Le caméléon qui se trouvait moche

Le caméléon qui se trouvait  moche
Souleymane Mbodj, Ill. Magali Attiogbe
Les éditions des éléphants, 2019

 S’accepter   et s’aimer

Par Maryse Vuillermet

 Magnifique album !
Des illustrations somptueuses de couleurs, de vie, d’exotisme, des animaux pleins de personnalité et de beauté.
Le scénario est positif et entraînant, c’est une initiation, une quête de soi: un caméléon se trouvait moche et enviait les autres animaux qui, tous avaient des qualités et lui, que des défauts.  La sorcière lui montre  sa différence, ses atouts et finalement il s’accepte tel qu’il est,  comprend sa différence et donc sa richesse.

 

Cendrillon ou la Belle au soulier d’or

Cendrillon ou la Belle au soulier d’or
Jean-Jacques Fdida, Delphine Jacquot (ill.)
Didier Jeunesse, 2013

Un conte que l’on croit connaître…

Par Christine Moulin

L’enchantement commence dès le prologue, trop long à reproduire ici, mais magique, autant que l’épilogue qui lui fait écho… Il se poursuit quand on découvre les splendides illustrations de Delphine Jacquot, dont le réalisme onirique provoque l’émotion et parle au cœur. L’enchantement perdure quand résonne la voix du conteur, à l’écriture précise, évocatrice, qui semble venue de très loin et pourtant nous parle à l’oreille: « Un homme vivait en grand bonheur avec son épouse ». Quelle belle variation sur les incipits qui évoquent le bonheur pour mieux le faire cesser! L’histoire, on la connaît mais la voici superbement renouvelée.
Les mots en sont à la fois familiers et étranges: « Quand Cendrillon allait au pré, la mauvaise lui donnait juste un doigt de bouillon froid, trois grains d’orge, un croustillon de pain et la maudissait: « Tiens, étrangle-toi avec » ». Les assonances, sans être pesantes, bercent le lecteur d’un chant envoûtant: « Cendrillon a remercié et a couru frotter les cornes de la vachette en rêvant de pains dorés et de bolées de lait ».
Les variantes réveillent l’intérêt. Ainsi, l’aide pour les tâches impossibles imposées à Cendrillon par sa belle-mère est fournie à Cendrillon par sa mère, dont la voix monte « de dessous la sépulture », et par une vache, la roussette aux cornes dorées, que condamne bientôt la méchanceté de la marâtre et de sa fille. « Cendouillon » sera également aidée, plus classiquement, par des « serins et passereaux », mais aussi par un arbre, qui saura l’enrober « d’une parure de fée », pour lui permettre d’aller non pas au bal, mais à la messe, et ce par trois fois, comme le réclame la loi des contes. Les robes de Cendrillon, comme celles de Peau d’Âne, sont autant d’hymnes à la nature et aux éléments car en la première, « se paysageaient montagnes, prairies et vallées, avec mille animaux venant y gambader », la deuxième « semblait d’océan, rivages et poissons frétillants ». Quant à la troisième, « on ne savait si elle était faite de linges ou de nuées, tout en courants d’air, volutes azurées, et mirages de ciel où des oiseaux de paradis venaient virevolter ». Le soulier n’est pas oublié! Afin de le passer au pied de Cendrillon, le conteur opte pour un moyen radical et terrible de se débarrasser de la marâtre et de sa fille, qui finissent ébouillantées, pendant que Cendrillon tend au prince une noisette dont tous deux cassent la coque et mangent l’amande…

Ainsi renouvelé, le conte parle de deuil, de consolation, de résilience:  pour renaître, il faut savoir faire confiance en la puissance du temps qui passe ( » Le temps passa alors comme un jour sans pain, Puis survinrent les termes du destin ») et des forces de vie.

Dans la même collectionLa Barbe Bleue ou conte de l’oiseau d’ourdi, Le Petit Chaperon Rouge ou la petite fille aux habits de fer blanc, La Belle au bois dormant ou songe de la vive ensommeillée.

 

Où tu vas comme ça ?

