La Nuit au manoir

La Nuit au manoir
Camille von Rosenschild, Marion Sonet
La Martinière jeunesse (« Les histoires à 3 vitesses »), 2023

Fais-moi peur (mais pas trop)

Par Anne-Marie Mercier

Le principe de la collection des « histoires à 3 vitesses » est intéressant quoique sans doute guidé en partie par des préoccupations mercantiles : le texte de chaque page est réparti en trois zones, avec trois typographies de tailles différentes, ce qui fait que le lecteur (l’adulte qui raconte cette histoire avant le coucher, sans doute) a le choix de passer plus ou moins de temps à lire.
Le problème est que, pour moi, les textes supplémentaires ont peu d’intérêt, cadrent mal avec l’atmosphère générale, et sont même un peu bavards, ce qui est un comble dans un récit supposé maintenir un certain suspense. Très vite on s’en tient à la première version, la courte, pour éviter de gâcher le plaisir qui reste.
Avec cette version, l’histoire, bien qu’assez banale, joue  efficacement son rôle. On suit les trois enfants dans leur exploration du château abandonné, on frémit avec eux en suivant les commentaires de la narratrice – et encore une fois en évitant ses bavardages excessivement enfantins (c’est la plus jeune des trois, la fille…) –, on admire les belles couleurs de nuit des images et on se réjouit de la chute.

Plume et griffe

Plume et griffe
Marta Palazzesi, Ambra Garlaschelli (ill.)
Traduit (italien) par Nathalie Nédélec-Courtès
Seuil, 2024

Mosaique fantastique

Par Anne-Marie Mercier

Comme on le sait, depuis le temps que des gens écrivent, l’originalité vient souvent du recyclage d’éléments anciens et d’un nouvel agencement. Ce livre en est une parfaite illustration. Prenez des orphelins, un garçon et une fille, donnez-leur à chacun un pouvoir différent ; ajoutez un petit brigand astucieux, un château hanté, un incendie, un cirque, un couvent dont la mère supérieure cache un secret, des métamorphoses animales, une malédiction… secouez le tout, placez votre intrigue en Espagne, à Valence, au début du siècle dernier (1904), mettez-y du talent, du suspense, de l’émotion, et ça donne un tout cohérent et captivant.
Ajoutez une mise en forme originale et ancienne à la fois : des illustrations superbes en noir et blanc où les blancs sont lumineux et les noirs d’encre, adoptez une mise en page qui place le texte dans un cadre de feuillages noirs, noircissant ainsi la tranche du livre, mettez de l’or sur le lettrage du titre, et c’est à la fois sombre et beau. Cela rappelle l’esthétique de Jonathan Strange et Mr Norrell (pour adultes, prix Hugo et prix Locus solus 2005) que la BBC a mis en images (« Why is there no more magic done in England? »). Eh bien ici il y a de la magie en Espagne (enfin, il y en avait en 1904).
En un mot, les aventures d’Amparo alias Plume, qui se transforme à l’aube en faucon, et de Tomàs, ou Griffe, qui devient panthère au crépuscule, sont pleines de surprises. Si Amparo sait à peu près qui sont ses parents, Tomàs l’ignore. L’un et l’autre cherchent à comprendre d’où vient leur pouvoir et s’ils sont seuls dans ce cas. Ils enquêtent comme des détectives, avec l’aide de l’efficace Pepe qui fait le lien entre eux et les sort de bien des difficultés.
Leur quête passera par des endroits divers jusqu’à les mener dans le château en ruines d’où tout est parti. Chacun s’accroche à des bribes de souvenirs qui prennent peu à peu forme ; on trouve ici des échos intéressants du Pays où l’on n’arrive jamais (présenté par Marc Soriano comme « la contamination du roman policier et du conte de fée »). Le processus de reconstruction du passé par une mémoire fragmentée n’est pas la moindre des aventures dont ce roman ne manque pas.

