L’Invité de l’orage
Thomas Lavachery
L’école des loisirs (médium), 2026
Brouilles en Indiana
Par Anne-Marie Mercier
Dès le premier chapitre, on apprend pourquoi le hameau de Ridgwell est si particulier : il compte sept habitants, retraités, tous « veufs ou célibataires endurcis », qui tous et toutes se détestent, pour différentes raisons. Un événement inattendu redistribuera les cartes.
Un être étrange est tombé du ciel et a atterri brutalement sur le toit de la maison d’Horace, le grand-père de Jim, lors d’une nuit d’orage. Gros comme un chien, il a des ailes mais pas de plumes, de grandes oreilles, un pelage brillant, une odeur de vanille… Jim le soigne avec patience, comme un oiseau tombé du nid, désespérant parfois de le sauver.
L’être bizarre survit mais sa présence oblige la communauté à communiquer : l’ex infirmière Mrs Thomson est appelée au secours un jour où il a avalé tout ce qui était à sa portée et s’est empoisonné, l’ex professeur tente de l’identifier en consultant sa bibliothèque personnelle, l’ex coiffeur qui a fait le tour du monde est sollicité, des voisines cèdent à leur curiosité pour voir l’étrange animal… Chacun lui donne un nom (Horace l’appelle Bob, Jim, grand lecteur, lui a donné le nom du héros de la série dans laquelle il se plonge régulièrement, celui de Nachachuk, l’indien). Finalement, tous se parlent, d’abord bougons puis de plus en plus complices, les vieux comptes étant soldés. L’enlèvement de Bob déclenchera ensuite beaucoup d’émotions et de péripéties.
Le recours au fantastique à travers l’étrange visiteur, sert un propos réaliste et montre comment une communauté peut se fracturer puis se ressouder (ou pas) et le rôle de l’ennui dans ces brouilles. Le ton est léger, le livre est drôle, parfois émouvant, et tous ces personnages sont fort attachants (même le méchants). Le roman est finalement une fable, drôle et teintée d’exotisme.