La Nouvelle

La Nouvelle
Cassandra O’Donnell
Flammarion Jeunesse 2019

D’Alep à Plougalec

Par Michel Driol

Haya, sa jeune sœur, ses parents ont quitté Alep à cause de la guerre et se retrouvent en Bretagne, dans la maison qu’un ami du père  leur a prêtée. Au collège, Haya fait la connaissance de Gabriel, qui vit avec son frère ainé qu’il ne supporte pas, ses parents et sa grand-mère, depuis le décès du grand-père. Si Haya et Gabriel sympathisent, au collège, certains élèves s’opposent à la venue de réfugiés.

Cassandra O’Donnell signe ici un premier roman réaliste, chronique tendre et sensible de quelques mois, d’une amitié, et un beau portrait de deux adolescents. D’un côté Haya, qui vit avec ses cauchemars qui la réveillent, visions de guerre et d’images d’horreur. Pleine de vie et d’humour, elle a de la ressource pour se défendre, les petits racistes ne lui font pas peur à côté de ce qu’elle a vécu. Elle a un appétit d’apprendre, de comprendre le monde, se révèle pleine de maturité et de sensibilité. De l’autre Gabriel, bon élève doué, qui se sent dévalorisé dans la famille par son père qui semble lui préférer son sportif de frère. Le roman est d’abord le récit de cette rencontre, des maladresses de Gabriel face à Haya, de son désir de l’aider, tant sur le plan scolaire que dans la vie de tous les jours. La rencontre avec Haya permettra à Gabriel de découvrir le secret de sa grand-mère, qu’on ne révèlera pas ici, et que l’auteur laisse percevoir par de petites touches, et permettra aussi aux deux frères de se réconcilier. Cette chronique familiale enchaine les petites scènes, gouters, repas, visites chez les uns et les autres, tentatives d’intimidation de certains élèves face à Haya. Du coup, en privilégiant par le dialogue la parole et l’échange des deux ados, cela laisse la part belle à l’approche psychologique des deux personnages principaux, en particulier du personnage d’Haya qui permet de comprendre ce que la jeune fille a perdu, ce qu’elle souhaite, et ce qui fait sa force tranquille.

Sur un sujet grave, Cassandra O’Donnell propose un roman optimiste, juste et nécessaire, pour aider à comprendre que l’on ne s’exile pas par confort, mais parce qu’on a choisi de vivre, comme le dit Haya. Il aide aussi à faire comprendre que les relations familiales, l’amour sont les mêmes en Syrie ou en France, et que ces « étrangers » n’ont rien d’étrange, qu’ils nous ressemblent, et que l’on s’enrichit à leur contact dans l’échange qu’il soit culturel ou gastronomique. Enfin, il est intéressant aussi que le roman se situe au sein de deux familles, pour montrer que l’accueil c’est l’affaire de tous et qu’il donne envie de ne pas se replier sur soi.

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