7, rue Mirabelle
Vincent Cuvellier, François Maumont (ill.)
Gallimard, jeunesse (giboulées), 2026
La Cosette des boutiquiers
Par Anne-Marie Mercier
Dédié à « tous les adultes qui tiennent debout » ce petit roman comporte de beaux portraits de personnages adultes. Ils ne sont pas idéalisés, au contraire : ils ont des peurs, des manies, des mesquineries, des ridicules, comme tout le monde. Mais quand il faut faire face, ils sont là. Les illustrations, et particulièrement celle de la première de couverture, sont fidèles à ce ton mi attendri, mi humoristique.
Personnages ordinaires, ils sont les commerçants de la rue Mirabelle, une jolie rue tranquille de Paris, un peu avant la révolution de 1848. Pour que l’histoire commence, il faut un peu d’histoire avec un grand H et aussi un peu de roman et de mystère. Un huitième personnage (comme dans Les Trois Mousquetaires, il y en a un de plus, le plus important), Alcide, le vendeur de livres d’occasion. Sa boutique a une allure inquiétante. Il n’a pas d’âge et il connaît bien des secrets sur le passé et même l’avenir. Il fait d’ailleurs un peu peur à tous les autres commerçants.
C’est lui qui devinera le mystère lié à l’abandon d’un bébé dans cette rue, et c’est lui qui parviendra à manipuler ses voisins, sans qu’ils en aient la moindre idée, pour leur faire adopter et protéger à tour de rôle cet enfant qu’ils ont trouvée au coin de leur rue. D’après le pacte qui les lie dès ce premier jour, la petite fille, que le groupe décide d’appeler Mirabelle (comme leur rue), sera confiée à chacun d’entre eux pendant un an. Après quoi elle passera chez le voisin et enfin, à sa septième année elle sera confiée à Alcide qui la réclame pour les sept années suivantes. Cela ressemble à une malédiction de conte de fées, mais c’est plutôt une bénédiction.
Ainsi, d’abord accueillie par le crémier (parce qu’il a du lait, et que c’est bon pour les bébés…,), puis par le pharmacien, persuadé qu’avec des vitamines, un enfant ne peut que croître et se mettre à marcher très vite, puis par le marchand de fruits et légumes, puis par le boulanger, puis par le boucher, puis par le poissonnier, puis par la mercière acariâtre, Mirabelle se réjouit de tout, et fait le bonheur de tous. Cela ne va pas sans péripéties : le crémier se rend vite compte que le lait de vache ne convient pas à un nouveau-né, le pharmacien doit renoncer à ses vitamines pour apprendre à cuisiner et à sourire, le marchand de fruits et légumes meurt prématurément, le boulanger a perdu sa femme sans même s’en rendre compte, etc. etc. Malgré toutes ces catastrophes, tout se résout, souvent avec l’aide d’Alcide qui agit secrètement.
Après une première moitié légère, le roman imite les romans populaires noirs du XIXe siècle : on trouve un sinistre aristocrate, des assassins, un complot… L’univers des Misérables sert de toile de fond à l’histoire, avec la description de Paris, des barricades et la solidarité des petites gens. La petite Mirabelle est une nouvelle Cosette qui aurait-eu une enfance heureuse. Mais on découvre qu’elle est plutôt une riche héritière poursuivie par de sombres assassins. Le roman n’est que le premier d’une série ; c’est un roman feuilleton, comme au XIXe siècle.
Tout cela est raconté avec beaucoup d’humour et de gaîté.






Les Pozzis sont la chronique en plusieurs volumes d’un peuple de petites personnes (20 cm, nous dit-on) vivant assez joyeusement sur un tapis d’herbes et d’eau. Ce pourrait être celle d’une tribu ou d’une famille, mais ici point de parenté : les enfants arrivent on ne sait d’où, restent quelques jours dans la tente du chef du moment, puis sont « adultes » et rejoignent les autres. Peu de travail, hors la construction de ponts d’herbes sur les marais, beaucoup de fêtes (qu’on appelle Récréations). Ils semblent avoir un sexe, vu leurs prénoms (Adèle, Léonce) et les genres grammaticaux qui les désignent, mais ce n’est pas sûr. Un genre de schtroumpfs sympathiques en robes changeantes et aux jambes terminées par des sabots, une colo en plein air (mais chacun a sa propre grotte) où l’on se nourrit de soupe et où le chef décide des occupations de chacun et punit de corvées ceux qui font des bêtises et se laissent aller à la colère. Les dessins d’Alan Mets, esquisses charmantes et colorées à l’aquarelle donnent joyeusement corps à ces êtres schématiques.
Après J’aime pas la cantine, Ma Nouvelle école et Ma Soirée pyjama, Jinju, petite héroïne coréenne, revient dans un nouvel épisode permettant de découvrir la réalité de la vie d’une famille différente de celle de Noémi, invitée à dormir chez sa « super copine ». Si l’idée de départ est attirante, la volonté didactique (l’auteur est détentrice d’un doctorat en Sciences de l’Education) de montrer que la différence est une richesse ôte tout intérêt à une histoire somme toute banale, malgré des illustrations gaies et colorées (aux crayons de couleurs semble-t-il) donnant un ton original à l’ensemble.