Mais qu’est-ce que c’est?

Mais qu’est-ce que c’est ?
R. Martin, Cl. Schwartz
Saltimbanque 2019,

Savoir s’étonner et questionner

Maryse Vuillermet

Un enfant confronté à une forme, un objet, une texture inconnue,  demande : Mais qu’est-ce que c’est ?
Voici un beau livre documentaire qui peut répondre à 44 questions portant sur 44 petites énigmes de la nature. Elles sont présentées sur une double page, la page de gauche montre le mystérieux objet, un tas de feuilles, des chapeaux chinois, toute forme qu’on peut rencontrer en promenade, dans la nature et donne quelques indices,  et la page de droite explique : c’est un nid, une larve, une mue, un coquillage… Elle accompagne la révélation de nombreuses informations scientifiques ou insolites.

Cet album apprend à observer, à faire des hypothèses drôles ou pleines d’imagination et puis à poser des questions et à apprendre.

La la langue – Comment tu as appris à parler

La la langue – Comment tu as appris à parler
Aliayah et Susie Morgenstern – Illustrations de Serge Bloch
Saltimbanque édition 2019

La grande aventure de l’entrée dans le langage

Par Michel Driol

Derrière le titre (lacanien ?) le sous-titre explicite l’enjeu de ce livre : expliquer aux enfants comment ils ont appris à parler. Très classiquement, le livre aborde les différents stades de l’acquisition du langage par un enfant : à partir de la naissance une petite vingtaine d’étapes le conduisent à après 6 ans : la communication non verbale par les sourires, l’entrée dans les premiers mots, l’acquisition des phonèmes les plus difficiles à prononcer… Le livre fait avec habilité le lien entre les progrès linguistiques et langagiers et l’évolution des conduites de l’enfant tant en terme de communication – ses relations avec autrui – que de progrès dans le graphisme par exemple.

Le livre est écrit en « tu », s’adressant à l’enfant, lui montrant tous les stades par lesquels il est passé (si l’on suppose que le lecteur visé a plus de 6 ans…). Comment il est passé du stade d’infans, celui qui ne parle pas, à cet être de langage salué dans les dernières pages, à qui l’on souhaite bonne route. On imagine aussi, comme c’est le cas d’une grande partie de la littérature enfantine, une lecture qui associe un parent et un enfant, et le livre devient l’occasion de revivre des épisodes passés, de mesurer les apprentissages énormes réalisés en peu de temps, et d’être optimiste pour la suite des apprentissages à réaliser dans le langage et grâce à lui.

On apprécie la rigueur scientifique du livre – en regrettant peut-être que les étapes soient données de façon un peu catégoriques, sans que rien ne vienne préciser que chacun apprend et se développe à son rythme, et que nombre de grands parleurs aujourd’hui étaient quasi mutiques à 6 ans… Mais on apprécie la vulgarisation faite, sans aucun terme technique, dans des phrases simples, pleines de bienveillance à l’égard de l’enfant, et souvent pleines d’humour. Cet humour est renforcé par les illustrations de Serge Bloch : scènes de la vie quotidienne, enfant au milieu de nuages de lettres, de sons et de mots,

Un livre utile tant pour les enfants que les parents, voire les éducateurs qui y trouveront des repères pour une première approche du développement du langage et de l’apprentissage de la langue.

Dix petites graines. Mon jardin en hiver

Dix petites graines. Mon jardin en hiver
Ruth Brown
Gallimard jeunesse (poche : « L’heure des histoires »), 2017

Leçons de nature

Par Anne-Marie Mercier

Les Dix petites graines de Ruth Brown, publié pour la première fois en 2001, est un classique pour de multiples raisons : les illustrations sont belles, mêlant réalisme et expressivité, alliant les tons sombres de la terre vue en coupe tandis que les graines germent et se transforment en pousses, aux bruns des animaux (chat, taupe…); au-dessus, éclatent les couleurs claires où le jaune domine, lumière du ciel, livrée des  habitants de l’air (coccinelle, pucerons), lorsque la plante pousse, seule rescapée de dix après les différentes incursions des vivants sur son territoire souterrain ou aérien.
Belle leçon de « choses », qui montre que semer ne suffit pas, et que la nature est généreuse et remplace ce qui est perdu.

