La Leçon de silence

La Leçon de silence
François David – Jeanne Mentrel
Editions du Pourquoi pas ?? 2026

Chut !

Par Michel Driol

Ce matin-là, la maitresse a écrit au tableau Leçon de silence, ce qui entraine différentes réactions des élèves, interloqués, amusés… Mais la maitresse reste impassible, et ne dit pas un mot. Peu à peu, les rires font place à un silence qui permet d’entre ce qu’on n’entend pas habituellement, jusqu’à ce que la maitresse joue quelques notes sur son xylophone. Et tous de demander qu’on refasse plus souvent cette fameuse leçon de silence…

Cette leçon de silence, on aimerait la voir mise en œuvre dans les classes, et même au-delà, dans la société. Apprendre à accueillir le monde extérieur par les oreilles, apprendre à se taire, apprendre à ne pas s’imposer, apprendre à ne pas crier, hurler, injurier. Il y a là une belle et profitable leçon de vie, leçon d’apaisement pour toutes et tous, preuve que la force de l’autorité, pour imposer quelque chose, ne réside pas dans la menace, dans la gesticulation, mais dans la confiance bienveillante. Et chaque enfant tire profit de cet espace offert, de cette respiration, de cette expérience nouvelle, expérience poétique s’il en est qui consiste, un peu comme dans le haïku, à se laisser porter par le monde extérieur et à le laisser entrer en soi.

Et si vivre ensemble, c’était partager ce genre d’émotion particulière, ce silence bien à l’opposé des représentations traditionnelles de l’école, où les élèves se taisent pour écoute la maitresse parler. Un silence qui n’est pas imposé, contraint, ni ce silence gêné entre adultes dont parle le texte, lorsqu’un ange passe. Un silence complice, ciment du sentiment d’être ensemble. Bien au rebours du zapping forcené de notre époque, de cette volonté malsaine d’agitation et d’activité à tout prix, du bruit et de la fureur. Un silence comme une non activité, une façon de renouer avec l’otium latin, ce loisir bien loin de sa négation, le negotium si contemporain… Une façon enfin d’inclure et d’intégrer tout le monde, y compris le jeune enfant arrivé récemment d’un pays étranger…

Le texte, sans fioriture, mais non sans humour au début, se centre sur les réactions, les émotions, les plaisirs des élèves, faisant partager leur étonnement, puis leur découverte. Les illustrations de Jeanne Mentrel, très symboliquement, font advenir au milieu d’écolier tout en noir les couleurs éclatantes du silence dans des petites choses quasi minuscules, feuilles, oiseaux qui prennent ainsi toute leur place inattendue, toute leur valeur.

Et si faire société se construisait autour de l’impalpable silence, non pas pour taire les divergences, mais pour partager ensemble le fait d’être sur terre ?

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