Le Cheval a mangé mon frère
Jean-François Chabas
Rouergue, 2026
Douches écossaises
Par Anne-Marie Mercier
Nous voilà en Écosse, avec un château et, bien sûr, des fantômes. Le roman pourrait semble au premier abord un remake du célèbre conte d’Oscar Wilde, Le Fantôme de Canterville : une famille venue d’ailleurs s’installe dans une ruine écossaise et entend bien chasser ou apprivoiser les fantômes qui tentent de la déloger. Mais il y a bien des variantes qui font de ce roman un récit tout à fait particulier. Tout d’abord (XXIe siècle oblige) la famille n’est plus si soudée : ce château est une lubie de la mère, veuve depuis peu. Devenue multi-millionnaire grâce à une fabrication de hot-dogs bio, elle veut réaliser un vieux rêve et commencer une autre vie. Les enfants sont des pré-ados d’aujourd’hui, pas ravis du tout d’avoir quitté Londres, son confort et leurs amis. En plus, il n’y a pas de réseau…
Tout se complique lorsqu’un villageois, décrit comme simplet par les autres, les alerte en criant « le cheval a mangé mon frère », puis lorsqu’un superbe cheval sauvage apparait sur la grève, dégageant une étrange attraction, ou encore lorsque la famille fait la connaissance du voisin, un bel aristocrate qui subjugue à la fois la mère et les deux filles, des jumelles âgées de douze ans (le narrateur en a dix), enfin lorsque la tenancière de l’auberge leur donne la formule qui fera taire le fantôme qui se lamente en chantant un air mexicain…
Si le livre est souvent très drôle, grâce au ton ulcéré du narrateur et aux fantaisies ectoplasmiques, la fin bascule dans la terreur, bien loin du ton léger et rationaliste du Fantôme de Canterville : l’Écosse gardera ses mystères, et le lecteur, passant de l’hilarité à l’effroi,aura été douché de bien des manières.
Par Anne-Marie Mercier