Mon jardin en hiver est un conte en cascade (ou en « progression à thème linéaire », structure dont on a souvent du mal à trouver des exemples en cours de français). Les illustrations, superbes, perdent comme celle de l’autre album, dans ce format réduit, mais cela reste charmant.

Le Noir de la nuit

Le Noir de la nuit
Chris Hadfield et Kate Fillion, The fan Brothers (ill.)
Traduction (anglais) d’ilona Meyer
Edition des éléphants, 2016

« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »… (B. Pascal)

Par Anne-Marie Mercier

On a souvent de mauvaises surprises quand on ouvre un album signé par une « célébrité »,  vedette de la chanson ou du cinéma, de la politique ou du sport… Ici, la première surprise (quoique…) c’est que l’histoire est signée par un astronaute, Chris Hadfield, un peu aidé sans doute par Kate Fillion, dont le nom ne figure pas sur la couverture. La deuxième, c’est que le résultat est très réussi, combinant autobiographie et fantaisie.

Du côté de l’autobiographie, on nous montre le jeune Chris possédé à la fois par une passion de l’espace et par des terreurs nocturnes. Le dénouement associe ces deux éléments, le jour où il voit à la télévision Neil Armstrong et la mission Apollo 11 se poser sur la lune : il deviendra pilote et il se souviendra que rien n’est aussi noir que le noir de l’espace. Des photos en fin d’album montrent la cohérence de ces vies.

Le côté fantaisie est assuré par les illustrations, belles, drôles, rêveuses, qui évoquent tout à la fois un imaginaire de l’espace, comme dans les Tintin et les Caroline, et le monde de la nuit, rassurant par la représentation des parents, de la maison, du chien, inquiétant par les ombres qui prennent des allures d’extraterrestres et évoquent certaines créatures d’Ungerer ou de Sendak. L’infini des rêves et de l’espace se combinent pour faire rêver celui qui oublie d’avoir peur.

L’Observatrice. 10 juillet 2005 : ébauche d’une démocratie

L’Observatrice. 10 juillet 2005 : ébauche d’une démocratie
Emmanuel Hamon, Damien Vidal

Rue de Sèvres, 2018

Une éducation sentimentale et politique

Par Anne-Marie Mercier

L’héroïne de cette BD, Mathilde, est titulaire d’un master en droit international, parle couramment russe et est toujours stagiaire à 27 ans. Elle galère aussi avec des petits boulots. Elle a l’opportunité de découvrir la vie des observateurs internationaux envoyés pour surveiller la tenue d’élections dans un pays qui accède tout juste à la démocratie, ici le Kirghizistan. Rencontres, diners, entrevues, hasards, lui font découvrir petit à petit que cette tâche apparemment exaltante n’est qu’une mascarade : la corruption est présente à tous les niveaux et ceux qui tentent d’améliorer la vie des gens simples sont bien seuls. Elle découvre surtout que ses tentatives pour faire quelque chose de son côté son non seulement dérisoires mais aussi plus que maladroites.

Le ton est sombre, les rapports entre les êtres âpres et complexes, le désenchantement total : l’héroïne, par qui nous voyons tout cela, grandit dans la douleur…

La narration est sobre, sans trop de commentaires et laisse le lecteur se faire une idée en même temps (ou presque) que Mathilde des mystères du lieu et de la gangrène qui le ronge : les plans tantôt larges tantôt resserrés nous font voir du pays et des gens, nous embraquent efficacement avec elle et le dessin sobre et tracé à grands traits, comme les aplats de couleurs, se met au service du sens. 