Les Magni Freaks

Les Magni Freaks
Gaspard Flamant
Sarbacane (roman)

Comme des super héros de Marvel (en mieux)

Par Anne-Marie Mercier

Trois héros bien cabossés par la vie se retrouvent un peu par hasard et vivent des aventures entre Marseille, Aix et Lyon. Ils ont un point commun : chacun a un super-pouvoir. Squadro peut vivre sous l’eau et communique à distance à travers l’eau, Cheyenne est une passe-muraille, Liam peut voler. Chacun a un rapport différent à son pouvoir et l’a acquis dans des circonstances différentes, mais tous l’ont découvert au moment où, d’une manière ou d’une autre – mais toujours violemment –, ils sont devenus orphelins.
Ce cadre étant posé, on peut se dire que, un roman ne pouvant pas arriver à la hauteur de l’émerveillement des effets spéciaux des films de Marvel, à quoi bon en faire un roman ? Eh bien c’est une belle surprise : c’est un bon et un beau roman.
Tout d’abord parce qu’il est parfaitement écrit, composé, équilibré. Les dialogues sont justes, en langage très banlieue populaire pour Cheyenne, marseillaise à la famille bigarrée, en français approximatif pour Liam l’irlandais, en langage bizarre, italien ensemencé de Rap marseillais pour Squadro, l’homme poisson (comment il a découvert le rap, c’est aussi une belle invention !). Quant à la narration, elle est écrite dans une langue et un style riches, soignés, précis, souvent beaux, très justes.
Liam maitrise mal son pouvoir, découvert depuis peu, et cela donne lieu à de micro-épisodes comiques réussis. Cheyenne porte la dimension tragique du récit : elle cherche à venger son frère, assassiné au moment où il fouinait vers une usine de retraitement de déchets dont le propriétaire est le caïd du quartier. Tous sont redevables à ce criminel, et tout le monde le craint, à raison car il est lui aussi une autre espèce de monstre. Squadro, lui, met la préoccupation écologique au cœur du polar : il s’agit aussi bien de trouver et neutraliser l’assassin de Toufik que de punir l’homme qui salit les océans.
Rebondissements multiples, vision chaleureuse de la vie des quartiers urbains pauvres, sur le plan humain, mais désastreuse aussi, c’est une belle plongée dans un monde tantôt glauque tantôt lumineux, dans lequel les super héros font rêver à davantage de justice, comme des super héros de Marvel (en mieux).

Deux Ans de vacances

Deux Ans de vacances
Jules Verne, Frédéric Pillot
Abrégé par Thibault Vermot
Sarbacane, 2023

Un classique pour d’autres jeunes Robinsons

Par Anne-Marie Mercier

Pour ceux qui ne connaissent pas Deux ans de vacances (1888), roman de Jules Verne au titre trompeur, il est urgent de le lire, car c’est un petit chef-d’œuvre (enfin, pas si petit). Il est proche de Robinson Crusoé, bien sûr : les héros, de jeunes naufragés, abordent sur une île déserte, qui ne le restera hélas pas assez pour leur épargner quelques grandes frayeurs.
Pas d’adulte avec eux, à part un jeune mousse, cela le différencie des autres robinsonnades de Jules Verne. La nature du groupe (14 garçons inscrits dans le même collège de Nouvelle Zélande, de nationalités différentes) le rapproche de Sa Majesté des mouches de Golding, comme la difficulté de la survie et la tension qui règne entre les enfants, qui augmente sans aller jusqu’aux extrêmes de sauvagerie dans laquelle tombent certains personnages de Golding.
Son seul défaut est d’être un peu long sans doute pour les lecteurs modernes : cette édition l’a raccourci un peu (mais pas trop : il reste 179 pages dont un tiers est couvert par l’illustration, très présente, et la mise en page aérée. De nombreuses pleines pages aux superbes couleurs  augmentent tantôt la beauté de l’aventure, avec de magnifiques paysages et des perspectives vertigineuses, tantôt  la noirceur de certains passages.
Un beau cadeau des éditons Sarbacane, sans doute pour des lecteurs expérimentés malgré l’apparence un peu trop enfantine des images. Ce que l’album chroniqué plus bas (Les Petits Robinsons) recensait comme difficultés de survie, ce récit le met en actes. Les héros ont bien du mal à les surmonter, mais ils les surmontent et le roman finit avec un bel optimisme : la rédemption est possible, le danger réunit les hommes, vive Jules Verne !

La Pierre maléfique

La Pierre maléfique
Chris Van Allsburg
Traduction (anglais) par Christiane Duchesne
D’eux, 2023

Étrange, vous avez dit étrange?