Où tu vas comme ça ?
Gilles Bizouerne, Bérangère Delaporte
Didier jeunesse, 2018

Une autre petite fille dans la forêt

Par Anne-Marie Mercier

Une petite fille marche dans la forêt. Elle n’a pas de vêtement rouge, va retrouver son père et non sa grand-mère, mais elle rencontre pourtant le loup qui la convainc de faire le chemin avec lui…
Mais l’histoire bifurque aussitôt : le loup et la petite fille rencontrent une sorcière, les trois rencontrent un ogre, etc.
Ce conte en randonnée propose une chute qui sera inattendue pour le jeune lecteur  – mais qui est dans la tradition d’un grand nombre d’albums (par exemple C’est moi le plus fort de Mario Ramos). Il propose une revue des personnages des contes, avec leurs stéréotypes, et joue sur les peurs enfantines avec efficacité à défaut d’originalité, tout en les désamorçant, montrant ces monstres en compétition et en lutte dans le dos de l’héroïne.
Les dessins fourmillent de petits détails amusants et ces monstres sont monstrueux à souhait tandis que la fillette est rassurante par ses expressions railleuses, sur son chemin linéaire et simple.

Une histoire grande comme la main

Une histoire grande comme la main
Anne Herbauts
Casterman 2017

L’Enfant Branche et Grand-mère Ecorce

Par Michel Driol

De l’enfant, on ne connait que l’initiale, Y. D’où son surnom, l’Enfant Branche. Il habite en lisière d’une forêt qu’une marée remonte toutes les nuits, marée qui laisse un matin des bottes qu’il enfile avant de s’endormir. Il rêve alors qu’il marche, accompagné de Tigre, jusqu’à la maison de Grand-mère Ecorce et son Chat. Grand-mère Ecorce raconte alors cinq histoires.  Puis c’est le matin.

Sur un modèle bien connu – récit enchâssant, récits enchâssés – Anne Herbauts propose un tissage original par l’univers évoqué, le travail sur la langue et l’unité thématique autour de la main. Une histoire grande comme la main, cela fait cinq histoires décrète l’enfant. Mais tout dépend comment on compte, répond le Tigre. D’emblée est posé l’entre deux : entre certitude et incertitude, réalité et rêve. Le récit enchâssant  tient du conte, par ses personnages (l’enfant, la grand-mère), par ses lieux (la forêt enchantée où l’on se perd, au cœur de laquelle se trouve la maison habitée par une vieille femme), la perte des repères habituels (la marée de la forêt qui mêle le végétal et l’aquatique dans une sorte de symbiose merveilleuse). Les récits enchâssés tiennent d’avantage du récit initiatique dont la thématique commune est grandir, trouver sa place dans le monde quand on croit ne savoir encore rien faire ou être inutile. Ces histoires conjuguent des figures du minuscule et du géant, de l’inutile et de l’utile, sous des formes variées : végétales (arbres, graines…), aquatiques (rivière et océan).Toutes ces histoires sont enfin reliées par la thématique – ou la symbolique – de la main qui parcourt le livre : du Y initiale de l’enfant – comme la figuration du pouce opposé aux autres doigts à la main griffée par le Chat, de la petite graine qui roule dans la main aux mains qui peignent, écrivent ou parlent… Quelque part, l’album est un hommage rendu au pouvoir de faire des mains –l’étymologie grecque du mot poésie signifie faire, créer…

L’album est écrit dans une prose poétique essentiellement rythmée soit par la ponctuation, qui isole des segments de phrase, soit par le retour à la ligne. Cette langue fait la part belle aux énumérations, comme s’il s’agissait de dire le monde par les mots dans sa totalité, sa diversité. Les illustrations jouent du clair et de l’obscur, du simple et dépouillé ou du complexe, sans chercher à en dire plus que le texte.

Un album qui propose une certaine vision de la poésie qui, tout en plongeant dans l’imaginaire, le rêve, aborde une problématique universelle : prendre place au monde. Il fait partie de la sélection 2018-2019 pour le Prix de la Poésie Lire et Faire Lire.

