La folle Journée d’un escargot
Da Wu
HongFei 2026
L’effet papillon
Par Michel Driol
Deux frères vont en ville où ils veulent faire des courses, manger des glaces et aller au cinéma. En chemin, le plus jeune aide un escargot à gravir un rocher où il se fait attraper par un oiseau. Tout en ruminant sa culpabilité, le jeune frère continue son chemin avec son frère. Mais, pendant ce temps, un gros oiseau veut attraper le petit, causant l’accident du camion de glaces, privant d’électricité la ville, occasionnant un énorme bouchon… avant que l’escargot ne retombe dans le sac des deux enfants…
L’album propose un récit double : d’une part les aventures de l’escargot, sur une partie ou la totalité de la page de gauche, aventures purement visuelles, traitées sous forme d’esquisses, accompagnées de quelques onomatopées ou cris. D’autre part, les activités des deux frères en ville, page de droite, accompagnées de leur dialogue, et traitées en illustrations en couleurs, dans un décor particulièrement détaillé. Deux récits parallèles donc, mais qui montrant en quoi les aventures de l’escargot ont des répercussions sur la vie des deux frères, sans qu’ils en soient conscients. Ainsi, par exemple, c’est la camion de glaces qui s’est écrasé contre un poteau électrique : donc pas de livraison chez le glacier, et panne de courant au cinéma. C’est simple et efficace, à la fois pour montrer avec humour la causalité improbable, la mécanique implacable des évènements, et la façon dont les expériences du monde sont multiples, variées, et interdépendantes. Pour autant, le récit joue entre le hasard des rencontres et la nécessité des déterminismes : relations entre prédateurs et proies, entre l’extérieur de la ville et son intérieur…. Le dispositif narratif fait que le lecteur en sait plus que les deux frères, qui vivent sans se douter que c’est l’action du plus jeune qui entraine ces évènements auxquels ils assistent, qui ne peuvent donc comprendre la logique qui prévaut à l’enchaînement des faits. Se pose enfin la question de la responsabilité de cette réaction en chaine insolite qui entraine des perturbations de plus en plus importantes. Au sentiment de culpabilité éprouvé par le plus jeune, qui croyait avoir effectué une bonne action, répond l’affichage devant lequel ils passent : Contre la maltraitance, toute vie mérite le respect.
Un album plein de malice, de rebondissements, qui se clôt par une vraie chute, qui pose de nombreuses questions liées à la responsabilité, à la causalité, mais aussi à notre rapport avec la nature. Est-ce en croyant lui venir en aide que nous la condamnons ? Ne sommes nous pas le jouet de forces que nous ne pouvons pas maitriser ?