Par Anne-Marie Mercier

Publié auparavant en 1991 sous le titre « The wretched stone »,  cet album est de la grande période de Van Allsburg. Les images, aux dessins cernés de noir, combinant différentes techniques de peinture, sont superbes : magnifiques tons de bruns, marines souples, blancs crémeux, le vaste océan violet et bleu, les ciels immenses, tout cela impressionne autant que les paysages de jungle.
L’histoire, fantastique, se présente comme le journal de bord d’un capitaine, avec tous les garants d’authenticité nécessaires. Lors d’une escale dans une navigation parfaite (trop?), on trouve une pierre étrange. Celle-ci est chargée sur le bateau, et à partir de là tout va mal : les marins sont fascinés par cette pierre et elle a des effets bizarres sur eux…
Les cadrages hardis surprennent à chaque page et le lecteur est embarqué dans d’étranges points de vue avant d’entrer dans des métamorphoses plus étranges encore tandis que le narrateur garde son flegme dans un « understatement » qui procure une distance plus étrange encore. Quant à la chute, elle est bien dans le style de l’auteur : tout semble rentrer dans l’ordre, sauf…
L’occasion de relire Boréal express ?

À l’aventure !

À l’aventure !
Davide Cali, Daniela Costa
Sarbacane, 2023

Embarquement immédiat

Par Anne-Marie Mercier

L’aventure commence dans la salle de bains où l’enfant se dessine une moustache de pirate devant le miroir ; les perroquets sortent des papiers peints ou des cadres pour envahir la maison. Une île, une carte à trouver ou dessiner, un trésor, un gardien féroce qu’il faudra combattre (un très gentil toutou qui adore les chatouilles), des tunnels à creuser… jusqu’à ce que la réalité fasse obstacle à travers les limites de ce qui est ou non permis.

Cet enfant s’amuse très bien tout seul, emporté par son imagination, elle-même nourrie par ses lectures et on voyage agréablement avec lui… « jusqu’à la prochaine aventure », nous dit-on ! et cela se vérifie immédiatement.

Passeur de souffle

Passeur de souffle
Patricia Hespel
La Martinière jeunesse, 2023

Une Fantasy aux reflets écologiques

Par Loïck Blanc

Ce roman transporte le lecteur dans une aventure qui l’incite à méditer sur la nature qui nous entoure. Bren, guidé par une prophétie énoncée à sa naissance, entreprend une quête qu’il croit être celle de sa propre gloire. Toutefois, au fil de son périple et de ses rencontres, il découvre le sens véritable des paroles prononcées le jour de sa naissance. La prophétie prend alors une tout autre signification, tournée vers une quête plus grande et collective dont il n’est finalement qu’un instrument. Il entreprend alors cette quête à la place de celle, personnelle, qu’il croyait devoir poursuivre.
Le récit s’habille d’une métaphore saisissante, décrivant une terre en proie à un mal insidieux qui se répand parmi les peuples. Bren, après s’être libéré de ce mal grâce à ses compagnons de voyage, s’éveille progressivement à la valeur de la Terre et à la menace qui la ronge. Ce spectre de la destruction est alimenté par la volonté de gloire personnelle des hommes et leur obsession pour le gain, les poussant à mettre en péril le souffle vital de la nature.
Sous la forme d’une œuvre de fiction captivante, l’autrice invite le lecteur à suivre la difficile remise en question de son héros, qui prend conscience de la fragilité de la nature et de la corruption qui la ronge.
Cet ouvrage de fantasy mérite d’être découvert sans attendre, car il offre bien plus qu’une simple lecture : il propose une plongée fascinante dans la quête de sens et dans la nécessité de préserver notre précieuse planète.