Raconte à ta façon… Le Chat botté, Boucle d’or…

Raconte à ta façon… Le Chat botté, Boucle d’or…
Sonia Chaine, Adrien Pichelin
Flammarion jeunesse, 2017-12-29

Conte en kit

Par Anne-Marie Mercier

Une histoire peut se passer de mots, du moins au début.
On connaît les histoires sans paroles, mais ici on est face à un dispositif qui emprunte à quelques trouvailles graphiques devenues courantes depuis Leo Lionni ou les Pré-livres de Bruno Munari (Les trois ourses). L’originalité de cette collection réside paradoxalement dans son absence d’originalité sur le plan des histoires : il s’agit d’appliquer le principe des formes géométriques à un conte connu. Un marque-page donne la légende des formes.

Dans le cas de « Boucle d’or », c’est très simple : chaque ours est représenté par un rond de même couleur mais de grandeurs différentes, même chose pour les lits et les bols ; il y a une maison stylisée, un triangle doré (façon jupe ?) pour l’héroïne, etc. Et puis beaucoup de vert pour la forêt, avec le trait blanc du chemin qui met en valeur les déplacements. Les passages dans la maison sont en revanche plus complexes, et plus drôles.

Pour « Le Chat botté » qui présente une intrigue plus complexe et des lieux plus variés, le pari est aussi réussi. C’est une belle idée de styliser non seulement les personnages et leurs différents états (ogre en lion ou en souris) mais aussi les lieux (forêt, champ, rivière, château) et les objets (bottes) ou animaux (perdrix).

Les auteurs proposent non seulement de mettre en mots, mais d’imaginer des paysages, émotions, dialogues… et d’ajouter des cris et des bruits, de quoi s’amuser…

 

Sirius

Sirius
Stéphane Servant
Rouergue, 2017

Le meilleur ami de l’homme.

Par Anne-Marie Mercier

Sirius, c’est le nom du chien de la famille d’Avril. Il doit revenir la chercher pour les emmener elle et son petit frère, Kid, rejoindre leurs parents à la montagne. Mais très vite on doute : les parents sont-ils encore en vie ? Et Sirius ? Le monde a été dévasté par une catastrophe, les animaux ont disparu, décimés par la contagion, les radiations, ou exterminés par les hommes qui les croient porteurs du virus mortel. Plus aucune naissancen’a eu lieu, les espèces sont devenues stériles. La survie n’est possible que grâce à des capsules disséminées çà et là contenant des rations de nourriture, des médicaments, des couvertures… Les humains sont dispersés en tout petits groupes, couples, hordes, ou bien sont massés aux portes d’une Ville inquiétante. Avril et Kid sont seuls et vivent dans un arbre.

La robinsonnade se mue en ‘road novel’ lorsque ils sont retrouvés et pourchassés par un tueur de la secte des Etoiles noires. Pour des raisons d’abord mystérieuses, il ne lâche pas la piste d’Avril et veut assassiner Kid. Les deux enfants se mettent en route vers la montagne. Sirius fait alors son apparition, mais ce n’est pas un chien mais un cochon noir au front frappé d’une étoile… blanche, que l’enfant nomme du même nom. En chemin, face à de nombreux périls et des souffrances en tous ordre, ils rencontrent une ourse, un âne, des rats… une dame Tartine dévoreuse d’enfants, et un Conteur qui les guidera jusqu’au bout de leur quête.

Cette figure du Conteur est centrale. Elle reprend d’autres figures liées au livre et développe la fonction des histoires, celles qu’on lit ou qu’on écrit, celles qu’on raconte, celles qu’on écoute, l’histoire de sa vie que l’on met en mots pour la dévoiler à autrui et s’en libérer. Avril a en effet de nombreux secrets, qui sont autant de cailloux à porter. Elle ne s’en délivre que peu à peu ; le lecteur, comme les autres protagonistes de l’histoire, ne découvre que très progressivement qui elle est, ce qu’elle a fait et pourquoi on la poursuit. Le suspens est constant et fonctionne remarquablement bien.

De nombreux autres thèmes s’entrecroisent sur ce fond de catastrophe : les peurs modernes, bien sûrs : nucléaire, épidémies, révoltes, terreurs et terrorismes sectaires… mais aussi la cause animale qui s’affirme peu à peu et donne une allure fantastique à une histoire qui n’avait aucun horizon d’espérance.

