Le Livre magique des contes infinis

Le Livre magique des contes infinis
José Antonio Moreno Alfonso (éd?)
Illustré par Eric Puybaret
Traduit (espagnol) par Prospérine Desmazures
Gautier Languereau, 2010

Ouvroir de contes : ad libitum

par Anne-Marie Mercier

lelivremagiquedescontes.aspx.gifL’objet se présente d’abord comme un grimoire : c’est un grand format, épais, en fait une boîte. Dissimulé à l’intérieur, ce « livre magique ». On ne sait qui est l’auteur de cet ouvrage étrange. Il a en tout cas un « éditeur » déclaré, José Antonio Moreno Alfonso, qui en donne le, ou plutôt les modes d’emploi.

Mode d’emploi pour les raconteurs, lors de la lecture : garder le mystère, ne jamais faire voir les pages de ce livre, commencer et clore les histoires par les mêmes formules, proposer des substituts, des variantes…

Mode d’emploi de la création des histoires : hors les phrases de début et de fin, les histoires sont faites chacune de la succession de 73 paragraphes issus des 73 doubles pages du livre : on prélève ces paragraphes dans l’ordre, de 1 à 73, mais de façon aléatoire à l’intérieur de chaque double page, chaque paragraphe, court ou long, pouvant y être choisi au hasard. Ce ne sont pas les mille milliards de poèmes de Queneau, mais 33 puissance 73 contes… ce qui est aussi impressionnant.

Un exemple : « Il était une fois/il y a très très très longtemps/dans un monde parallèle au nôtre/une jeune servante/tout en peluche/à l’oreille ornée d’un bijou/il chantait d’une voix enchanteresse/, était très adroit ».

L’idée est bonne, mais elle demande au lecteur d’être capable de s’adapter pour maintenir la cohérence du récit : on voit déjà le problème des accords en genre. Ou bien il lui faudra tricher pour choisir ce qui collera le mieux, et espérer que son auditeur patientera, feindre la recherche d’inspiration, ou tout autre retard.

Donc c’est inventif, tout en  restant traditionnel (les situations ne sont guère surprenantes : on se bat, le bien triomphe). Et cela propose un bel entrainement aux raconteurs qui se sentiraient en mal d’inspiration.

Quant aux illustrations, elles sont d’Eric Puybaret, pleines de fantaisie et de poésie et ce serait dommage que les enfants ne puissent les voir, ultime paradoxe de cette tentative hardie.

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