Le chat

Le chat Magali Attiogbé Amaterra, 2017

Mon (tout premier) documentaire

Par Christine Moulin

Voilà un album qui peut initier les tout-petits à l’intérêt des documentaires. Quelques concessions sont faites à leur jeune âge: le format est carré, le carton épais, c’est le chat qui parle (ce qui, soit dit en passant, ne facilite pas forcément la lecture). La présentation est ludique: trous et rabats permettent de dynamiser les découvertes. On n’échappe pas à l’anthropomorphisme (« Ce que je préfère, c’est jouer avec mes chatons ») mais dans l’ensemble, les informations ne sont pas inexactes, sans être vraiment précises, il est vrai. Les illustrations sont engageantes. Nous avons donc affaire à un ouvrage qui plaira sans doute aux enfants passionnés de chats.

Mon cher Victor Hugo

Mon cher Victor Hugo
Chantal Brière
Bulles de savon, 2016

Ecrire à Victor Hugo…

Par Christine Moulin

Les éditions Bulle de savon ont conçu une collection originale : il s’agit pour l’auteur d' »écrire une lettre à l’une des icônes de la littérature, de la peinture, de la musique, voir ce que ce personnage nous dit aujourd’hui, le mettre en scène dans des petites fictions et l’imaginer revivre d’un coup » (1). A la lecture de cet extrait de la quatrième de couverture, on pressent la complexité de l’objet que va faire naître une telle feuille de route.
Spécialiste émérite de Victor Hugo, Chantal Brière a relevé le défi. Elle nous donne ainsi à lire un livre passionnant, dense, qui fournit toutes sortes d’informations sur Victor Hugo et évite les écueils habituels : par exemple, elle ne colporte pas les erreurs mille fois répétées sur le fameux « Chateaubriand ou rien », elle ne fait pas de l’opposition à Napoléon III une hostilité personnelle due à une quelconque déception de n’avoir pas été nommé ministre, etc. Bref, cet ouvrage est riche et fiable.

Mais riche, il l’est sans doute, à cause du format même de la collection, un peu trop. Complexe, ce livre me semble compliqué pour un jeune public, auquel il est censé s’adresser. Sur le plan matériel, les diverses couleurs de pages peuvent certes servir de repères mais cela suffit-il à distinguer toutes les formes énonciatives qui se succèdent? Les pages blanches sont dévolues à la « lettre » que Chantal Brière est censée écrire à Victor Hugo. Mais cette lettre est interrompue par des citations hors contexte, écrites en gros caractères, et elle paraît parfois un peu artificielle, puisque l’auteur est obligée de rappeler à Hugo des éléments qu’il ne peut avoir oubliés ; au hasard: « Tout près habite une petite fille qui vient de temps à autre s’amuser avec vous dans les herbes folles » (p. 9) [Il s’agit d’Adèle, bien sûr, qui deviendra Madame Hugo] ou bien: « Léopoldine, Charles, François-Victor et Adèle, ce sont vos quatre enfants » (p. 63). Les pages jaunes laissent place à des récits dont Chantal Brière est la narratrice, récits mettant en scène Victor Hugo. Mais alors pourquoi les pages bleues et roses ont-elles la même fonction? Ces codes fluctuants ne sont pas éclairés par les jeux typographiques: certaines phrases sont écrites en gros caractères et en gras. Pourquoi?
A ces changements énonciatifs viennent s’ajouter des « pirouettes » chronologiques peu propices à la compréhension : juste après l’évocation de l’enfance de Hugo, par exemple, nous voilà propulsés en 1855, à Jersey. Cela se justifie puisque Hugo écrit alors le poème « Pepita » (sans que, d’ailleurs, la référence exacte en soit donnée: « Pepita » est un poème écrit en 1855, mais publié en 1877, dans L’art d’être grand-père…), poème lié à son voyage en Espagne de 1811. Pour des lecteurs qui ne sauraient pas pourquoi Hugo se retrouve à Jersey ni pourquoi l’Espagne est si importante pour comprendre son oeuvre, le détour est sans doute un peu rude. Ces allers et retours sont constants dans l’ouvrage, ce qui soutient l’intérêt, certes, mais ne favorise pas la mémorisation de la chronologie.
Enfin, encore une fois à cause du format de la collection, les informations sont toujours denses et souvent allusives.