La poésie nait de la description d’une nature pauvre mais résistante, de paysages vides ou macabres, d’espaces humains abandonnés. Elle est aussi dans la manière dont l’auteur fait percevoir ce réel par les personnages : sensations, émotions, petites choses, intuitions. De courts chapitres en vers libres font entendre leurs voix intérieures, nous plongent dans leurs rêves. C’est une belle route que nous fait emprunter ce roman, sombre et tendu vers les étoiles.

Elvis et l’homme au manteau rouge

Elvis et l’homme au manteau rouge
Ole Könnecke
De la Martinière jeunesse 2017

Accident de traineau !

Par Michel Driol

Le 24 décembre, un petit bonhomme en manteau rouge sonne à la porte d’Elvis, garagiste au look de rocker, qui vient juste d’installer son sapin. Son traineau est en panne, et il en a besoin pour aller travailler. Tout en rechignant, Elvis consent à réparer le traineau. Mais il faut l’aide d’Ernest, de la casse voisine, d’un paysan pour nourrir les rennes, et du vieux grand père qui offrira son traineau. Malgré tous les indices concordants, personne ne reconnait l’homme au manteau rouge, et si le vieux grand père a son nom sur le bout de la langue, il l’aura oublié à la fin du livre.

Voilà un conte de Noël d’Ole Könnecke particulièrement drôle. La situation de départ est cocasse et surprenante. Les personnages sont attachants : de l’homme au manteau rouge, vraiment ennuyé de manquer sa seule journée de travail, quelque peu manipulateur, oublieux de ses rennes…, à Elvis, homme ordinaire, rockeur au grand cœur, sans parler des personnages secondaires, dont ce vieux grand-père, commentateur des scènes initiales et finales, comme un chœur antique qui aurait perdu la mémoire. Pleins de bonne volonté, tous ces personnages se trompent souvent, échouent, sont maladroits, au point qu’on se demande si cette équipe de bras cassés réussira à réparer le traineau. La traduction de Bernard Friot joue sur un registre de langue simple. On goute la saveur des dialogues, et en particulier la langue parfois peu châtiée de l’homme au manteau rouge ! Les illustrations – ligne claire façon BD – viennent occuper les blancs du texte – assez long – et mettent en relief les attitudes, les regards, les expressions des personnages.  Quelques détails y sont particulièrement croustillants, et contribuent à poser le personnage d’Elvis dans son cadre de vie.

Un conte de Noël déjanté, qui certes parle d’entraide, mais qui permettra surtout au lecteur de jubiler et de se montrer plus malin que les personnages, d’en savoir plus que les personnages, et de comprendre à leur place ce qui se joue !

Lili et la louve

Lili et la louve
Elise Fontenaille – Alice Bohl
Grasset 2017

La petite fille dans la vallée …

Par Michel Driol

Lili vit avec sa mère bergère, son père guide de haute montagne, et sa chienne Neige dans une vallée isolée des Pyrénées. Pour ses sept ans, elle découvre qu’elle peut parler avec les animaux. Un jour, l’ourse Caramelle lui dit qu’elle a vu une louve. Courageusement,  Lili et Neige guettent la louve pour protéger les brebis, jusqu’au face à face avec l’animal redouté. Celle-ci se révèlera moins féroce que sa réputation.

Voici une histoire simple, qui s’ancre dans la réalité – les parents ont un métier bien identifié – mais qui glisse vite dans le merveilleux, pour célébrer un mode de vie, loin des villes, en communion avec la nature. Elise Fontenaille, dans ce récit d’amitié entre une fillette et des animaux, évoque ici avec bonheur  les pouvoirs magiques de l’enfance et le courage dans un conte optimiste et plein de fraicheur. Vaincre ses peurs, se confronter aux dangers, et, en même temps, être bienveillant et respectueux de l’autre, découvrir que la nature n’est pas hostile, voilà quelques-unes des valeurs que porte cet album. Les illustrations d’Alice Bohl – des aquarelles qui ne cherchent pas le réalisme à tout prix – entrainent aussi, sans mièvrerie, le lecteur dans l’univers coloré de ce conte, au cœur d’une montagne de rêve.

Un album pour inventer un paradis retrouvé…

Mort au loup !

Mort au loup !
Philippe Jalbert
Seuil Jeunesse 2017

La fine équipe ?

