Elle est si gentille

Elle est si gentille
Isabelle Rossignol
Ecole des Loisirs,  2011

La couleur des sentiments

Par Christine Moulin

elle-est-si-gentille-1910132Voilà un beau roman qui finit bien mieux qu’il n’a commencé. Les premières pages, en effet, peuvent décourager car elles donnent l’impression d’être tombé dans un roman à l’eau de rose digne du courrier des lecteurs d’un magazine pour adolescentes: je l’aime, il m’aime, ma meilleure amie l’aime, il ne l’aime pas, que dois-je faire? D’ailleurs, l’héroïne elle-même, Clarisse, semble en avoir conscience: « […] je me dis que si cette histoire arrivait à d’autres qu’à nous je la trouverais tellement ridicule que je ne daignerais même pas m’y intéresser deux minutes. Ou alors je ne me gênerais pas pour m’en moquer allègrement. Je l’appellerais par exemple « Chassé-croisé de coups de foudre au soleil » et je la classerais dans la catégorie des téléfilms qu’adore regarder ma grand-mère ».

Mais ce qui fait que ce roman en est un, et non pas seulement l’énième « remake », comme on dit maintenant, d’une histoire éculée, c’est que le thème n’est pas forcément celui que l’on croit: bien plus, finalement, que l’histoire d’amour, ce qui compte, c’est l’évolution qu’elle permet chez Clarisse. Celle-ci va pouvoir vivre de l’intérieur ce qu’elle considérait jusqu’alors comme la « trahison » de sa mère, partie vivre au Brésil avec son amant et par la même occasion, libérer la parole de son père, aimant mais « taiseux », ainsi que la sienne propre. Elle va également réévaluer l’amitié (excessive?) qui la lie à Elsa, sa rivale, et interroger sa propension au sacrifice (« Te sacrifier, c’est donc ta réponse? » lui lance Julien, son amoureux).

Par ailleurs, le roman entier est fait d’échos qui en établissent la cohérence: l’oiseau mort du début se retrouve à la fin, Clarisse parle souvent de son âme, qu’elle a surnommée Néphèsh (elle a découvert avec émerveillement que ce mot « vient d’une racine qui signifie respirer« ), de ses étouffements,  bloquant et libérant le souffle du lecteur au rythme de ses émotions. Et surtout, élève d’une option artistique, elle est sensible aux couleurs dont les nuances transmettent les variations de ses sentiments. Les premières lignes sont à cet égard révélatrices: « Si un peintre faisait un tableau de moi en ce moment, il dessinerait une fille en jupe kaki et tee-shirt blanc sur un long boulevard » et c’est vers la réconciliation avec le jaune, couleur maternelle, que tend tout le livre.

PS : un seul bémol. Etait-il utile de faire de Bourg-en-Bresse le repoussoir d’Antibes?!

PS2 : une analyse intéressante sur Citrouille.

PS3 : une critique très critique !

 

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