La Dernière saison de Selim

La Dernière saison de Selim
Pascale Quiviger
Rouergue (épik), 2023

À côté du volcan

Par Anne-Marie Mercier

Pascale Quiviger nous avait émerveillés avec les cinq tomes de son grand cycle du Royaume de Pierre d’Angle. Elle poursuit avec le même talent dans ce gros roman unique qui met en scène deux personnages secondaires tirés de son ouvrage précédent mais qui évoluent pourtant dans un univers totalement différent : les navigations longues et le monde insulaire de Pierre d’Angle font place au monde de Sélim, cerné par le désert où l’on se déplace avec des dromadaires. On y circule entre une oasis surpeuplée, de vastes dunes où l’on se perd, et les ruelles de Borhan, grande et belle ville au pied du mont Shahîda, « une montagne égayée de vergers au sommet de laquelle régnait un lac de jade que la mousson renflouait une fois par année. Il ne pleuvait nulle part ailleurs. »
Sur Sélim règnent un sultan pervers et une prêtresse inquiétante, secondés par des troupes sans scrupules, masculines pour l’un, féminines pour l’autre. Chacun cherche le pouvoir exclusif et pour cela est à la recherche d’une source cachée. Chacun cherche aussi à percer le mystère d’une prophétie qui annonce une Apocalypse qui provoquerait la fin de Sélim, espérant en tirer parti pour vaincre leur rival(e). Malek, jeune orphelin bègue dont les parents ont été sans doute enlevés et tués par les séides du sultan ou de la prêtresse, pourrait être la clef du mystère, à moins que ce ne soit son étrange amie Sofia, plus disgraciée encore que lui : bossue, presque aveugle, elle a été laissée à l’oasis par des nomades et est aussi affamée que Malek. Les deux enfants forment une paire de héros étonnante, mais ils sont vite relayés par une autre paire, beaucoup plus brillante et efficace (en apparence), le couple amoureux qui s’était formé à la fin de la série précédente, celui du bel Arash (alias Mercenaire) et de la splendide cavalière Esméralda, messagère du roi de Pierre d’Angle.
Aventures, déguisements, résolution d’énigmes, errances dans les jardins de superbes palais de style Moghol, scènes de harem et de hammam, moments cocasses, poursuites dans les souk, fuites en dromadaire…, rien ne manque pour maintenir le lecteur en haleine. Les scènes d’action sont encadrées par de beaux moments méditatifs, principalement dans le désert, où chacun cherche sa vérité et son chemin.
L’Apocalypse finale qui passe par l’éruption du suave mont Shahîda dont tout le monde ignorait qu’il fût un volcan donne le sens du titre : cette « dernière saison de Sélim » semble inspirée par les Derniers jours de Pompéi, roman dans lequel une aveugle joue un rôle important et où la catastrophe, annoncée dès le titre, est la conclusion de multiples aventures amoureuses, politiques et émancipatrices… avant d’exploser en beauté. Si, contrairement à ce que l’on lit dans le roman anglais, daté de 1834, la religion est absente, et même bien malmenée à travers ses rites et son institution, le sentiment de la transcendance est bien là. Chaque personnage reçoit ce qu’il mérite, plus par le jeu du destin que par la main de la vengeance. Les héros, aussi bien Arash et Esmée que Malek et Sofia, se libèrent d’un passé qui les entrave. Ce beau roman touffu est aussi plein d’humour, de saveurs et d’odeurs, doux et épicé à la fois, et s’achève en un feu d’artifice cruel et purificateur.

