L’Explorateur

L’Explorateur
Katherine Rundell
Gallimard jeunesse, 2019

Petit (?) chef-d’œuvre en forme de robinsonnade

Par Anne-Marie Mercier

Ce livre n’est pas petit, d’abord par son volume (372 pages, très aérées, avec une belle typographie très lisible et de nombreuses illustrations), ni par les thèmes qu’il aborde : le courage, la solidarité, la construction patiente d’une amitié véritable, la difficile estime de soi, la hiérarchie sociale, la justice et le secret, la question de la forêt amazonienne, l’avenir des découvertes… Un peu à la façon des Derniers Géants de François Place, les explorateurs sont vus sinon négativement, du moins comme responsables de bien des désastres par leur irresponsabilité.
Le scenario est une sorte de robinsonnade, mais plus proche du Royaume de Kensuke de Michael Morpurgo que de grandes vacances exotiques : quatre enfants sont rescapés d’un accident d’avion dans la forêt amazonienne. Le pilote est mort, ils sont seuls et perdus, et au lieu de s’épauler s’opposent sur tout dans un premier temps. Ils sont affamés, assoiffés, et terrifiés, surtout lorsqu’ils découvrent qu’il y a quelqu’un, tout proche. Il leur faut un certain temps pour le rencontrer, cet explorateur qui vit en ermite et qui refuse de les aider dans un premier temps, puis leur apprend les règles de la survie.
Les petits (pas si petits que ça tant ils sont courageux d’un vrai courage) héros ont chacun un caractère, une origine, des rêves de retour parfois très illusoires, des relations complexes entre eux et avec la famille qu’ils espèrent retrouver. L’histoire de l’explorateur est belle et tragique et les uns et les autres s’apprivoisent très progressivement. La poésie de la forêt et de la vie rude en pleine nature finit par les prendre. S’ils ne sont pas sur une île, c’est tout comme : le fleuve est comme la mer, immense, changeant, dangereux et infranchissable.
Chacun grandit, difficilement, douloureusement. Mais ils forment un beau groupe. La traduction est belle et précise, le texte envoûtant. Katherine Rundell montre avec talent comment réinventer un (grand) mythe.

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