Les Aoûtiens

Les Aoûtiens
Olivier Douzou, Frédérique Bertrand
Rouergue, 2019

Un OVNI dans le potager

Par Anne-Marie Mercier

Les albums publiés par le duo constitué par Olivier Douzou et Frédérique Bertrand sont toujours une surprise, tant ils sont décalés, drôles et énigmatiques. Ils font partie de ces « petits » livres qu’il faut lire plusieurs fois pour tenter d’en saisir  tous les sens, depuis On ne copie pas (Prix Bologna Ragazzi de la foire du livre de jeunesse de Bologne, Rouergue, 1999), véritable OVNI ou plutôt ANI (Album non identifié) dans le paysage de l’édition pour la jeunesse. Se sont succédé Remue-ménage, (Rouergue-Centre Pompidou, 2000), Les Mauvais Perdants (Rouergue, 2001), Le Conte du prince en deux ou l’histoire d’une mémorable fessée, (Seuil, 2005), Pierre et le l’ours (MeMo, 2007), Le Petit Bonhomme pané  (Rouergue, 2011), Minou, Ours, Teckel, Poney (Rouergue, 2012), Costa Brava (où apparait le personnage de Petit Pierre), Zignongnon, Truite (Rouergue, 2013). Frédérique Bertrand collabore avec bien d’autres auteurs, notamment Michaël Leblond pour la série des Pyjamarama ­– le visage de petit Pierre, dans Les Aoûtiens, est proche de celui de ses personnages dans ces albums). La plupart de ces titres ont été recensés dans li&je.
Les Aoûtiens semble présenter une situation simple : , Pierre, un petit garçon, accompagne son grand-père au jardin et écoute, sans doute un peu distraitement, le long monologue de celui-ci, louant la vie au grand air, la nature, ses qualités de jardinier, et la nouvelle sagesse qu’il a acquise en passant de l’activité de maçon à celle d’amoureux des plantes. Il lui montre les courgettes, les petits pois en passant par les haricots, et s’attarde sur sa variété de tomate préférée, sa « tomate maison » qu’il va laisser mûrir un peu.
Il ne voit pas ce que voit Petit Pierre : une soucoupe volante attaque au canon (un rayon laser ?) le mur de brique qui enclot le potager où broutent Geneviève la vache, Poney (le même que dans un album précédent), Biquette en compagnie de canard (qui ne broute pas), et de quelques oies. La soucoupe volante aspire Geneviève la vache, tandis que l’attaque contre le mur continue. Celui-ci s’ouvre, brique après brique, comme dans un jeu électronique bien connu, puis l’image est grignotée et envahie de blanc, comme si ses pixels colorés fondaient sous le rayon laser, puis de noir. Pendant ce temps, Pierre tente en vain d’attirer l’attention de son grand-père et les autres animaux s’affolent avant de passer à l’attaque, subissant plusieurs changements. Enfin, la nuit est tombée, Pierre et son grand-père rentrent à la maison. Le lendemain, la tomate « maison » est habitée… Le mieux est donc l’ennemi du bien, n’est-ce pas Grand-père ?
On peut prendre cela comme un récit « vrai ». On peut aussi le lire comme un récit double, montrant d’une part la scène entre le grand-père et son petit-fils tandis que le jour décline sans que le grand-père s’en rende compte (« avec tout ça on n’a même pas vu la nuit tomber », dit-il, à la fin), d’autre part ce que Pierre imagine, perclus d’ennui face à ce long monologue plein de lieux-communs. Alors que le texte est accaparé par le grand-père, l’imaginaire enfantin se déploie dans l’image, sous bien des facettes : extraterrestres, jeux de console, film de cow-boys ou de cape et d’épée, animaux humanisés, jouets animés… mots pris au pied de la lettre (comme « maison »). On retrouve le talent que Frédérique Bertrand avait montré dans le très beau et très juste Le Mensonge (Rouergue, 2016), avec un texte de Catherine Grive, qui représentait à merveille la pensée enfantine

Quant au titre, je ne sais pas comment le comprendre : désigne-t-il le fait que Pierre est en vacances ? Alors pourquoi ce pluriel ? inclut-il le grand-père retraité ? ou bien désigne-t-il les envahisseurs ? Je sèche… Sans doute Poney a-t-il la réponse ? Ou vous?

 

 

 

 

 

 

 

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