Belle maison

Belle maison
Anaïs Brunet

Sarbacane

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Par Michel Driol

Deux enfants, Lise et Noufou, reviennent passer l’été dans la maison familiale, abandonnée tout l’hiver. Ils retrouvent leurs habitudes, leurs livres, la maquette commencée l’année précédente, la plage où l’on construit des châteaux pour accueillir les poissons. Une histoire ordinaire et simple certes, mais c’est la maison qui raconte, et devient le personnage principal de cet album.

La maison est située au bord de la mer. Elle a des amis : sur une ile, une vieille tour datant du moyen-âge, le mimosa, une famille de pies. Elle a ses coquetteries : elle ne dira pas son âge. Elle a aussi ses regrets, de ne pas avoir voyagé alors qu’elle un tempérament d’aventurière. Pour elle, le retour des enfants, c’est celui de la vie.

On pourra être agacé parfois par le ton précieux de cette maison, qui signe « votre Belle Maison »,  qui parle comme une grand’mère un peu traditionnelle dans son vocabulaire un peu désuet et sa syntaxe bien polie, et évoque « ses terres ».  On sera peut-être aussi gêné de la représentation de cette maison de la bourgeoisie provinciale, avec ses tomettes au sol, son portemanteau années 60, sa salle de bains début 20ème siècle, ses tapisseries à fleur. On sera peut-être aussi gêné par l’absence d’adultes et ces enfants qui vivent leur vie, seuls, en ce bord de mer. Mais c’est qu’au fond le propos de l’album est ailleurs : il faut prendre cette maison sur un plan métaphorique, et y voir le lien de la filiation, l’inscription des nouvelles générations dans une histoire familiale dont la maison garde trace et souvenir. C’est à la fois le retour au cocon – voire au ventre maternel – qui est célébré ici, mais sans que ce cocon ne soit écrasant : les enfants sont libres d’aller et venir, sans obligation de raconter leur journée. La maison souligne leur indépendance et les projette déjà dans leur futur au service des autres (restaurateurs ou médecins).

Finement, l’album oppose l’intérieur et l’extérieur, qui envahit la seconde partie. Scènes de plage qui deviennent vite des  scènes surréalistes mêlant monde sous-marin et monde terrestre, dans une véritable robinsonnade marquée par la construction d’une cabane au milieu des animaux sauvages, comme autant d’images d’une liberté possible d’une enfance qui peut, dans les dernières pages, retrouver ses racines à la cuisine et dans la chambre à coucher.

Un premier album d’une nouvelle auteure de littérature jeunesse à suivre.

 

 

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