Une sorcière dans la clairière

Une sorcière dans la clairière
Sarah Vignon
Little Urban 2026

Une sorcière comme les autres

Par Michel Driol

 

C’est l’heure d’aller se coucher, mais Gabi a perdu son doudou Coco. Elle le cherche partout, s’enfonce au plus profond de son armoire, et débouche dans une forêt où l’attend une sorcière, rousse comme elle, qui tient Coco dans ses bras, une sorcière qui propose d’échanger Coco contre un talisman magique, un simple pépin de pomme. Puis la sorcière guide Gabi sur le chemin du retour, tout en lui parlant de sa vie à venir, de ses peurs, de ses erreurs, et de celles qui pourront la protéger.

Aider les enfants à grandir, au fond, c’est bien là une des missions premières de la littérature pour la jeunesse. Tel est bien le propos de ce premier album de Sarah Vignon, qui utilise les voies du fantastique pour évoquer la nécessaire confiance en soi. De fait, on accompagne l’héroïne de l’autre côté de l’armoire, au bout d’un long couloir noir, qui la conduit, comme dans les contes traditionnels, au cœur de la forêt. Fantastique encore avec cette rencontre avec son presque double, une femme qui lui ressemble, mais qui est plus âgée, et vêtue en sorcière. Une sorcière qui se présente avec toute la richesse et l’ambiguïté de ce personnage de conte, lui aussi. Sous son grand chapeau, elle est en train de croquer une pomme, convoquant ainsi les figures d’Eve et de Blanche Neige. Rien d’effrayant dans ce personnage, dont le cadeau, le talisman, semble pourtant aux yeux de la fillette bien mince : un doudou contre un pépin de pomme ! La fillette se sent dès lors perdante. Pour autant, symboliquement, elle abandonne un objet transitionnel qui la relie au passé contre un nouveau, une promesse d’arbre, une promesse d’avenir. Un doudou qui ne grandira jamais contre un pépin qui peut grandir et devenir, si on en prend soin, un pommier… Mais la sorcière offre un second cadeau, d’un autre ordre, les paroles qu’elle adresse à l’enfant, transmission de sagesse féministe énoncée au futur, leçon de sororité, incitation à la confiance en soi. Quelques paroles, quelques mots qui rassurent sur le long chemin de la vie qui s’ouvre devant l’enfant. Quelques mots, au futur, qui font du bien à entendre.

Les illustrations, tout en couleur, aux aplats entourés d’une ligne noire accompagnent ce voyage  en faisant passer de l’univers familier de la maison de Gabi à la forêt. Une forêt qui n’a rien d’inquiétant, avec ses arbres verts, et ses dangers, incarnés ici par deux insectes géants, mais à visage humain. Tout est ici fait pour rassurer… Ajoutons que, de façon ludique, une pomme se cache dans chaque illustration…

Un riche album, tout en tendresse, qui s’adresse à toutes les petites filles – mais pas que ! – pour leur parler de confiance en soi, pour leur expliquer que, si grandir c’est parfois se tromper, c’est aussi compter sur les autres, et c’est enfin ne pas oublier la part d’enfance qui subsistera.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *