loup ne viendra pas ? ». Maman lapin rassure : les chasseurs les ont chassés, ils se cachent dans les bois, très loin,  il se ferait écraser par les voitures en ville, ne pourrait pas prendre l’ascenseur…  A chaque fin de page, le petit lapin relance « Comment tu peux en être sure ? ». Jusqu’au moment où on frappe à la porte, et que le petit lapin se précipite pour ouvrir « C’est surement le loup ! ». Changement de décor : on quitte la chambre à coucher pour découvrir un séjour, avec les restes d’une fête d’anniversaire : gâteau, ballons, cadeaux ouverts.  Et c’est le loup qui arrive, pour fêter l’anniversaire.  La chute est inattendue et désopilante : le loup dégustant sa part de gâteau entre les parents quelque peu interloqués.

L’album prend le contrepied des situations traditionnelles de peur du loup. Le loup est attendu, désiré par le petit lapin, et se montre plus fort que toutes les embuches tendues pour l’empêcher de rejoindre le lapin, le jour de son anniversaire. Le dispositif narratif est simple et efficace : page de gauche, le texte sous forme de dialogue, et la chambre du lapin, où l’on voit la maman ranger les vêtements, couvrir l’enfant, dans une atmosphère de grande quiétude. Page de droite l’extérieur, avec la forêt et les chasseurs, le bois, la ville la rue, l’immeuble, l’ascenseur. Les couleurs pastels, avec leurs dominantes de bleu (comme la robe de la maman) et d’ocre (comme le pelage du loup), unissent les deux univers, l’intérieur et l’extérieur, alors que les dernières pages font appel à plus de rose (le pyjama, le cadeau). L’un des intérêts de l’album est qu’il piège le lecteur qui se méprend, comme la maman, sur les sentiments du petit lapin : là où on voit de la peur et l’inquiétude irrationnelle du soir, on est en fait dans le désir et la confiance dans la force tranquille du loup qui se révèle pacifique. Si les ennemis traditionnels sont réconciliés, sans qu’on sache où et comment le loup et le lapin sont entrés en contact, l’album joue surtout sur les réponses stéréotypées, et montre combien il est parfois difficile pour les parents de comprendre ce que souhaitent réellement leurs enfants.

Un album malin, tendre et drôle qui montre que la compréhension n’est qu’un cas particulier de malentendu.

Le pire livre pour apprendre le dessin

Le pire livre pour apprendre le dessin
Antonin Louchard
Seuil Jeunesse 2017

Le Maitre et l’élève

Par Michel Driol

L’album se présente sous forme d’un dialogue entre un professeur qu’on ne voit pas, dont les propos occupent la page de gauche, en caractères gras, et un jeune lapin, page de droite, vu de face. Ce dernier ronchonne, proteste que c’est sa mère qui l’a envoyé à ce cours de dessin, parce que c’est gratuit, râle parce qu’il n’a pas le droit d’avoir un cutter, voudrait dessiner avec un modèle, et réalise évidemment le dessin d’une carotte… sous forme d’un gribouillage bleu. Surprise du professeur qui trouve que ce n’est pas ressemblant et propose alors de lui faire rapidement le dessin d’un lapin très gentil, bien élevé, et qui adore les carottes… Le résultat est surprenant et le professeur explique qu’il n’avait pas de modèle…

Ce face à face entre deux personnages ne manque pas de saveur. D’un côté, la bonne volonté du professeur, de l’autre l’élève qui croit déjà tout savoir, et trouve tout nul… Comme toujours avec Antonin Louchard, les dessins sont à la fois simples et d’une totale expressivité : l’air buté et boudeur du petit lapin se lit sur son visage, ses yeux… Que dire de la trousse ouverte, du matériel de dessin en parfait état… et du petit porte-clef en forme de carotte, bien sûr ! La chute de l’album, avec la pirouette finale du professeur qui a plus d’un tour dans son sac, sera bien sûr comprise à différents niveaux par les enfants, et il sera intéressant de voir comment ils l’interprètent : nullité ou extrême subtilité de l’adulte…

Voilà un album décalé,  plein d’humour, sur le thème de l’apprentissage.

Mort au loup !

Mort au loup !
Philippe Jalbert
Seuil Jeunesse 2017

La fine équipe ?

