Pourquoi tu boudes, Eugénie ?

Pourquoi tu boudes, Eugénie ?
Olivier Dutto – Maurèen Poignonec
Didier Jeunesse 2026

Obsolète chevaleresse

Par Michel Driol

Si Eugénie boude, c’est qu’elle rêve d’être chevalier, et que son père lui affirme que c’est impossible. Alors elle argumente, car pour elle, ce n’est pas parce qu’elle est une fille que c’est impossible. Et de raconter tout ce qu’elle fera quand elle sera chevalier… Mais quand son père lui réponde que c’est impossible parce qu’on n’est plus au Moyen Age, la voilà regrettant d’être née quelques siècles tôt tard, et boudant à nouveau…

Eugénie fait partie de ces personnages de fillettes au (mauvais) caractère bien trempé qu’on adore retrouver dans les albums. Croquée par l’illustratrice avec une ample tignasse brune, et une salopette rouge à carreaux, le texte montre qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, qu’elle sait observer les autres, et qu’elle est dotée d’une imagination débordante. Sa passion pour le Moyen Age, on la devine au travers de la représentation de sa chambre : château fort, chevalier, chapeau de sorcière, dragon, et une riche bibliothèque, propre à nourrir son imaginaire Le dispositif iconique est original qui oppose la réalité vécue, en monochrome rose, aux rêves de chevalier d’Eugénie, en couleur. Réalité et rêve s’opposent, page de gauche, page de droite, permettant de voir comment la fillette transforme son univers familier, ses jouets en éléments bien médiévaux.  Ajoutons à cela quelques clins d’œil, au chaperon rouge ou aux trois brigands dans l’illustration et on aura une idée de la richesse et des sources de cet imaginaire…

Bien sûr, l’album déconstruit les stéréotypes de genre, à la fois dans le lexique (on ne dit pas une chevalier) et au travers de l’attitude et du comportement de la fillette, bien décidée à exercer le métier qu’elle a envie d’exercer. Mais il le fait avec humour, car l’impossibilité signalée par le père ne tient pas au genre, mais à l’époque… Tout au plus peut-on devenir chevaleresse des Arts et lettres, dit-il, décevant une nouvelle fois sa fille. L’humour, il est aussi dans le personnage muet du chat, présent sur presque toutes les illustrations, un gros chat poilu, si poilu que le texte signale qu’on a du mal à percevoir où est sa tête, chat complice, chouchou, comparse au fil des pages…

Un album plein d’humour présentant un personnage de fillette bien décidée, qui n’a pas froid aux yeux, et vit dans son monde, celui du Moyen Age, une fillette bien décidée à ne pas renoncer à ses rêves… Quand la bouderie devient un art de vivre, et un refuge contre le monde !

Trop nul

Trop nul
Michael Escoffier, Matthieu Maudet
L’école des loisirs, 2024

Quel animal de compagnie ?

Par Anne-Marie Mercier

Tous les parents font un jour l’expérience du désir des enfants d’avoir un animal. Beaucoup découvrent que bien souvent l’animal choisi déçoit et, rapidement, ne suffit plus : « trop nul », le poisson, la tortue, le chat, le chien, puis le poney, etc. jusqu’au dernier vœu : un dinosaure. On sait combien les enfants les adorent, mais les dinosaures adorent-ils les enfants ? Celui-là vengera tous les animaux ! La chute est drôle et édifiante…
Le format carré et cartonné comme l’histoire conviendront à de jeunes enfants, mais on peut supposer que de plus âgés s’y verront comme dans un miroir, aussi bien par les postures, les expressions (les différentes façons de faire la gueule), et les propos que le titre résume fort bien.
C’est drôle, à condition que les jeunes lecteurs visés veuillent bien rire d’eux-mêmes : il n’est jamais trop tôt pour apprendre l’humour, ou du moins commencer, car cet apprentissage prend du temps, mais peut-être faut-il viser un lecteur pas trop petit.

Tout va mal pour Tristan Quichon

Tout va mal pour Tristan Quichon
Anaïs Vaugelade
L’école des loisirs, 2021

Dans la famille Quichon, le grognon

Par Anne-Marie Mercier

Voila le portrait de l’un des soixante-treize enfants de la famille Quichon. Tristan est mécontent : pourquoi faire et refaire son lit tous les matins ? Pourquoi ses soixante-douze frères et sœurs préfèrent-ils tous faire leur lit en vitesse pour aller manger les crêpes promises au lieu de se révolter ? Il finit par bouder seul pendant que le autres mangent toutes leurs crêpes et se dire que la vie n’a pas de sens… jusqu’à l’arrivée de maman Quichon. Elle est capable de s’occuper d’un seul enfant avant le déferlement du retour du groupe. Elle est merveilleuse de tendresse et d’habileté pour ramener son petit vers la vie et la gaieté.

Illustration drôles et tendres, dialogues délicieux, tout est un plaisir.