Le Maître des estampes

Le Maître des estampes
Dedieu
Seuil, 2010

Intermittences de l’art

par Anne-Marie Mercier

lemaitredesestampes.jpgCarnet de croquis précédé d’une fable chinoise, cet album propose en deux leçons une vision profonde du travail de tout artiste, celui du peintre, comme celui des autres : acteurs, interprète, auteurs… La formule placée en conclusion de la première partie concentre bien le propos : « Des deux vies du papillon, ce n’est pas celle de la chenille que l’on retient, mais celle du papillon ».
Première partie, la fable, pseudo chinoise. Mais on sait, depuis qu’il a incarné le japonais Tatsu Nagata (qu’on adore !), que Dedieu est le roi du pastiche décalé. C’est un pastiche par la forme et le fond : un récit qui met en scène un maître de l’estampe et un mandarin dans une histoire d’apparence anodine et close par une chute qui dit une vérité profonde. Le dessin est tracé à l’encre sur un beau papier crème, aquarellé (ou encré à l’eau) sur certaines zones de différents tons de bruns et ocre (les vêtements, aux motifs géométriques traditionnels). Le texte, au rythme lent, très court et simple mais précis, dans une belle typographie à empâtements, est centré au-dessus ou au-dessous du motif, mais placé dans le cadre de l’image, ce qui fait de lui un élément graphique.
Le décalage vient de la représentation des personnages en animaux (le mandarin est un cochon gras, le peintre un renard élancé) qui évoque le monde des fables et éveille ainsi l’attention du lecteur. Et c’est bien une leçon que livre Dedieu, ou plutôt une parabole c’est à dire un récit qui permet de faire comprendre ce qu’un raisonnement ne pourrait faire saisir : la création demande du temps, non seulement celui de la réalisation effective, mais celui de la recherche de l’idée, de la forme, de son expérimentation, des brouillons au chef-d’œuvre. Et le public ne voit que le résultat, au mieux le geste final et, comme le mandarin, s’étonne de devoir payer six mois pour ce qu’il croit n’être qu’une seconde de travail.
Le carnet de croquis est la réponse du peintre au mandarin : il montre, sur un beau papier blanc de texture différente, quelques-unes des étapes qui permettent d’arriver à l’image finale, superbe encre que l’on retrouve en petit format et en couleur sur la couverture.
Un album à méditer, à savourer, à faire circuler et à offrir à tous ceux et celles que le travail de l’artiste passionne, grands et petits.

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