Par Michel Driol

Voici une bande dessinée en deux actes. D’abord, décor militaire. Une tente, une jeep, et sous la tente un instructeur chien tente d’expliquer aux trois petits cochons comment se débarrasser du loup. Mais comme ils n’ont pas d’avion pour bombarder, ni d’argent pour acheter des mercenaires, reste la troisième solution, tendre un piège au loup, l’entrainer chez eux, et le supprimer. Acte deux, un petit cochon invite à grand peine le loup chez lui. Après quelques discussions, celui accepte, et se trouve face à trois ennemis bien décidés à en finir avec lui. Il veut bien se sacrifier, mais il leur conseille de ne manger que sa bouche, qu’il ouvre grand… et surprise… Son haleine est si fétide que les cochons le mettent à la porte, avant qu’il ne revienne demander du dentifrice !

C’est un album drôle et inventif. D’abord du côté des personnages et des situations : les trois petits cochons sont limités intellectuellement, peureux, quelque peu imbus d’eux-mêmes… des caricatures d’enfants un peu immatures… L’instructeur, devant son tableau noir, est la parfaite caricature du GI, que les réactions de ses recrues exaspèrent. Et quant au loup, qui voudrait être aimé par le petit cochon, changer les relations cochons-loup, il apparait subtil, élégant, distingué et cultivé. Des contrastes entre ces personnages naissent des dialogues parfaitement écrits, pleins d’humour et de cocasserie. Les illustrations  jouent aussi avec ces codes. La représentation des personnages permet de les caractériser : la cravate et le costume pour le chien, trois teeshirts rayés pour les trois cochons, de couleur différente bien sûr, un pantalon à bretelles pour le loup. Graphiquement, la hiérarchie des personnages – très anthropomorphisés –  est ainsi posée.  Par ailleurs, l’absence de vignettes permet de jouer dans un entre deux album – Bd : ainsi certaines doubles pages viennent rythmer et marquer les temps forts : l’explosion de l’instructeur, qui fait voler la tente, et de jouer sur les points de vue : celui du loup qui voit les trois cochons armés jusqu’aux dents, ou ce plan étonnant où un petit cochon est vu depuis la gueule du loup… Le récit est donc conduit avec entrain, jusqu’à ménager une chute surprenante. Quant aux intentions réelles du loup, elles restent voilées : est-il l’intellectuel  un peu naïf prônant ce rapprochement avec les cochons, ou un personnage subtil et plus rusé que ces ennemis ? La force de l’album est de ne pas trancher…

Un album rythmé, coloré, et plein d’humour, qui tient les promesses de sa couverture, dont le graphisme évoque les films de gangsters des années 50.

Le Festin des Affreux

Le Festin des Affreux
Meritxell Marti – Xavier Salomó
Seuil Jeunesse

Bon appétit, messieurs !

Par Michel Driol

Les monstres les plus redoutables se sont donné rendez-vous à l’Auberge pourrie, chez le célèbre chef Louis Pacuit. Chacun s’installe à table, et, page après page, on va découvrir ce que le chef a préparé pour le loup, la sorcière… jusqu’au monstre sous le lit. A chaque fois, le dispositif graphique est le même : une double page, et, sur la page de droite, une cloche à soulever, masquant le menu et les plats, tous plus ragoutants les uns que les autres, on s’en doute… Mais il manque un plat… arrive alors le plus terrible des monstres, un enfant, dévoreur de livres, comme il se doit. On ne révèlera pas ici ce que le chef lui a concocté… De quoi glacer d’effroi tous les monstres présents, qui songent à chercher un autre restaurant. « C’est incroyable ce que les jeunes mangent aujourd’hui ! Au bon vieux temps, leurs parents prenaient le temps de leur préparer des galettes maison ! », conclut le loup, philosophe et désabusé.

On avait lu et aimé l’Histoire perdue, des mêmes auteurs. Voici, dans un genre différent, un ouvrage qui se laisse dévorer jusqu’à la dernière page. Il renvoie, avec humour, à tous ces plats de sorcière que les enfants adorent imaginer, et à ce qu’il peut y avoir de plus dégoutant dans la nourriture, mais cuisiné de façon gastronomique. Tout y est, depuis les noms ronflants des plats jusqu’au dressage soigné et en parfaite harmonie avec les monstres présentés. Le tout est bien sûr farci de références textuelles et culturelles : de la pomme de Blanche Neige au Petit Poucet, les monstres sont nourris de leur propre histoire. Face à ces monstres, l’enfant arrive, débordant de joie et de vitalité, d’un appétit féroce pour croquer la vie à pleines dents, et, bien sûr, l’emporter sur les monstres par la monstruosité de ses pratiques alimentaires, que dénoncent ici plaisamment les deux auteurs… Le texte est enjoué, à la manière d’un commentaire de reportage un peu grandiloquent, farci de questions rhétoriques à destination du lecteur. Les images jouent tantôt avec les codes de l’horreur, tantôt avec celles des représentations de banquets (la Cène n’est pas loin…)  et sont pleines de vie et de couleurs.

