Demain, c’est moi qui commande !

Demain, c’est moi qui commande !
Jörg Mühle
Pastel Ecole des Loisirs 2025

Jeux de pouvoir

Par Michel Driol

Lorsque la belette rentre à la maison, elle trouve l’ours en train de jouer avec  le blaireau. Elle n’apprécie pas trop que l’ours lui demande de préparer à manger, ni que l’ours joue avec le blaireau, qui est son ami. Le blaireau propose alors de jouer à trois. La belette suggère de jouer à papamamanenfant. Mais le jeu dégénère à cause de l’ours. L’ours souhaite jouer au foot, la belette au memory, l’ours à hiberner, puis à cache-cache. Et les deux de se fâcher, tandis que le blaireau s’en va… demain, il ne viendra pas jouer avec eux, car il a rendez-vous avec le renard…

Avec beaucoup d’humour, l’album aborde la problématique du vivre ensemble sous l’angle des jeux de pouvoir, des conflits, des bouderies, de la jalousie. Entre la belette et l’ours, c’est la guerre. Aucun ne veut aller sur le terrain de l’autre, accepter les règles du jeu qu’il propose. Pendant ce temps, le blaireau – figure du lecteur – est témoin quasi muet. Il veut parler, mais on lui coupe la parole. Il range, reprend son écharpe, les laissant placidement régler – ou ne pas régler – leur différend. Ce qui est sûr, c’est que demain, il ne sera pas là…

L’humour provient aussi bien du texte que des illustrations.  Le texte a recours pour l’essentiel au dialogue, ce qui donne à entendre les chamailleries de l’ours et de la belette, dans un langage vivant et bien enfantin. Les propos de l’ours sont écrits en caractères plus gros, façon à la fois d’identifier sa grosse voix, mais aussi son ton de plus en plus virulent. Les illustrations jouent à la fois sur le naturel, – on est dans la forêt – et l’anthropomorphisation des animaux : dans cette forêt, il y a leurs jeux, leurs lits, leur bibliothèque… en plein air. Bien sûr, les personnages se tiennent sur leurs deux pattes.

Les enfants reconnaitront dans cette histoire leurs travers, leur volonté d’être celui ou celle qui commande, leurs brouilles, leur mauvaise foi aussi car, quand le blaireau les quitte, ne vont-ils pas dire qu’il part au moment où l’on s’amuse le plus ? C’est bien un miroir grossissant ces comportements que tend l’album à lire, bien sûr, au second degré.

Négocier, composer, ne pas vouloir être seul à commander, partager les amis, voilà des apprentissages fondamentaux dans la socialisation des enfants qui doivent sortir de leur égocentrisme pour aller vers les autres . Cet album, avec une grande économie de moyens tant textuels que graphique met bien l’accent sur cette découverte du vivre ensemble. Si nous sommes tous un peu belette et un peu ours, et n’est pas blaireau qui veut !

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