Par Michel Driol

Voici une bande dessinée en deux actes. D’abord, décor militaire. Une tente, une jeep, et sous la tente un instructeur chien tente d’expliquer aux trois petits cochons comment se débarrasser du loup. Mais comme ils n’ont pas d’avion pour bombarder, ni d’argent pour acheter des mercenaires, reste la troisième solution, tendre un piège au loup, l’entrainer chez eux, et le supprimer. Acte deux, un petit cochon invite à grand peine le loup chez lui. Après quelques discussions, celui accepte, et se trouve face à trois ennemis bien décidés à en finir avec lui. Il veut bien se sacrifier, mais il leur conseille de ne manger que sa bouche, qu’il ouvre grand… et surprise… Son haleine est si fétide que les cochons le mettent à la porte, avant qu’il ne revienne demander du dentifrice !

C’est un album drôle et inventif. D’abord du côté des personnages et des situations : les trois petits cochons sont limités intellectuellement, peureux, quelque peu imbus d’eux-mêmes… des caricatures d’enfants un peu immatures… L’instructeur, devant son tableau noir, est la parfaite caricature du GI, que les réactions de ses recrues exaspèrent. Et quant au loup, qui voudrait être aimé par le petit cochon, changer les relations cochons-loup, il apparait subtil, élégant, distingué et cultivé. Des contrastes entre ces personnages naissent des dialogues parfaitement écrits, pleins d’humour et de cocasserie. Les illustrations  jouent aussi avec ces codes. La représentation des personnages permet de les caractériser : la cravate et le costume pour le chien, trois teeshirts rayés pour les trois cochons, de couleur différente bien sûr, un pantalon à bretelles pour le loup. Graphiquement, la hiérarchie des personnages – très anthropomorphisés –  est ainsi posée.  Par ailleurs, l’absence de vignettes permet de jouer dans un entre deux album – Bd : ainsi certaines doubles pages viennent rythmer et marquer les temps forts : l’explosion de l’instructeur, qui fait voler la tente, et de jouer sur les points de vue : celui du loup qui voit les trois cochons armés jusqu’aux dents, ou ce plan étonnant où un petit cochon est vu depuis la gueule du loup… Le récit est donc conduit avec entrain, jusqu’à ménager une chute surprenante. Quant aux intentions réelles du loup, elles restent voilées : est-il l’intellectuel  un peu naïf prônant ce rapprochement avec les cochons, ou un personnage subtil et plus rusé que ces ennemis ? La force de l’album est de ne pas trancher…

Un album rythmé, coloré, et plein d’humour, qui tient les promesses de sa couverture, dont le graphisme évoque les films de gangsters des années 50.

Tout comme

Tout comme
Henri Meunier

Le Rouergue, 2017

Dons des fées

Par Hélène Derouillac

Comme les fées des contes, des animaux, un caillou et un arbre défilent page après page pour offrir ce qu’ils ont de plus précieux. Chaque double page de l’album met en regard cette « bonne fée » et ses paroles en dessous desquelles une petite illustration crée un effet de décalage humoristique. Première image : un loup tenant couteau et fourchette, une serviette à carreaux vichy nouée autour du cou (petit clin d’œil au Loup d’Olivier Douzou publié aussi au Rouergue). L’image de ce loup bonhomme dément ce que les mots pourraient avoir d’effrayant, « Ouuh oouh, dit le loup, tu auras de l’appétit et tu auras bon goût comme moi. » La présence d’un biberon sur la belle page, juste sous les paroles de l’animal, nous introduit dans l’univers enfantin. C’est bien au jeune enfant que s’adresse le loup.

Le ton est donné. L’album Tout comme se présente comme une invitation au jeu, au faire « comme si » apprécié des jeunes enfants. D’autres personnages se succèdent autour de l’enfant. Chaque fois c’est le même rituel : le cri de l’animal précède le don de ce qui le caractérise (de bons yeux pour le hibou, la force du bâtisseur pour le castor…). L’enfant est ainsi doté de traits et de qualités empruntés à chacun et on peut entendre la chute finale autant comme promesse de bonheur que de beauté.

Un bel album plein de douceur et d’humour.