Les Pozzis, t. 3 et 4 (Léonce, Adèle)

Les Pozzis, t. 3 et 4 (Léonce, Adèle)
Brigitte Smadja

L’école des loisirs (Mouche), 2010

Série minime

Par Anne-Marie Mercier

pozzis3.aspx.gifLes Pozzis sont la chronique en plusieurs volumes d’un peuple de petites personnes (20 cm, nous dit-on) vivant assez joyeusement sur un tapis d’herbes et d’eau. Ce pourrait être celle d’une tribu ou d’une famille, mais ici point de parenté : les enfants arrivent on ne sait d’où, restent quelques jours dans la tente du chef du moment, puis sont « adultes » et rejoignent les autres. Peu de travail, hors la construction de ponts d’herbes sur les marais, beaucoup de fêtes (qu’on appelle Récréations). Ils semblent avoir un sexe, vu leurs prénoms (Adèle, Léonce) et les genres grammaticaux qui les désignent, mais ce n’est pas sûr. Un genre de schtroumpfs sympathiques en robes changeantes et aux jambes terminées par des sabots, une colo en plein air (mais chacun a sa propre grotte) où l’on se nourrit de soupe et où le chef décide des occupations de chacun et punit de corvées ceux qui font des bêtises et se laissent aller à la colère. Les dessins d’Alan Mets, esquisses charmantes et colorées à l’aquarelle donnent joyeusement corps à ces êtres schématiques.

Chaque petit volume comporte une ou plusieurs aventures, à la mesure de ce petit monde où la grande inquiétude est le « Lailleurs », ce qui est tout autour, et la Spirale, grand ouragan qui emporte tout. Et chaque volume se clôt sur un mystère qui fait qu’on lira la suite (ou qu’on voudra la lire au moment où on achève sa lecture). Tout est assez incertain : pourquoi certains pozzis connaissent des mots que les autres ignorent, les directives sibyllines laissées par l’ancien chef, etc. Il y a une inspiration à la Claude Ponti dans la naïveté des personnages, dans certaines inventions verbales, dans les atmosphères.

Brigitte Smadja dit s’être inspirée d’un lieu appelé Pozzis en Corse. On peut lire sur internet, dans un site qui leur est dédié que c’est « un petit coin de paradis », un « lieu magique », « le ciel et la terre s’y rejoignent dans les reflets des mares »… C’est un monde de tourbière cerné de montagnes, un écosystème très fragile menacé par le tourisme. Voyant les photos de ce lieu, on comprend comment l’idée d’inventer un petit peuple vivant en autarcie et inquiet de l’inconnu qui l’entoure a pu germer. Mais il est douteux que cette évidence suffise (d’autant qu’Alan Mets a mis en valeur les personnages et non le lieu) à faire tenir l’œuvre.

L’ensemble est attachant mais laisse perplexe. Sans doute, quand l’ensemble sera achevé, verra-t-on où tout cela veut aller ? L’Ecole des Loisirs semble se prêter ici à la mode des séries d’une façon purement commerciale. On songe au Sorcier ! de Moka,  qui aurait pu être une très belle œuvre, marquante, s’il n’avait pas été débité en de multiples épisodes, ce qui a provoqué des longueurs et des affaiblissements. Ici, en attendant la suite, l’image de ce petit peuple livré à un jeu perpétuel à peine interrompu par quelques catastrophes est séduisante, mais pas plus.

 

 

 

 

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