Un ouvrage à dévorer sans modération… On peut même y revenir ! Et on découvrira, comme dans tous les bons albums, dans l’illustration une foule de détails qui avaient échappé au premier regard (chaque cloche ainsi est personnalisée).

 

 

 

 

Le Sandwich au jambon

Le Sandwich au jambon
Marie Tibi – Delphine Berger-Cormuel
Utopique 2017 – Collection Alter Egaux

Diversité culturelle dans la Galerie de l’Evolution

Par Michel Driol

Visite de la classe à la Grande Galerie de l’Evolution, et, au moment du repas, Mehdi s’aperçoit qu’il a pris le sac de sport de son frère. Tout le monde veut bien partager son sandwich avec lui… mais pâté, saucisson, jambon, Mehdi n’en mange pas. C’est une petite fille juive, Deborah, qui partage son énorme sandwich au thon avec Mehdi. Et les deux enfants d’évoquer les nourritures familiales, falafels et slata méchouia, avec promesse d’invitation mutuelle. La discussion s’oriente alors vers les pratiques religieuses et culinaires des uns et des autres avant de reprendre la visite du musée, et d’y découvrir que nous faisons tous partie de la grande famille des animaux.

Le message est clair : il s’agit bien sûr d’accepter et de respecter l’autre dans ses différences, pour découvrir quelles valeurs nous rassemblent, au-delà de ces différences. Sans didactisme ou moralisme, le sujet est traité par le dialogue, l’album donnant la plus grande part à la parole des enfants qui échangent sur leurs habitudes religieuses et familiales, et celles d’autres pays où ils sont allés. Les illustrations, qui font alterner enfants, nourriture et animaux, apportent un contrepoint humoristique : terreur des enfants devant le tigre à dents de sabre, ou homo sapiens mangeant sa tablette de chocolat.

Sur un sujet brulant dans notre société, un album positif qui permettra d’aborder  la notion de diversité culturelle.

La Traversée

La Traversée
Véronique Massenot – Clémence Pollet
HongFei 2017

Les copains d’abord…

Par Michel Driol

Il était une fois un éléphant qui voulait traverser le fleuve. Comme il a bon cœur, il permet à deux tigres, trois singes, et d’autres animaux de lui monter sur le dos pour traverser sans se mouiller. C’est ainsi toute une pyramide qui se retrouve en équilibre sur l’éléphant, jusqu’à ce qu’une toute petite araignée fasse tout tomber…  Mais, parvenue au sec de l’autre côté, elle tend son fil pour faire passer les autres animaux, qui reforment la pyramide dans l’autre sens.

Voici un album au format peu usité (étroit et très haut) pour s’harmoniser avec la pyramide des animaux les uns sur les autres. Des images simples, colorées, immédiatement lisibles par les plus petits qui s’amuseront de cette escalade – dégringolade, qui évoque le cirque et les acrobates. On a affaire à un univers tendre dans lequel tout le monde est gentil et serviable – l’éléphant en premier – , les tigres sont amoureux, les mangoustes rêvent de vacances et le perroquet a l’aile abimée. Personne ne rechigne à accueillir l’autre, même différent de soi. Et l’on s’aperçoit à la fin que même les plus petits, comme l’araignée, peuvent servir à tous. Sans doute les plus grands pourront retrouver un arrière-plan contemporain, social et politique : quelque part entre les migrants qui veulent traverser sur un bateau surchargé et le colibri-araignée qui fait sa part dans un univers qui préfère la solidarité à l’égoïsme. Les plus petits seront sensibles à l’humour et aux renversements, culbutes qui parsèment l’album.

Un album à l’image de Véronique Massenot, qui  veut écrire et dessiner un monde plus juste et plus beau, en jouant des couleurs et des mots, pour partager avec petits et grands, sans frontière d’aucune sorte, la seule richesse qui soit vraiment : celle des sentiments. (http://veroniquemassenot.net/index.html)