5 questions à poser à un oiseau

5 questions à poser à un oiseau
Laurence Gillot – Guilin Braïda
Editions du Pourquoi pas ?? 2026

Pour faire le portrait d’un…

Par Michel Driol

Avec sa voix haut perchée, le narrateur est harcelé par la bande de Barnabé. Rentrant de l’école, il trouve un carnet où une écriture enfantine a écrit 5 questions à poser à un oiseau, mais aussi à la guerre ou à la neige qui fond. L’autrice ? Sa voisine, qui se fait reconnaitre en lui posant 5 questions.5 questions qu’il modifiera un peu sur le tableau noir  – 5 questions à poser à quelqu’un qui a une drôle de voix… Et le maitre de proposer qu’on écrive 5 questions à ceux qui se moquent…

Voilà un récit qui d’abord s’inscrit sur un fond de dénonciation du harcèlement. Un harcèlement qui vise un garçon, dont la voix de soprane attire les moqueries, dont la voix étrange est d’abord ce qui le caractérise, y compris pour la jeune voisine qui vient rechercher son carnet. Comment aller outre les particularités physiques qui échappent à la norme ? Faut-il les remarquer ? En faire abstraction ?

Mais, s’il aborde ces questions-là, cette souffrance ressentie par le héros, le récit le fait avec beaucoup de créativité, à travers cette forme à la fois poétique et politique des cinq questions. Cinq questions posées à ce qui nous entoure, tant  éléments naturels que réalités humaines. C’est en cela que la dimension poétique rejoint la dimension politique du vivre ensemble. Cinq questions qui, certes, invitent à mieux cerner l’autre dans son identité mais qui ne sont pas suivies des réponses dans l’ouvrage. Soit parce que les éléments à qui elles sont adressées n’ont pas la parole – oiseau, neige, guerre – soit parce que les questions sont plus importantes que les réponses, qui invitent à l’introspection et à la réflexion.

La thématique très prévertienne de l’oiseau parcourt tout l’ouvrage. Dans les illustrations où les oiseaux reviennent comme un leitmotiv, élément de moquerie dans la bulle disant les insultes adressées par Barnabé au narrateur, héron majestueux devant un ballon à la fin.  Dans le texte, avec le héron brodé sur le mouchoir ou devenu objet de jeu pour les enfants qui  peuvent enfin prendre leur envol.  Quoi de plus libre qu’un oiseau ?

Cet ouvrage qui s’empare d’une superbe idée et d’une forme très poétiques invite, évidemment, ses lecteurs et ses lectrices à le prolonger sur les pages blanches qui suivent le récit, les incitant à questionner le monde plutôt que de se contenter de réponses toutes faites, et à prendre leur envol, comme les deux héros à la fin du récit pour aller à la découverte des autres. Gageons que, dans les rencontres et les dédicaces, il y aura toujours 5 questions à poser à une autrice, à une illustratrice et à un éditeur. Pourquoi pas ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *