Perdus de vue

Perdus de vue
Yaël Hassan – Rachel Hausfater
Flammarion jeunesse

La vieille dame et l’enfant

Par Michel Driol

perdusPrivée pour un temps de sa dame de compagnie, Régine, vieille dame aveugle et cultivée, fille d’un marchand de tableaux, engage Sofiane, adolescent un peu perdu. Petit à petit, entre les deux, se partagent les joies, les visites, les promenades, et les blessures qui deviennent de moins en moins secrètes. Entre l’adolescent dont le père est parti et la mère a démissionné, et la vielle dame qui a tout sacrifié – y compris ses propres enfants – pour un père dont elle a découvert, après coup, qu’il ne l’aimait pas, les parcours de vie se croisent. Peut-on réparer les erreurs et reconstruire les vivants ?

Le roman est construit  selon les points de vue des deux personnages principaux, l’un écrit par Yaël Hasan (Régine), l’autre par Rachel Hausfater (Sofiane).  Sans doute peut-on lui reprocher parfois l’optimisme et la confiance en la culture (Sofiane découvre et adore Chagall, se reconnait dans l’Attrape-cœur de Salinger), la cécité de Régine disparaît à la fin, mais c’est à une belle rencontre entre deux univers différents qui vont apprendre, tous les deux, à faire un pas vers l’autre pour accepter les différences, s’enrichir, et finalement se réconcilier avec les monde des vivants. L’humour des deux personnages – le sens de la répartie de Régine qui fascine Sofiane – ne gâche rien au plaisir du lecteur. La petite histoire des personnages croise bien sûr la grande – sur fond d’holocauste, d’immigration et de couples qui se déchirent, de cités glauques et de trafics de drogue.

Un livre plein d’optimisme à lire en ces temps troublés où les liens sociaux ont plutôt tendance à se déliter, comme pour montrer que tout est toujours à remailler du monde.

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