Graal, t.1, Le Chevalier sans nom
Christian de Montella
Flammarion (2003), 2010
Lancelot, héros moderne ?
par Anne-Marie Mercier
Les aventures de Lancelot sont ici racontées en langue moderne, de façon très explicite, un peu trop pour ceux qui ont en mémoire le texte original. Certes, il est plein de suspens, d’aventures et d’amour (l’histoire racontée l’est en elle-même) mais la modernisation gomme l’étrangeté du récit et ce qui est magie devient fantastique, ce qui est poésie est ramené à une certaine rationalité, la religiosité est gommée.
Un exemple, dès les premières pages. La mort de son père, le roi Ban de Bénoïc est présentée comme l’effet d’une crise cardiaque ; dans la version de Boulenger, on lit : « un si grand chagrin le poignit et l’oppressa, que ne pouvant verser des larmes, son cœur l’étouffa et qu’il se pâma »; tombé de son cheval , il prie Dieu, puis, « son âme se serra si fort en songeant à sa femme et à son fils, que ses yeux se troublèrent, ses veines rompirent et son cœur creva sans sa poitrine ». Ce n’est peut-être pas scientifiquement exact, mais cela nous introduit dans l’étrangeté de ce monde.
Une plongée visuelle et sonore au XIVème siècle pour découvrir chevaliers, châteaux forts et cathédrales grâce à des scènes de vie quotidienne, du marché à la construction d’une cathédrale, en passant par le château du seigneur, assiégé deux pages plus loin, la vie au village et celle au monastère. Cet ouvrage ludique, documentaire interactif propose plus de 80 rabats afin de découvrir des détails de la vie médiévale, un sigle « jumelles » permettant de voir des scènes grossies pour mieux les apprécier. Ce livre peut se feuilleter à des âges différents, de la découverte à l’approfondissement, une fois que l’on est plus grand. Un bémol néanmoins : le foisonnement d’informations peut rebuter mais, passée cette entrée, l’univers attractif opère sur le lecteur avide de connaissances.
La série « chercher Charlie » dont un best of est sorti cette année a fait des émules mais le résultat n’est pas à la hauteur… Sous couvert de faire découvrir, parmi de nombreux autres titres encore plus stéréotypés, les fonds marins ou la vie quotidienne au Moyen-Age, les auteurs proposent de trouver des choses, certes nombreuses, mais qui laissent parfois perplexes, comme des pêcheurs ou des moutons noirs dans « Châteaux et chevaliers » et des sandwichs ou des tee-shirts blancs dans « la mer » ! On peut passer un moment agréable à chercher les détails avec son enfant mais mieux vaut retrouver Charlie, qui a au moins le mérite d’avoir été le premier !
Si les filles sont intéressées, qu’elles passent leur chemin et se dirigent vers les titres de la série édités pour elles : Habille… les fées ou encore Habille… les princesses ! A part cette « légère » restriction, plus de 200 autocollants permettent de différencier « normands et saxons », expliquer les « croisades », présenter « les guerriers arabes », « la bataille en France », « un château assiégé », « l’armure du cheval », « les armoiries », « le tournoi » entre Sires Calogrenant et Agravain, « la chasse et la fauconnerie », « un grand banquet », « les festivités » (avec le Duc de Buckingham, le roi Henri VIII d’Angleterre et le roi François Premier pour la France). Pour finir, le jeune garçon pourra armer Sire Galaad adoubé chevalier.
Lors d’une même nuit moyenâgeuse, une femme raconte une légende à son enfant et attend son amant, un garde scrute l’obscurité du haut des remparts, les fantômes dansent et plaisantent dans le cimetière, un chevalier, seigneur du château où vivent (ou pas) tous ces êtres, rentre de guerre et hésite entre le suicide et le retour ; des hommes complotent, une sorcière joue…