La Maison sous la maison

La Maison sous la maison
Émilie Chazerand
Sarbacane, 2023

L’espace infini de l’imaginaire

Par Anne-Marie Mercier

L’album Un Oiseau juste là m’avait charmée par son originalité, tant par son sujet que par l’illustration. La Maison sous la maison, gros roman (plus de 380 pages), prouve que le talent et l’inventivité d’Émilie Chazerand ont bien des facettes. Elle s’attaque ici au thème très riche de la maison aux dimension quasi infinies et ouvrant sur d’autres mondes (comme les maisons de Claude Ponti, celle de Coraline de Neil Gaiman, de L’Autre de Pierre Bottero, ou La Maison sans pareil d’Elliot Skell à propos de laquelle, dans ma chronique, je développais un peu cette question). Sa maison est double : il y en a une autre sous la maison, ce qui fait qu’on parle de « la maisonS ». Enfin, la maison souterraine semble à son tour ouvrir sur un monde immense.
A l’origine de l’histoire, il y a le désir d’une vieille femme qui souhaite donner sa maison et son jardin à des personnes capables de les aimer. La famille d’Albertine est l’heureuse élue; elle est composée avec elle de sa mère, de son frère ainé et de son petit frère encore bébé – les trois enfants sont de pères et de couleurs différents, Albertine ne connait pas le sien. On devine vite qu’elle n’a pas été choisie par hasard : Albertine elle-même est une «élue». Elle parle avec les plantes, et celles-ci lui répondent.
Le jardin comme la maison l’accueillent et lui livrent leurs secrets. Parmi tous ces secrets, outre ceux que livrent les myosotis (pour se souvenir ou pour oublier) ou les marguerites (pour devenir invisible), il y a le mystère de l’autre maison, sous la maisonS. On y accède par la cave, en passant par un congélateur hors service. Albertine découvre une amie, nommée Merle, la famille de celle-ci, des animaux fantastiques (par exemple, une limace géante qui s’appelle Marie-Christine – dans ce monde les humains ont des noms d’oiseaux), et surtout elle découvre de quelle mission elle est investie : elle est la Grande Intermédiaire chargée de faire le lien entre la Nature, le monde souterrain qui la sert, et les hommes du dessus afin de prévenir les désastres que leur bêtise ne peut manquer de susciter. Tâche écrasante. Elle ne s’en sortira pas mal pourtant, et à peu de frais. L’intrigue s’affranchit ainsi de trop de sérieux et galope d’aventure en aventure, de bourde en bourde et multiplie les rebondissements jusqu’à une fin intelligente, pas trop déceptive mais pas trop facile non plus.
L’aspect passionnant du roman, sa vivacité, sa poésie et son joli style, fait d’un mélange très réussi de simplicité, de néologismes et de trouvailles poétiques, est doublé par son inscription dans le genre de l’utopie. Le monde souterrain est un proche de la perfection. Certes, il manque de couleurs, d’air, de vent, d’oiseaux mais les relations entre les êtres sont harmonieuses. Il n’y a pas de césure entre les genres humain, animal ou végétal, tous communiquent et ont les mêmes droits (bien évidemment on y est végétarien). Les décisions sont prises en Conseil, chacun peut être entendu et se racheter si besoin. Bien sûr il y a les fameux « Ho-la-la » qu’il ne faut pas enfreindre (parmi eux : arracher une plante sans son consentement, maltraiter un animal, être désagréable avec quelqu’un, quitter le sous-monde sans autorisation, faire venir un habitant du monde d’en haut sans autorisation, laisser couler l’eau du robinet pendant qu’on se lave les dents…). Comme dans toute utopie, la perfection a son revers : c’est un monde clos qui, pour se protéger, refuse qu’on y entre ou qu’on en sorte, ce qui provoque de multiples péripéties et parfois des drames sans solution.
Albertine, petite fille de père inconnu, pauvre, rousse en plus, maltraitée au collège, se trouve tout-à-coup investie de pouvoirs et de responsabilités nouvelles. Cela pourrait l’écraser mais elle découvre au même moment l’amitié et prend confiance en elle-même. Elle renoue aussi un beau lien avec son frère – lien qui sera brisé par les myosotis (vous suivez ?).
Utopie imparfaite, pouvoir éphémère, rien n’est parfait. Sauf peut-être, dans son genre, ce roman ?

La Saison des disparus

La Saison des disparus
Matthieu Sylvander
L’école des loisirs (médium), 2023

Flon-flons et enlèvements

Par Anne-Marie Mercier

Ce gros roman commence comme un pastiche savoureux de Jane Austen, très à l’honneur en ce moment, notamment avec de nouvelles adaptations de ses œuvres par la BBC, déclinées en mini séries (Raison et sentiments, Orgueil et préjugés…).
Donc le roman présente les ingrédients indispensables à cette atmosphère : deux sœurs, venant de la province, découvrent la bonne société londonienne au cours de la « saison », le temps des bals où les jeunes filles sont présentées à des jeunes gens fortunés, en espérant qu’elles feront un beau mariage. La critique sociale est allègre, souvent pimentée par des personnages secondaires qui font sourire : ici, les parents, la tante chaperon, un pasteur qui cherche l’âme sœur…

Ici le miracle arrive très vite (l’ainée rencontre le jeune home parfait, riche et amoureux), afin de couper court aux essayages de robes et autres futilités pour laisser place à l’aventure : la cadette, qui a fait la connaissance d’un jeune journaliste famélique enquête avec lui sur des disparitions mystérieuses d’enfants. Elles se sont produites dans un temps long et sur un espace géographique large. Des indices leur font penser que des enfants de Londres seront les prochaines victimes : on embarque avec les deux jeunes gens, accompagnés de l’ainée et de son soupirant, et de l’ami du soupirant (intéressé lui aussi par la cadette). Interrogatoires, enquête, cavalcades, enlèvement, poursuites… tout est là pour croiser le roman sentimental avec le roman d’aventures.