Mon petit Frère de glace
Irène Cohen-Janca – Giulia Vetri
Editions des éléphants 2025
J’ai traversé la forêt de bouleaux argentés, je n’ai cassé aucune branche.
Par Michel Driol
Juin 1941. Après l’entrée de l’Armée Rouge dans Riga, Nita est séparée de son père, instituteur envoyé au Goulag, et déportée avec sa mère dans un kolkhoze en Sibérie. Dans l’isba où on les loge vit aussi un petit garçon malade, Ivan, avec lequel elle devient amie, et qu’elle parvient à guérir du scorbut.
A hauteur d’enfant, Irène Cohen-Janca retrace avec émotion un épisode bien méconnu de notre histoire européenne. La narratrice observe et décrit de nombreux détails, s’interroge, ne comprend pas pourquoi sa mère découd son beau manteau et fait cuire du pain. Ce sont les petites peines – comme celle de ne pas pouvoir emporter son ours en peluche – , et les grandes peines, comme le moment où les soldats la séparent de son père. C’est la violence des soldats frappant à la porte, c’est le voyage interminable, en wagon à bestiaux. Le récit retrace avec réalisme cette déportation de plus de 17000 lettons dans des conditions inhumaines, n’épargnant rien des dures conditions de vie en Sibérie, des menaces tant d’animaux sauvages que des autorités, de l’endoctrinement à l’école en URSS. Mais le récit dit aussi la force des relations humaines comme source de résistance, amour entre la mère et sa fille, amitié entre Nita et Ivan, solidarité entre un vieux letton et cette famille.
Commençant au début de l’été, le récit se termine symboliquement au début du printemps suivant, après la traversée des rigueurs de l’hiver, avec la promesse de guérison d’Ivan, de renouveau. Que vont devenir les rêves des enfants de retrouver la vie d’avant, de voyager chez un oncle apiculteur ? Bien sûr le récit ne le dit pas, mais le texte montre bien cette violence de l’histoire, en explicitant bien toute l’amère déception liée à la promesse d’un monde meilleur que la Révolution russe avait fait naitre.
Les illustrations, nombreuses, mettent l’accent sur les éléments importants et symboliques du récit, oscillant entre poésie et réalisme dans une facture naïve, à hauteur d’enfant elle aussi, dans la façon de jouer avec les perspectives. Elles ne cherchent pas à accentuer le sordide des conditions de voyage, le dénuement au kolkhoze, mais cherchent à mettre l’accent sur ce qu’il y a de dramatique dans le récit, mais aussi de lumineux dans la possibilité de cette amitié.
Un récit historique pour rappeler à tous l’une des nombreuses tragédies qui ont marqué le début de la seconde guerre mondiale, pour montrer comment des familles, des gens ordinaires, ont été broyés par des forces tyranniques et despotiques, des forces qui avaient dévoyé l’idéologie dont elles étaient issues. Le récit rappelle à juste titre à quel point le petit père des peuples était bien mal surnommé…








