Hunger Games : La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur

Hunger Games : La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur
Suzanne Collins
PKJ, 2020

« Cria Cuervos y te sacaràn los ojos » ;
ou : ceci n’est pas un livre pour la jeunesse

Par Anne-Marie Mercier

Mais à quoi sert la loi de juillet 49 ? elle interdit de « présenter sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, […] ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques ou sexistes ». Si ces deux défauts (sexisme ou racisme) sont épargnés au personnage principal de cette histoire, il accumule tous les autres, et même pire : assassinat, délation, hypocrisie, et trahison sont à ajouter au palmarès – il tuerait sa grand-mère bien aimée et prostituerait sa cousine s’il le fallait (je crois qu’il a fait  le deuxième, mais sans se salir les mains – l’auteur non plus ne se salit pas les mains par parenthèse, comprend qui veut, du moins au début du roman) .
Le jeune Coriolanus est a priori sympathique, comme tous les héros : orphelin, élevé par sa grand-mère (qu’il adore), et sa cousine (idem), il est mignon, très intelligent, volontaire, et il est certain d’avoir un grand destin, du fait de ses origines : il est le dernier descendant d’une lignée d’aristocrates de Panem, les Snow (tiens, ça rappelle Le Trône de fer). Panem vient de remporter la guerre contre les districts et d’établir les « jeux de la faim » pour rappeler cela aux vaincus. Tout le monde plus ou moins a entendu parler de cette dystopie et de ces jeux, je n’y reviendrai pas, et on sait que la lutte pour la vie y est terrible.
Coriolanus lutte aussi, non tant pour sa vie que pour sa place dans la société ; il est prêt à tout pour récupérer la place qui lui est due selon lui (tout en haut) sans en être tout à fait conscient ; toutes ses hésitations morales tournent vite court face à la nécessité, et se transforment en faux prétextes. Il est un vrai « salaud » au sens sartrien du terme (je suis allée jusqu’au bout du roman pour voir irait l’auteur (enfin, jusqu’où elle amènerait son personnage) et j’ai eu la réponse : très loin. Plus encore que tout cela, c’est la « banalité du mal » qu’il incarne qui est gênante.

D’où ma gêne et mon envie de ne pas recommander ce livre pour de jeunes lecteurs (ou lectrices) travaillés par l’identification, bien qu’il soit plein d’action et de retournements rapides, malin enfin. L’auteur est aussi habile : elle emporte son lecteur dans un jeu de faux-semblants, couverts de quelques voiles bien pensants où le bien et le mal deviennent flous jusqu’au dénouement et à la tombée des masques.
Pour de jeunes adultes, pourquoi pas, mais que fait la mention de la loi de 49 en page de garde ?

 

 

 

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