Bref, pour un adulte qui connaît la vie et l’oeuvre de Victor Hugo, cet ouvrage est intéressant et plaisant, d’autant que Chantal Brière a une plume particulièrement élégante, qui semble avoir été influencée par son objet.
Mais pour les destinataires de l’ouvrage, la lecture est sans doute difficile. Par ailleurs, on regrette qu’il n’y ait ni références ni bibliographie: si cet ouvrage doit servir à bâtir un exposé, par exemple, c’est une lacune regrettable.

(1) Avant Victor Hugo, ont été mis à l’honneur Voltaire, Van Gogh et Mozart.

 

Popville

Popville
Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Hélium, (2009), 2017

Pop up culte !

Par Anne-Marie Mercier

Si vous avez manqué la parution de Popville en 2009 et regrettez régulièrement qu’il soit devenu introuvable, ou si votre exemplaire est en miettes à force d’avoir été manipulé pendant 7 ans et 77 jours par de petites mains maladroites, réjouissez-vous : les éditions Hélium l’ont réédité. On le retrouve avec plaisir, tout neuf, avec ses formes de bâtiments qui ressemblent à un jeu de construction en bois peint, qui en ont les couleurs et la géométrie.
Une ville c’est d’abord, selon la première page, une route, une église peut-être, et une maison, des arbres autour. Puis les routes se multiplient, des bâtiments de plus en plus hauts remplacent les maisonnettes, tandis que la végétation se réduit, disparaît… Mais tout reste beau. La poésie de la ville est célébrée dans le texte qui clôt le livre : une ville ce n’est pas, seulement, comme une certaine doxa nous le répète, des miasmes et du bruit, c’est aussi le rassemblement volontaire d’humains venus d’horizons divers, l’animation, la variation des couleurs et des formes à l’infini.

Dessus dessous. Les animaux

Dessus dessous. Les animaux
Anne-Sophie Baumann, Clémence Dupont
Seuil, 2017

Leçon de « choses »

Par Anne-Marie Mercier

Qu’y a-t-il sous la peau des animaux ?
Des organes vitaux, un appareil digestif, un appareil reproducteur, des curiosités…
Ce qu’une petite encyclopédie pourrait expliquer en quelques pages, cet album le montre en une seule : de grands rabats et de petits « flaps » découvrent le dessous des choses et l’on voit, en parcourant le dessus et le dessous de chaque page à la fois un animal dans un paysage et les détails cachés avec des explications : la poule (qui a trois paupières), l’escargot (qui pond ses œufs par le cou), la vache (qui ne distingue pas le rouge), le serpent et le requin… ils n’ont alors plus de secrets pour nous !

Les Instruments d’Afrique

Les Instruments d’Afrique
Dramane Dembélé (musique), Rémi Saillard (images)
Didier, 2015

Lecture avec les oreilles

Par Dominique Perrin

A découvrir ici, cinq instruments en bois et peau, cordes, lames, trous, dignes d’étonner aussi bien par leur son et par leur nom – djembé, n’goni, sanza, tama, flûte peule. L’initiation se fait tranquillement, en tournant des pages aux couleurs vives sur lesquelles un ou plusieurs animaux africains piquent la curiosité du lecteur (« tu as envie de danser ? », « à quoi ça te fait penser ? »). Sur chaque double page un rabat permet non pas d’appuyer fiévreusement sur une puce sonore, mais de nommer un instrument que le cd (9 minutes environ) présente pas à pas, avant un concert final – dont on souhaiterait seulement, trop gourmandement sans doute, qu’il dure bien plus longtemps…